Amplis de légende : Fender Bassman Tweed
La genèse d’une série iconique !
Après nous être intéressés de très près aux basses électriques les plus mythiques de la planète, aujourd’hui, nous te proposons d’embarquer avec nous pour découvrir le processus de création de la toute première série d’amplis pour basse de l’histoire, conçue et fabriquée avec amour par le génial Leo Fender et son équipe : les inénarrables Fender Bassman Tweed. C’est parti !

Sommaire
Introduction

Retour en plein cœur de l’année 1951, sous le soleil écrasant et l’air sec de la petite ville américaine de Fullerton, située à quelques kilomètres au sud-est de Los Angeles, en Californie. Quelque temps à peine après la fin de la Seconde Guerre mondiale, le pays tout entier profite d’une croissance industrielle et économique absolument phénoménale.
De son côté, Leo Fender, fort de son expérience acquise lors de la conception de la guitare Esquire, travaille d’arrache-pied avec son équipe de luthiers sur un nouvel instrument inédit. Comme tu le sais déjà, il s’inspire librement des travaux de Paul Tutmarc et de son fameux modèle Audiovox Model 736 Bass Fiddle, lancé et abandonné seize ans plus tôt, afin de créer la première basse électrique à corps plein produite en série : la majestueuse Fender Precision Bass.
Un vide à combler

Or, à ce moment précis, ce type d’instrument était inexistant, et, en toute logique, absolument aucune entreprise ne s’était attelée à lui concevoir un amplificateur dédié, digne de ce nom, capable d’encaisser et de reproduire correctement ses notes fondamentales les plus graves. D’ailleurs, pendant les premiers mois d’exploitation de la Precision Bass, la plupart des musicien·nes branchent tout simplement leur chère et tendre quatre cordes dans un ampli de guitare standard, ni plus, ni moins.
Et, pour la petite histoire, lors de son lancement et de ses premières apparitions derrière les épaisses vitrines (ou dans les pages froissées des catalogues) des vendeurs d’instruments locaux, en novembre de la même année, la Precision Bass est même toujours associée à l’ampli de guitare Fender TV-front 1×15” Pro.
Conscient que ces amplis, bien que merveilleux, n’étaient pas en mesure de reproduire les sonorités d’une basse avec brio, Leo Fender se remit très rapidement à l’ouvrage pour tenter de trouver une solution viable qui pourrait enfin satisfaire sa vision. Comme à son habitude, il reprit ses travaux antérieurs et commença à imaginer une déclinaison du TV-front 1×15” Pro, conçue spécifiquement pour la Precision Bass.
Le premier ampli d’une longue série

Après plusieurs mois de dur labeur, au début de l’année 1952, Leo Fender dévoile enfin au grand jour son premier ampli pour basse électrique, sobrement baptisé « Amplifier ». Rapidement, son acolyte de toujours, Don Randall, alors directeur commercial de l’entreprise, décida qu’il fallait impérativement lui trouver un nom beaucoup plus évocateur, et surtout beaucoup plus vendeur, et imposa de rebaptiser la bête sous l’appellation Fender Bassman 5B6.
Dans les grandes lignes, cet ampli reprend les caractéristiques techniques du TV-front 1×15” Pro et se présente une nouvelle fois sous la forme d’un combo qui ressemble trait pour trait à un poste de télévision. Néanmoins, Fender fait le choix d’adopter ici un cabinet de type semi-ouvert, caractérisé par deux évents fraisés sur la plaque arrière afin d’améliorer la circulation de l’air et de renforcer la réponse des fréquences graves.
À part ça, la bête offre deux entrées instrument, mais ne propose qu’un seul et unique canal, motorisé par un haut-parleur Jensen P15N de 15 pouces logé au sein d’un cabinet en acier revêtu d’une finition en tweed. Enfin, en termes de contrôles, on retrouve un potentiomètre de tonalité et un potentiomètre de volume. D’un point de vue électronique, comme sur son ancêtre, l’étage de préamplification est assuré par une lampe à culot octal 6SC7, mais, en revanche, le circuit de redressement emploie une référence 5U4, l’inverseur de phase travaille avec une lampe 6SL7 et l’étage de puissance utilise plusieurs lampes 6L6.
Un public exigeant et insatiable

Un an plus tard, en 1953, Fender effectue quelques changements esthétiques au niveau du cabinet et commence à remplacer les lampes les plus imposantes par des références plus compactes, notamment une lampe 12AY7 pour l’étage de préamplification et une 12AXY classique pour le circuit de redressement.
Malgré tous ces efforts d’ingénierie, les musicien·nes continuaient de faire remonter un ensemble de remarques auprès du fabricant et se plaignaient que la reproduction des basses fréquences n’était toujours pas optimale. Ainsi, l’équipe de Leo Fender se remit au travail de plus belle.
L’impact de Freddie Tavares

En novembre 1954, la nouvelle version du Fender Bassman (nom de code : 5D6) fait enfin son apparition, mais, contrairement au modèle précédent, cette mouture est majoritairement développée par le chef de la section de Recherche et Développement, Freddie Tavares. Sous sa coupelle, les ingénieurs maison ont eu l’excellente idée de remplacer l’unique transducteur de 15 pouces par un quatuor de haut-parleurs Jensen AlNiCo P10R, de 10 pouces chacun.

D’un point de vue électronique, le circuit de redressement est, lui aussi, entièrement révisé et s’appuie désormais sur deux lampes 12AX7, qui vaudront à l’ampli le surnom de « Dual Rectifier ». Mais ce n’est pas tout, ce modèle développe également davantage de puissance grâce à une parfaite stabilité de la polarisation des lampes (le fameux Bias, dans la langue de Shakespeare) et à un troisième étage de gain inédit, ajouté en fin de circuit.

En termes de look, on ne change pas une formule qui gagne et le Bassman 5D6 reprendra à son compte un cabinet semi-ouvert habillé de tweed. Cet ampli deviendra la fondation technique indétrônable de la firme pendant plusieurs années, et sera décliné en différentes versions qui ne subiront que de très légères modifications (les désormais célèbres « Narrow Panel » : 5D6-DK, 5D6-A, 5E6 et 5E6-A).
Apogée et postérité : Fender Bassman 5F6-A

En 1957, l’expérience récoltée au fil de ces évolutions donne encore naissance à une nouvelle interprétation de la bête, le modèle Fender Bassman 5F6. Cette version reprend les quatre haut-parleurs Jensen P10R, mais se distingue des autres par un ensemble d’améliorations majeures, qui ont font école jusqu’à aujourd’hui.
Ainsi, outre un circuit de redressement entièrement redessiné, les bassistes découvrent également un nouvel étage de préamplification doté d’un tone stack complet à trois bandes, avec des contrôles d’égalisation indépendants pour le réglage des fréquences graves, médiums et aiguës. Et, en bonus, Fender a aussi eu la bonne idée de créer un nouvel inverseur de phase qui offre une plage dynamique très largement étendue et permet aux musicien·nes de profiter d’un son clair et puissant, d’une qualité incomparable.

Malgré tous ces accomplissements, l’équipe d’ingénieurs de Fender ne se repose pas sur ses lauriers et continue d’innover, en créant en 1958 ce que beaucoup considèrent encore aujourd’hui comme le meilleur ampli de basse que la terre n’ait jamais portée, le légendaire Bassman 5F6-A. Et pour cause, le modèle 5F6-A est l’ultime ampli de la série tweed. Il reprend la plupart des caractéristiques du 5F6, mais remplace les transducteurs Jensen P10R par leurs cousins germains beaucoup plus performants, les fameux Jensen P10Q.
Cette machine est un véritable aboutissement, qui réunit la combinaison de composants parfaite : une alimentation fiable et silencieuse, un étage de préamplification à la fois clair et riche en harmoniques, des réglages de tonalité passifs très complets et une puissance de sortie d’un autre monde. D’ailleurs, son succès est tel, qu’il servira d’étalon maître à un certain Jim Marshall lorsqu’il créera la marque d’ampli éponyme avec son compère Ken Bran, à Londres, en 1962. Pour l’anecdote croustillante, il est de notoriété publique que leur modèle JTM45 n’est ni plus ni moins qu’une copie conforme du Bassman 5F6-A, mais c’est une tout autre histoire…

C’est ainsi que s’achève la période bénie de la série d’amplis Fender Bassman Tweed, qui sera remplacée les années suivantes par d’autres gammes d’amplis plus intéressantes les unes que les autres, notamment les modèles Piggyback Brownface et Blackface, sur lesquels nous prendrons le temps de nous pencher très bientôt.
Conclusion

Nous espérons que cet article t’a plu, et qu’il t’a permis d’en apprendre un peu plus sur la merveilleuse famille des amplis Fender Bassman Tweed. Dans deux semaines, nous te soumettrons notre sélection des meilleurs amplis pour basse électrique qui reprennent l’esprit (et les sonorités) de cette légende absolue de la musique amplifiée, afin de t’aider à t’équiper de la plus belle des manières, et ce, peu importe ton niveau de budget.
D’ici là, n’hésite pas à lire ou à relire notre série d’articles consacrés à la basse électrique :
- Basses de légende : Fender Precision Bass
- Le top des meilleures basses de type P
- Basses de légende : Fender Jazz Bass
- Le top des meilleures basses de type J
- Basses de légende : Music Man StingRay
- Le top des meilleures basses de type MM
- Basses de légende : Rickenbacker 4001
- Le top des meilleures basses de type RB
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La suite au prochain épisode !
