deMix Jagger
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Après avoir parcouru ensemble les histoires passionnantes des modèles Fender Jazz Bass, Precision Bass et Music Man StingRay, il est grand temps de nous intéresser au quatrième pilier de l’univers passionnant de la basse électrique : la légendaire Rickenbacker 4001. C’est parti !

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Basses de légende : Rickenbacker 4001 / Vignette

Introduction 

S’il y a bien un modèle qui fait l’unanimité dans le cœur des bassistes du monder entier, ce n’est autre que la mythique Rickenbacker 4001. Et pour cause, outre son corps asymétrique du plus bel effet, ses repères de touche en forme d’ailerons de requin nacrés, son filet blanc et son cache-micro chromé qui lui confèrent une allure, et un style, absolument inimitables, son timbre particulier lui permet de percer le mix et de trouver sa place au sein de n’importe quel groupe de musique amplifiée.

Son impact est particulièrement remarquable dans le style rock et ses nombreux dérivés, où elle a permis à d’innombrables musicien·nes de talent de se faire entendre, sans jamais se faire écraser par la guitare électrique : on pense notamment à Paul McCartney (The Beatles), Chris Squire (Yes), Geddy Lee (Rush), Lemmy Kilmister (Motörhead) ou encore Cliff Burton (Metallica). Aujourd’hui, nous te proposons donc de retracer l’histoire de cet instrument fabuleux, étape par étape. En avant !

L’invention du micro Horseshoe

Basses de légende : Rickenbacker 4001 / Los Angeles, USA - 1931
Los Angeles, USA – 1931
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Une fois n’est pas coutume, l’aventure débute sous le soleil californien, à Los Angeles, en 1931, lorsque l’ingénieur Adolph Rickenbacher s’associe au musicien et inventeur George Beauchamp. Ensemble, ils cherchent un moyen d’amplifier les guitares lap steel, très prisées à l’époque, pour qu’elles restent audibles au sein des orchestres de jazz qui parcourent les innombrables scènes du pays.

De son côté, George Beauchamp commence à mener des expériences dans son garage, armé d’un petit moteur de machine à coudre dont il se sert pour enrouler des bobines de cuivre. Peu de temps après, il passe à l’action, démonte une guitare et décide de combiner ses bobines avec deux aimants en forme de fer à cheval, qui se rejoignent au-dessus et en dessous des cordes. Sans vraiment s’en rendre compte, le bonhomme vient de concevoir le tout premier micro électromagnétique de l’histoire des instruments à cordes, qui sera affectueusement surnommé Horseshoe en référence à la forme si singulière des aimants qui le composent.

Le lancement de la Frying Pan

Basses de légende : Rickenbacker 4001 / Rickenbacker Frying Pan
Rickenbacker Frying Pan

Quelques semaines passent, et, en 1932, les deux compères fondent la société Ro-Pat-In Corporation (qui sera renommée Electro String Instrument Corporation un peu plus tard). Ils commencent à fabriquer leur première guitare lap steel amplifiée, baptisée Electro A-22. Pour la petite anecdote, l’Electro A-22, entièrement coulée en aluminium, ressemble comme deux gouttes d’eau aux poêles à frire utilisées dans les cuisines des foyers américains, ce qui lui vaudra, jusqu’à aujourd’hui, le doux surnom de Frying Pan. 

Déterminés à réussir, les deux hommes décident de vendre leurs premiers instruments sous l’appellation Rickenbacker, qui n’est autre qu’une simple américanisation du nom Rickenbacher et qu’ils considèrent comme beaucoup plus attrayante pour le public. En quelques années, la marque commence à se faire un nom auprès des initié·es et George Beauchamp obtient un brevet en 1937 pour son invention remarquable.

Changement de propriétaire 

Or, suite à de sérieux problèmes de santé, George Beauchamp est contraint de quitter le navire dès 1940. Et, comme tu t’en doutes, à cette période très sombre, la Seconde Guerre mondiale fait rage et l’intérêt du public pour les instruments de musique faiblit peu à peu. D’ailleurs, il est important de préciser que l’atelier de l’entreprise fût purement et simplement réquisitionné de 1941 à 1945, pour participer à l’effort de guerre et fabriquer du matériel de précision.

Une fois la paix revenue, la vie de l’entreprise reprit son cours et la fabrication d’instruments continua de se développer. Or, la concurrence devint rapidement de plus en plus rude, notamment avec l’arrivée sur le marché, dès 1949, de Leo Fender et de ses premières guitares amplifiées à corps plein (à commencer par la fameuse Esquire, qui précèdera la splendide Telecaster). Fatigué et en âge de prendre une retraite bien méritée, Adolph Rickenbacher signera la vente de l’entreprise Electro String Instrument Corporation le 22 décembre 1953.

Une nouvelle ère

L’homme qui rachète la maison n’est pas un perdreau de l’année, mais bel et bien l’un des plus importants distributeurs d’instruments et de matériel électronique de Californie, nommé Francis C. Hall. Son objectif est clair, il perçoit l’immense potentiel commercial des instruments destinés au marché émergent du rock et s’avère bien décidé à en tirer profit. Au passage, outre l’atelier de fabrication et le nom Rickenbacker, l’opération lui permet également de mettre la main sur le fameux brevet du micro Horseshoe, déposé par George Beauchamp six ans plus tôt.

En tant que nouveau chef d’équipe, il accomplit son premier tour de force en engageant un jeune prodige de la lutherie contemporaine : Roger Rossmeisl. Fils du luthier allemand Wenzel Rossmeisl, Roger fait ses armes dans l’atelier de son père et choisit de partir tenter sa chance aux États-Unis, où, après un rapide passage chez Gibson, il est embauché dès 1954 par Francis C. Hall pour moderniser la gamme Rickenbacker et concevoir une toute nouvelle ligne d’instruments électriques.

Un luthier de génie

Basses de légende : Rickenbacker 4001 / Roger Rossmeisl
Roger Rossmeisl

Une fois sur place, Roger commence par redessiner les guitares électriques qui composent le catalogue de la marque. Sur ses premières réalisations, les fameuses séries Combo, il introduit l’idée d’un corps sculpté avec un contour qui épouse parfaitement la silhouette des musicien·nes, mais présente également ses premiers instruments à manche traversant. Petit à petit, sa patte inimitable commence à faire du bruit dans la communauté des artistes.

En 1956, Roger continue d’affiner les découpes des guitares Rickenbacker (notamment sur les séries Combo 650 et 850) et ses nombreux mois de travail acharné aboutissent sur une forme inédite, baptisée Cresting Wave, qui deviendra la signature visuelle des instruments de la marque. À cette même période, le succès commercial de la Fender Precision Bass, enfin arrivée à maturité après un lancement relativement difficile en 1951, est absolument retentissant. Au point que Francis C. Hall, avide de tirer son épingle du jeu sur un marché de plus en plus concurrentiel, demande expressément à Roger de concevoir une basse électrique qui serait en mesure de rivaliser avec la dernière création des ateliers rivaux de Fender.

La Rickenbacker 4000

Basses de légende : Rickenbacker 4001 / Rickenbacker 4000
Rickenbacker 4000

C’est ainsi qu’en 1957 naît la magnifique Rickenbacker 4000. Entièrement conçue par Roger, la bête réunit toutes les innovations développées lors des séries précédentes, à commencer par une nouvelle déclinaison du corps asymétrique Cresting Wave, reconnaissable grâce à ses deux cornes incurvées. Sur la tranche de la table d’harmonie, Roger fait appel au savoir-faire de la lutherie allemande traditionnelle et applique le fameux German Carve. Il s’agit d’un type de découpe chanfreinée, appris auprès de son père, qui adoucit l’arête de l’instrument et offre un relief visuel particulièrement dynamique, qui fera immédiatement sensation auprès des client·es.

Outre un manche traversant, Roger opte également pour un diapason intermédiaire de 33,25 pouces, situé à mi-chemin entre l’échelle courte de certaines basses européennes (comme les Höfner de 30 pouces) et le standard de 34 pouces instauré par Fender. C’est une vraie réussite, car, en plus d’un confort de jeu amélioré, ces choix techniques assurent une tenue de note absolument inégalée. 

Basses de légende : Rickenbacker 4001 / Rickenbacker 4000
Rickenbacker 4000

Enfin, en termes d’électronique, la bête reprend le micro Horseshoe, bobiné à la main et agrémenté d’un ensemble d’aimants AlNiCo. Naturellement, Roger fait le choix de le placer en position chevalet pour profiter de la tension maximale des cordes et ainsi obtenir une signature sonore unique, qui se distingue par une attaque très incisive, des médiums parfaitement intelligibles et un rendu claquant, caractéristique des basses Rickenbacker. Le tout est accompagné d’un circuit passif encore relativement simple, qui propose seulement un réglage de volume et un réglage de tonalité.

Une guerre d’égos

Après cet exercice réussi, Roger continua pendant quelques années d’étoffer le catalogue de guitares de la marque, en développant notamment la gamme d’instruments à demi-caisse Capri, mais aussi quelques lignes de guitares à corps plein, comme les séries 450 et 460 présentées en 1959. Or, pendant les mois qui suivirent le lancement de la Rickenbacker 4000, les relations entre Roger et Francis C. Hall commencèrent à se dégrader.

En réalité, le développement de la gamme Capri a vu leur collaboration marquée par l’apparition de vives tensions, tant sur le plan artistique que technique. D’une part, Roger était avant tout un artisan luthier de haut vol, très perfectionniste et fol amoureux de sa discipline, qui supportait mal que son patron accapare publiquement la paternité de chaque innovation qu’il avait pourtant créée seul. D’autre part, Francis C. Hall était un homme d’affaires brutal, exclusivement concentré sur l’augmentation du taux de rentabilité de son entreprise. Ainsi, des disputes éclataient assez régulièrement au sein de l’atelier, et alors que Francis C. Hall se plaignait sans cesse que les instruments étaient trop chers à produire, Roger, au contraire, réclamait une augmentation des budgets de production et une meilleure rémunération pour son équipe.

La Rickenbacker 4001

Basses de légende : Rickenbacker 4001 / Rickenbacker 4001
Rickenbacker 4001

Malgré ses envies d’ailleurs, Roger persévèrera et signera son ultime coup de génie pour Rickenbacker en 1961, en développant l’instrument qui nous intéresse aujourd’hui : la légendaire 4001. Comme tu peux le voir, ce nouveau modèle reprend la majeure partie des caractéristiques de la génération 4000, mais apporte un lot considérable d’innovations qui changeront à jamais la manière de jouer et d’enregistrer une basse électrique.

Et pour cause, la 4001 a été conçue avant tout comme une version Deluxe, plus complète et plus polyvalente, de la 4000 originale. Ainsi, bien qu’elles partagent le même corps de forme Cresting Wave, agrémenté du chanfrein German Carve, une construction à manche traversant et un diapason de 33,25 pouces, la nouvelle venue dispose d’un second micro doté d’aimants AlNiCo V, placé en position manche et surnommé Toaster Top. Le Toaster Top, alors officiellement désigné sous l’appellation Rickenbacker Scatterwound Single-Coil Pickup, a été spécialement conçu pour compléter la palette sonore du modèle Horseshoe. 

Basses de légende : Rickenbacker 4001 / Rickenbacker 4001
Rickenbacker 4001

En effet, tandis que le micro chevalet permet de restituer le claquant des cordes, en mettant l’accent sur les fréquences médiums, le Toaster Top se concentre sur la captation des notes fondamentales de l’instrument, en offrant une reproduction soignée des fréquences graves qui résonnent particulièrement bien près du manche. Ainsi, en étant placé très près de la touche, la conception à simple bobinage du Toaster Top ne délivre pas des graves baveux et sourds, mais des basses profondes et très bien définies, avec une articulation qu’on ne retrouve pas sur les modèles concurrents. Reconnaissable au premier coup d’œil, grâce à ses deux fentes horizontales qui rappellent le look d’un grille-pain vintage (ou toaster), il est rapidement devenu l’un des micros les plus influents de l’histoire du rock.

Mais ce n’est pas terminé, car, cette incroyable basse, réputée pour ses sonorités à la fois profondes et brillantes, possède un dernier atout qui vient compléter à merveille les deux micros présentés plus haut : la fameuse sortie Ric-O-Sound. Il s’agit d’un double connecteur sur embases Jack, spécialement développé pour la 4001, qui permet de splitter le signal des deux micros. Ainsi, les bassistes peuvent à la fois faire le choix d’envoyer le son issu du micro manche vers un ampli de basse traditionnel, pour conserver l’assise de l’instrument dans le registre grave, tout en envoyant le son issu du micro chevalet vers un ampli de guitare saturé, afin de profiter de la richesse des harmoniques supérieurs générés.

Basses de légende : Rickenbacker 4001 / Double sortie Ric-O-Sound
Double sortie Ric-O-Sound

Clap de fin et postérité

Fort de ce dernier succès, Roger finira par quitter l’entreprise pour signer chez Fender, en 1962, où il continuera d’exercer ses talents et développera d’autres séries d’instruments de très haute qualité, mais c’est une tout autre histoire. Néanmoins, son héritage reste intact, car les bassistes les plus influent·es de la musique moderne se sont accaparé·es la 4001 et ont profité de ses capacités techniques inédites pour produire bon nombre de morceaux mythiques, sur scène comme en studio. Ainsi, on pourrait convoquer plus en détail les artistes cités en introduction de cet article. En commençant par Paul McCartney (The Beatles), qui utilisait la sortie Ric-O-Sound pour envoyer le son issu du micro manche en injection directe vers la console, tout en acheminant le son issu du micro chevalet vers un ampli légèrement saturé, afin de produire une sonorité texturée du plus bel effet. 

Basses de légende : Rickenbacker 4001 / Paul McCartney
Paul McCartney

Ensuite, comment ne pas penser à Chris Squire (Yes), reconnu comme l’ambassadeur emblématique du son Rickenbacker, qui acheminait le signal du micro manche vers un ampli de basse traditionnel (un modèle Ampeg la plupart du temps) pour capturer la rondeur des notes fondamentales, et qui envoyait simultanément le signal du micro chevalet dans un ampli Marshall à lampes bien crunchy, pour écrire des lignes de rock progressif inoubliables. Sans oublier Teddy Lee (Rush), Lemmy Kilmister (Motörhead) et Cliff Burton (Metallica), qui utilisaient exactement la même technique que Chris Squire, avec des amplis et des pédales d’effet différentes.

Basses de légende : Rickenbacker 4001 / Double sortie Ric-O-Sound - bis
Double sortie Ric-O-Sound

Conclusion

Nous espérons que cet article t’a plu, et qu’il t’a permis d’en apprendre un peu plus sur la mythique Rickenbacker 4001. La semaine prochaine, nous te proposerons d’embarquer avec nous pour découvrir notre sélection des meilleures basses de type RB disponibles sur le marché à l’heure actuelle.

D’ici là, n’hésite pas à lire ou à relire notre série d’articles consacrés à la basse électrique :

Et surtout, comme d’habitude, prends le temps de partager ton point de vue, tes expériences et tes questions avec la communauté gearnews.fr dans les commentaires, c’est en échangeant ensemble que nous continuerons toutes et tous à progresser dans l’univers passionnant de la quatre cordes.

La suite au prochain épisode !

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Une réponse à “Basses de légende : Rickenbacker 4001”

    Anonyme dit:
    0

    Super article, très intéressant 👍

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