Personne n’a le devoir d’écouter ta musique
Ta musique ne trouvera pas son chemin vers ton public toute seule. Il t'appartient de le tracer.
Dans mon précédent article, je t’expliquais les avantages de référencer ton travail musical du point de vue technique, que ce soit au travers de son équilibre tonal, de son image stéréo ou de sa dynamique.
L’inspiration pourrait s’arrêter là, mais elle se poursuit à la partie suivante : la promotion.
Sommaire
Car oui, maintenant que la musique est faite, je tiens à rappeler que personne ne te doit de l’écouter.
J’avais fait cette vidéo sur la musique et le mérite, si tu veux creuser le sujet!
Bien qu’on passe du temps à travailler sur notre art et qu’on y laisse une part importante de nous-mêmes, rien ne nous garantit d’obtenir des résultats. Inutile d’en vouloir aux autres si l’on est ignoré·e : on fait une proposition, elle est acceptée, ou elle tombe dans l’oubli. Mais personne n’est coupable de cela.
Quand j’étais jeune DJ/producteur, il y a 10 ans, la communication était très différente : on pouvait poster un son sur SoundCloud et faire 10 000, 100 000 écoutes… Lorsque les artistes ont commencé à utiliser massivement les réseaux sociaux et à créer de nouveaux formats promotionnels, j’ai continué à poster sur SoundCloud en pensant que ça suffirait. Au final, les gens ont simplement arrêté de m’écouter, car je n’ai pas fait le travail pour.

En 2017… 52 000 écoutes sans aucune promotion, même pas un post sur Facebook.
Aujourd’hui il faut se battre pour capter l’attention d’autrui : chaque écoute, chaque like doit être grappillé. On peut bien en penser ce que l’on veut, c’est comme ça que ça marche. Et il est dangereux, par excès d’ego peut-être, de penser que notre musique mérite d’être écoutée pour ce qu’elle est, indépendamment du point auquel on est prêt·e à la défendre. Je suis pour ma part assez intimement persuadé que la notion de mérite en musique n’a aucun sens. Tu as déjà écouté une musique parce qu’un·e artiste le méritait, toi ?
Bon, c’est bien beau d’essayer de te faire réfléchir, mais j’aimerais maintenant t’aider à « référencer » ta création de contenu avec de vraies solutions, surtout si tu ne sais pas par où commencer.
Les Américains sont meilleurs que nous en promotion et en publicité. Tu devrais écouter les Américains.
La veille concurrentielle
On va commencer avec la base absolue en marketing : la veille concurrentielle. Bon, le nom fait un peu peur, mais c’est en réalité hyper simple : tu vas prendre ton téléphone, aller regarder les réseaux des 10 artistes les plus connu·e·s de ton style de musique, et décortiquer tout ce qu’iels font.
Je te conseille de les suivre, comme ça tu peux régulièrement voir leurs posts et t’inspirer. Tu peux aussi garder les reels bizarres que tu envoies à tes potes dans ton feed, chez moi ça coexiste très bien. Une autre recommandation à ce sujet : je trouve ça bien de n’avoir qu’un compte pro (et pas de perso, donc), car ça te permet d’utiliser ton compte pro tous les jours, que ça soit pour faire du réseau ou regarder des contenus. Si tu n’utilises ton compte artiste que rarement, tu as beaucoup plus de chances de le délaisser ou de manquer certaines opportunités.
Si jamais tu touches un petit peu à l’IA, petite recommandation là-dessus : tu peux lui demander de trier les contenus des profils par thématiques, par interactions, etc. Étant créateur de contenu sur l’audio, je le fais avec des gros profils US, ça me permet de voir ce qui marche en ce moment selon pas mal de critères : est-ce que le montage est simple ? Est-ce que le contenu contient des conseils ou est plutôt divertissant ? Est-ce que quelqu’un parle, est-ce que c’est juste du son ? Cela me permet déjà de faire un premier tri sur ce qui pourrait fonctionner ou non.

C’est à peine plus compliqué que ça.
Tu peux aussi le faire sans IA, mais c’est un peu plus long. En revanche je te déconseille fortement l’IA pour la partie créative. C’est plutôt un·e stagiaire à qui on donne la partie ingrate du taf. La personne qui crée, c’est toi. Et c’est ce qui te permet de te démarquer.
Décortiquer la forme : comme un plat au restaurant
Après avoir fait le tri des sujets, regarde comment les contenus sont mis en forme : est-ce que l’artiste apparaît à l’écran ou parle ? Est-ce simplement une musique avec un artwork, parfois un peu animé ? Y a-t-il des sous-titres ?
C’est un peu comme essayer de comprendre le plat qu’on te sert au restaurant. Tu regardes les ingrédients, comment ils sont assemblés. Et rien ne t’interdit d’essayer de refaire les pâtes carbos du restau, ce sera quand même tes pâtes carbos à la fin.

Beaucoup de personnalité, pas de de crème fraîche.
Les formats vont et viennent, tout le monde se copie un peu, c’est le jeu de la promotion. Il y a un but précis : donner de la visibilité à sa musique. Donc on fait ce qui marche.
De la même manière que ce que j’expliquais dans l’article sur le référencement technique, il n’y a pas forcément d’intérêt à se démarquer par l’aspect technique : ce n’est pas parce que tu te filmes d’une certaine façon ou que tu suis une certaine structure que ton contenu va t’être propre, mais parce que tu auras présenté une facette de ta personnalité, musicale ou non d’ailleurs.
Tout le monde, dans toutes les niches, fait des tier-lists. Pourtant, on a jamais l’impression d’un format volé : on se réapproprie perpétuellement le format.
Tester, échouer, recommencer : devenir sa propre référence
Profite de la temporalité très courte des réseaux sociaux pour faire des tests : c’est totalement différent de la musique. En écrivant cet article, j’écoute A Dawn to Fear de Cult of Luna, paru en 2019. En revanche, si je me déconcentre 5 secondes et que j’ouvre Instagram, il est totalement impossible que je tombe sur un contenu de 2019.
Cette temporalité présente certaines choses frustrantes, mais elle donne surtout l’opportunité de faire des essais, et de se tromper : si ton contenu n’est pas vu, il n’y a aucun risque, tu pourras simplement essayer quelque chose de différent sur le prochain. Pour promouvoir le même morceau, tu peux faire une vidéo où tu en parles facecam, une vidéo où tu le joues simplement, et voir laquelle de ces 2 options fonctionne le mieux. Dès lors, tu deviens ta propre référence : tu sais désormais ce qu’il faut faire pour rendre ta musique visible. C’est d’ailleurs sans doute l’étape la plus compliquée.
Cette vidéo a bidé. Personne ne le sait, vu que personne ne l’a vue. Je ferai mieux avec la suivante.
J’ai quelques personnes avec qui je bosse qui ont même le processus dans le sens inverse : iels postent plein d’extraits de morceaux sur les réseaux sociaux, et n’emmènent au bout que ceux qui ont un véritable potentiel viral. C’est certes une mécanique un peu froide à mon goût, ça n’en reste pas moins très intelligent. Un·e artiste avec qui je bosse a fait des millions d’écoutes sur un morceau avec cette stratégie.
Le rythme de publication : régularité avant tout
Dernier point à référencer : le rythme de publication. C’est un sujet délicat, car il faut poster assez souvent pour flatter l’algorithme, sans non plus dégrader la qualité de son contenu par le spam.
Là où je te recommandais de t’inspirer des meilleur·e·s artistes de ton style de musique, ici je te recommanderais plutôt de t’inspirer de personnes qui sont à un niveau légèrement au-dessus du tien. Car évidemment, tes comptes n’ont pas l’inertie de ceux de DJ Snake, qui peut poster une fois tous les 2 ans sans trop de soucis. Cherche plutôt des artistes en développement dont les comptes semblent rapidement gagner en visibilité, et qui ont un bon niveau d’engagement.

En voilà deux qui pourraient sortir un album sans faire de promo.
Une fois que tu as trouvé, c’est toujours aussi simple : fais pareil, et tiens-toi au rythme que tu te fixes. La régularité, c’est vraiment ce qui prime à long terme, et c’est ce qui va te permettre de créer de l’inertie, et de ne pas repartir de 0 à chaque release.
Conclusion
Les algorithmes peuvent être parfois totalement incompréhensibles, et les audiences récompensent plus souvent les idées que le travail, ce qui peut rendre la promotion parfois extrêmement frustrante. Mais s’il y a bien quelque chose que j’ai appris des réseaux depuis le début de ma modeste carrière de créateur de contenu, c’est que les recettes marchent dans beaucoup de cas. Ce qui fonctionne pour les autres risque sans doute de fonctionner pour toi aussi. Donc ne te prends pas trop la tête, ne prends pas les choses trop à cœur, et exécute. Et surtout, sois toi-même, car c’est généralement ça que les gens qui te suivent vont apprécier.
Pas besoin d’un budget énorme, de montages incroyables, ou d’idées trop réfléchies.
Au même titre qu’il y a peu d’intérêt à sur-expérimenter la structure d’un morceau de house ou de drum’n’bass, il y a peu à gagner à vouloir trop intellectualiser la promotion de sa musique. Il faut simplement être méthodique : analyser, produire, tester, recommencer. C’est dans le choix des mots, de l’énergie que tu transmets, ou de la musique elle-même, que se trouvera la singularité de ce que tu proposes.
