L’énergie : le vrai carburant de ta créativité
Et si ton vrai problème en studio n'était pas ton matos, mais ton niveau d'énergie ?
Le mois dernier, je te parlais de ton meilleur matériel pour produire : toi-même, ton corps, ton esprit. Plus généralement, ton énergie.
La différence avec le hardware et le software, c’est que ton énergie, il ne suffit pas de l’acheter et d’apprendre à t’en servir. L’énergie se construit et se conserve, pas en un instant, mais sur le long terme. Je suis d’accord : c’est bien moins simple. Cependant, énormément de leviers existent pour te permettre de faire de la musique efficacement, que ça soit après le travail, ou le week-end entre deux obligations familiales.
Sommaire
L’alimentation : le sujet beaucoup trop sous-estimé
L’énergie passe bien évidemment par l’alimentation, un sujet très méconnu en francophonie. Étrange, pour une culture qui aime autant la bouffe.
Sans me faire passer pour un nutritionniste, voici quelques notions : ce que l’on mange est consommé par le corps très rapidement. Souvent dans la journée ou le lendemain. Donc il suffit de deux ou trois jours à faire n’importe quoi pour ruiner totalement ses niveaux d’énergie.
Il est important d’avoir une alimentation équilibrée tout le temps ; ce n’est pas parce que tu manges 3 œufs le lundi que tu as des protéines pour la semaine. Le corps fonctionne sur la régularité, pas sur la compensation magique. Sans devenir expert·e, intéresse-toi au sujet : tu n’imagines pas tout ce que tu as à y gagner.
Le genre de contenu que je regarde en mangeant le midi. Je suis chiant, je sais.
Le sujet est tellement méconnu que je me retrouve parfois à discuter avec des gens dont la nourriture est la spécialité : par exemple les cuisinier·ère·s, et je m’aperçois qu’ils et elles n’ont que très peu de notions en nutrition. Alors les artistes… N’en parlons pas.
J’ai une expérience personnelle assez parlante là-dessus : lorsque je faisais de la manutention, j’étais souvent épuisé le soir en rentrant du travail. Résultat, impossible de faire de la musique en rentrant à la maison. Et dès que j’ai commencé à m’intéresser au sujet, ma créativité a soudainement refait surface. Je disposais enfin de l’énergie nécessaire pour continuer à travailler sur mes projets musicaux.

Mon petit kiff de bobo : flocons d’avoine et fruits (je te jure que c’est bon)
La santé mentale ne flotte pas dans le vide
Tous ces « investissements » que tu feras sur ton physique, et je ne parle pas ici de devenir un·e athlète ou un moine shaolin, simplement d’être en bonne santé, serviront de socle à ton état mental, dont il faudra prendre soin également. Le corps et l’esprit ne sont pas deux mondes séparés. C’est le même système, avec les mêmes fondations.
L’air de rien, en ayant plus d’énergie pour travailler sur ta musique et sur le reste, tu en tireras peut-être plus de satisfaction, plus d’épanouissement… Ce qui peut contribuer à ton bonheur sur le long terme.
Pour ce qui est du reste, prends du plaisir, évite l’isolement, sois indulgent·e envers toi-même tout en tirant de la fierté de ce que tu produis, et essaye de conserver un maximum de recul.
Une astuce que j’ai développée à ce niveau est une gestion intelligente des réseaux sociaux et de ce qu’on y poste. Lorsqu’on termine un morceau et qu’on le partage instantanément, notre implication émotionnelle est encore très forte. C’est normal, ta musique, c’est ton bébé.

Rien que la vue de cette image me file de l’anxiété.
Le problème avec ça, c’est qu’on va tout de suite prendre à cœur n’importe quel retour, qu’il soit positif ou négatif. Qu’il provienne d’un·e proche ou de notre audience, il est risqué de s’y confronter rapidement. Qui n’a jamais rechargé 10 fois son navigateur en une heure pour voir ses stats, ses commentaires ?
Pour contourner ce problème je te propose quelques solutions : planifier les posts pour ne pas être présent·e lorsqu’ils sont mis en ligne, éventuellement retarder un maximum le partage de tes productions, afin d’être moins impliqué·e émotionnellement et donc moins sensible aux réactions.
Évidemment, couper les notifications, ou au moins les gérer correctement, permet de ne pas être obsédé·e par le regard des autres et de s’en protéger. Les avis restent bien sûr parfois pertinents, et on doit les écouter ; cependant à nous de faire le travail nécessaire pour qu’ils nous affectent de la bonne manière : ils servent à construire et à progresser, pas à se sentir mal ou impuissant·e.
Je n’insisterais jamais assez sur le fait que la santé mentale est un sujet sérieux chez les artistes, et contrairement à une idée répandue, on n’a pas besoin d’être déprimé·e pour faire de la bonne musique. Et plus on est heureux·se, plus on en fait longtemps.
J’adore ce type et sa manière de parler du travail : il est plus sur le modèle de l’efficacité que ce lui du burnout.
Le matériel non-musical, à ne pas négliger
Il y a un autre matériel qui peut valoir le détour : tout ce qui concerne l’environnement de travail. L’air de rien, une mauvaise chaise de bureau peut faire beaucoup de mal.
Et crois-moi, tu auras beau avoir un PC à 2000 euros, tous les plug-ins du monde et des enceintes de monitoring haut de gamme, si au bout de 30 minutes de prod tu as le dos en bouillie, tu ne vas pas pouvoir faire grand-chose.
La douleur détourne l’attention. Et en production, l’attention est une ressource vitale. Il ne faut pas non plus négliger le fait d’avoir une souris qui permet de travailler longtemps. Tu pourrais croire que je dis des banalités et que ce n’est que de la prévention. Détrompe-toi.
J’ai en ce moment même des douleurs à la main au point de devoir mettre ma souris de l’autre côté de mon clavier. Et là, c’est le drame : mes sessions s’écourtent, je suis obligé de trouver d’autres solutions, je suis plus lent… Si j’avais su, j’aurais pris une souris ergonomique tout de suite.
J’ai mis Rick Rubin en couverture, car c’est un bon modèle de longévité, en plus d’être un drôle de personnage.
Un espace agréable, c’est vital
J’ai beaucoup insisté dans cet article sur le fait de passer un bon moment lorsque l’on produit : parfois, un des facteurs qui permet cela est simplement le fait d’évoluer dans un décor agréable. Il ne faut pas hésiter à poser une petite déco, un poster de son groupe préféré. L’environnement joue sur l’envie, bien plus que ce qu’on pourrait imaginer.
On peut éventuellement essayer de se mettre dans une pièce avec une lumière naturelle appréciable. Selon tes goûts, ajouter des plantes, vraies ou fausses, avoir un bureau propre… Avoir une jolie gourde, toujours remplie pour t’hydrater pendant ta session…
Mon péché mignon : les néons. Rien de tel que d’avoir l’impression qu’on va piloter un vaisseau spatial lorsque l’on commence une session. Pour le fan de Star Wars que je suis, ça peut totalement changer mon approche et la perception du moment que je suis en train de passer.
Ça peut paraître anecdotique. Mais non. En fait, tu construis un contexte qui donne envie de revenir créer.

Moi ça me donne envie d’y poser mon cul et de faire du son.
Avant de mettre 600 balles dans une carte son
Voilà, ça fait beaucoup de leviers quand même.
Parfois la musique peut être frustrante, on fonde ses espoirs de progression sur du matériel cher, peu utile, on remet la faute sur autre chose que soi-même. C’est pratique, mais ce n’est pas très efficace.
Et pourtant, avoir tous ces leviers à disposition pour progresser, c’est avoir un champ d’action énorme pour débloquer de nouveaux paliers. Une liberté retrouvée, en somme. Ça fait pas mal de choses sur lesquelles travailler avant de mettre 600 € dans une carte son.
Dans tous les cas, n’oublie jamais que ce qui fait la vraie richesse d’un·e artiste, ce n’est pas son studio, son synthé qui vaut un bras, ou sa guitare de collection. Mais bien son cœur, son audace, sa personnalité. Le tout porté par un vaisseau en bon état de marche.
