Synth Anthology 5, d’UVI : 300 légendes sous le capot
300 légendes sous le capot
Synth Anthology 5 est la cinquième version de la collection de synthétiseurs hardware échantillonnés d’UVI, et compatible MPE. À une époque où les homes studio se veulent de plus en plus compacts, et où les machines vintages sont parfois à des prix exorbitants, la marque française renouvelle sa proposition de faire rentrer du hardware chez toi, sans avoir à pousser les murs. Et, s’il est évident que rien ne remplacera le vrai aux yeux des amoureux·ses de la nostalgie et de l’analogique, je dois bien avouer que Synth Anthology 5 coche pas mal de cases pour prétendre à devenir un incontournable… ou pas ?
Sommaire
100 synthés de plus, et un moteur qui évolue un peu
Cette version ajoute 100 nouveaux modèles de synthétiseurs hardware à la bibliothèque, pour un total de 300 machines échantillonnées. UVI annonce plus de 1 000 nouveaux sons et layers, 16 000 échantillons supplémentaires et 300 nouveaux presets, ce qui porte la bibliothèque totale à plus de 6 000 presets (c’est énorme, peut-être trop ?). Parmi les nouveaux modèles, il y a du lourd : l’AX60 d’Akai Professional, le CRUMAR Bit 99, l’OB-Xa, le PolyBrute 12 d’Artura, le Malevolent et le Mantis de PWM, le MicroKorg, le DX1 de Yamaha, l’Osmose d’Expressive E, l’Iridium de Waldorf, l’Ensoniq ZR76, le Kurzweil K2000 et même l’OP-XY de Teenage Engineering. Je t’épargne la liste complète, elle est disponible sur le site d’UVI, mais je peux te dire qu’il y a du beau monde.

En parallèle, deux nouveaux filtres font leur apparition (Ladder et VCF 4023), accompagnés d’une macro Analog Drift et d’un mode de séquenceur polyphonique. Enfin, l’interface reste fidèle à celle de la version 4, sans changement visible dans la disposition des pages Main, Layer A/B, Seq et FX. L’essentiel des nouveautés se joue donc dans le contenu et dans quelques ajouts ciblés au moteur, pas dans une refonte de l’expérience d’utilisation.
Deux filtres, et j’avoue que j’ai mon petit chouchou
Les deux nouveaux modèles de filtre jouent sur des registres opposés. Le Ladder délivre un ton chaud et rond, dans l’esprit d’un filtre Moog classique, tandis que le VCF 4023 monte en résonance plus vite et conserve davantage de bas du spectre, avec un contrôle coupe-bas à la place du Voltage Reference (ou Drive) présent sur le Ladder. (Ma préférence à moi, c’est le Ladder, que je trouve plus musical, mais c’est dépendant du genre de musique produit, évidemment)


Un point sur lequel Synth Anthology 5 excelle, c’est le routage de la modulation : un clic suffit pour choisir la source qui va moduler un paramètre, sans passer par un sous-menu caché ou de matrice indigeste. Ce genre de détail d’ergonomie change vraiment le rythme d’une session quand tu enchaînes les idées et que tu n’as pas envie de perdre 30 secondes à chercher où assigner un LFO.

Quand le hasard fait (bien) les choses
La page Main propose un système de suggestion intelligent, qui charge automatiquement 8 alternatives de son en fonction de celui que tu as choisi. Et si les propositions faites ne te plaisent pas, tu peux toujours générer un nouveau lot de suggestions, ou revenir au son de départ sans perdre tes réglages.
Les propositions restent plutôt cohérentes avec le son d’origine, et le système m’a évité pas mal d’allers-retours dans le navigateur classique pendant mes sessions. Mais, ce qui manque, selon moi, c’est un moyen de préciser quel aspect du son garder. Si l’attaque d’un patch me plaît, mais que je veux changer son timbre ou son sustain, aucune option ne permet de cibler ce paramètre en particulier : le système propose des sons globalement proches, sans distinguer les composantes du son entre elles.
Séquenceur polyphonique : parcimonie, mon amie
Le mode Polyphonic du séquenceur fait jouer à chaque note sa propre séquence indépendante, avec en option une fonction de décalage aléatoire du point de départ pour chaque voix. L’idée tient la route sur le papier et donne des résultats intéressants.

Attention toutefois à rester prudent·e à l’usage. Passées 3/4 notes tenues en même temps, le résultat a vite fait de virer à la cacophonie, et il devient difficile de garder une lecture claire de ce que joue chaque voix. Je la garde pour des moments précis d’un morceau, une transition ou une texture d’ambiance, plutôt que comme réglage par défaut sur chaque preset.
L’Analog Drift te manquait, mais tu ne le savais pas
La macro Analog Drift recrée l’instabilité de hauteur et de timing du hardware analogique vieillissant, et c’est très efficace. C’est peut-être la nouveauté de Synth Anthology 5 qui me plaît le plus : sans elle, beaucoup de sons de la bibliothèque sonnaient un peu figés à mon goût, ou en tout cas trop propres pour évoquer le grain d’un vrai synthé analogique.
Je regrette par contre le niveau de réglage disponible pour les macros en général. Un potard unique par macro fonctionne bien pour un façonnage rapide à la volée, mais laisse peu de marge pour ajuster finement le comportement des effets, que ce soit Analog Drift, Tone, Crush, Phase, Cloud ou Feedback. Peut-être que ça risquait de faire doublon avec les pages FX déjà disponibles ?

Synth Anthology 5 : un réalisme à toute épreuve ?
Je vais peut-être te décevoir, mais je ne possède aucune des machines échantillonnées dans cette bibliothèque, ce qui m’empêche de juger de la fidélité du sampling face au hardware d’origine. Ce que je peux affirmer, en revanche, c’est que les sons obtenus s’intègrent directement dans un contexte de production musicale moderne, sans réglage long au préalable. Tu charges un preset, tu joues, c’est fluide, rapide, pas d’entretien, pas d’encombrement, pas de courbe d’apprentissage, straight to the point. Et je suis convaincue que ça répond aux besoins d’une grande partie des producteur·ices et sound designers d’aujourd’hui.
FX intégrés et modulation, du solide sans surprise
La page FX regroupe des effets d’envoi (Sparkverb, Convolver, Dual Delay, Feedback) et des effets de bus (Drive, Equalizer, Maximizer). Je garde ces effets dans ma chaîne sans les bypasser : ils tiennent la route et n’ont rien à envier à des plug-ins tiers, d’autant que ce ne sont pas des algorithmes codés à la va-vite, histoire de dire. Sparkverb, par exemple, est une réverbe issue directement du catalogue de la marque.

Chaque layer dispose par ailleurs de deux LFO et deux steps modulateurs, assignables par glisser-déposer sur n’importe quel paramètre modulable. Le fonctionnement n’a pas changé depuis la version précédente, mais la fluidité d’assignation reste un point fort de l’instrument (je sais, je me répète, mais puisque je te dis que c’est pratique !). À noter également le mode MPE, qui transforme n’importe quel preset en un preset plus expressif (il y a même une catégorie de presets dédiée).
Le bilan : Synth Anthology 5, c’est oui
UVI a sorti le grand jeu, rien qu’en ajoutant 100 nouveaux synthés à la collection. C’est un ajout conséquent et la marque aurait presque pu s’arrêter là. Il y a néanmoins une petite mise en garde : tous les paramètres prédéfinis ne se marient pas parfaitement avec n’importe quel morceau. Certains s’intègrent instantanément, tandis que d’autres nécessitent un peu plus de travail pour trouver leur place. Bien sûr, tu pourras toujours les modifier un peu pour les faire correspondre à tes besoins, et c’est encore une fois dépendant du genre de musique que tu produis !
Mon vrai point d’accroche, s’il en faut un, c’est la multiplication des menus. Chaque layer possède son propre navigateur, organisé par type de machine, pendant que le navigateur de presets fonctionne, lui, par type de son. Je regrette l’absence d’un système unique qui regrouperait les deux logiques de tri. Mais franchement, est-ce que ça va affecter mon avis sur le plug-in ? (Non)
Globalement, Synth Anthology 5 est une avancée qui fait plaisir, et je veux absolument conclure cette review par un point positif, alors je rajouterai que le fait d’avoir à disposition les oscillateurs simples de quelques modèles est très appréciable ! Parfait pour construire des sons à partir de zéro tout en conservant le caractère des synthés hardwares.
Au prix de lancement de 89 € au lieu de 149 €, l’achat est très pertinent pour les musicien·nes qui aiment se laisser guider par les presets comme pour celles et ceux qui préfèrent synthétiser leurs propres sons depuis zéro. Alors, quelle que soit la catégorie dans laquelle tu t’identifies, fonce. Et puis, ça te coûtera toujours moins cher que l’acquisition et l’entretien d’un parc de 300 machines !
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