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Découvre le travail pionnier de Jérémy Perrouin, fondateur de Soundleaf et inventeur de dispositifs vibratoires novateurs qui permettent aux malentendant·es et entendant·es de (re)découvrir comment iels interagissent avec le son et la musique.

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En janvier 2026, quelques semaines après avoir lancé son entreprise de hauts-parleurs Soundleaf, Jérémy Perrouin se retrouve parachuté dans un monde qui lui était auparavant totalement inconnu, celui des personnes malentendant·es et des sourd·es.

À l’origine de cette rencontre impromptue, une musicothérapeute marseillaise de son réseau. Celle-ci avait en effet simplement convié Jérémy à lui présenter son travail, dont elle anticipait le fort potentiel thérapeutique: « Amène tes haut-parleurs et puis comme ça, tu me montres. »

Elle initia ensuite naturellement la rencontre entre Jérémy et les enfants malentendants présents ce jour en atelier: « Tant qu’à être là, présente-toi aux enfants. » Armé de ses prototypes de haut-parleurs vibrants, Jérémy Perrouin se retrouve donc un peu paniqué face à des enfants très curieux·ses de s’amuser avec ses créations. Une rencontre qui va changer la trajectoire de Soundleaf et de la vie de Jérémy.

Jérémy Perrouin dans son atelier marseillais (Crédit: Naud @gearnews.fr)

En effet, la propriété vibratoire de ses hauts-parleurs, une fonctionnalité secondaire à la base, devient la star du show! Les enfants de l’atelier sont fasciné·es par les outils de Soundleaf car « C’est la première fois qu’on ressent vraiment les aigus ! »

Jérémy se souvient de cet épisode avec bienveillance : « J’étais tétanisé face à l’inconnu : comment ça marche, les enfants sourds ? ». À cet instant, sans le savoir, il basculait d’un projet personnel à une mission qui dépasserait ses propres frontières.

Un régisseur blessé par le bruit: quand la passion devient souffrance

Retour trois ans plus tôt, en 2023, lorsque la vie de Jérémy Perrouin a basculé.

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Cet ancien régisseur technique très actif sur Marseille et passionné de musique depuis l’enfance—conservatoire, hautbois, percussions, orchestres—a développé une hyperacousie sévère suite à une agression à la Friche Belle de Mai (où Jérémy était régisseur pour les locaux de répétitions de l’AMI). Les tympans crevés, il en ressort avec de sérieuses lésions. Il explique de manière très concrète ce que cette affliction implique au quotidien : « Quand c’est sévère, tu mets vingt secondes à ranger tes couverts dans le tiroir parce que le bruit… ça t’agresse, ça te fait mal. »

Scooters, sirènes, enceintes Bluetooth, même au milieu des calanques. Il n’y avait plus un seul refuge pour l’ingénieur son dont la vie devient très compliquée. Le son est partout, agressif et envahissant.

Mais au-delà de l’hyperacousie pure, il y avait aussi la mysophonie à gérer — ce troublant pouvoir d’attribuer une intention à chaque son. « Si quelqu’un klaxonne à deux mètres de moi, c’est pas contre moi, mais moi, je le perçois comme quelqu’un est en train de m’en vouloir personnellement. Comme si le coup de klaxon était dirigé à mon encontre. »

Le soir, épuisé, il se sent abusé par la ville elle-même. « À la fin de la journée, t’es fatigué: la ville t’est rentrée dedans. Les gens t’ont roulé dessus et tu sais que c’est toi, que ça vient de ta perception, mais malgré tout, tu souffres… »

Les églises deviennent alors des refuges silencieux et apaisants. « Tu as une grosse réverbe et les sons qui t’arrivent de l’extérieur. Ils passent à travers la moulinette de cette grosse réverbe et ils arrivent à mes oreilles adoucis. » Cette observation a inspiré un projet artistique sur le silence et la perception du son qui va très rapidement germer.

L’accident heureux des résonateurs

C’est en explorant les vibrations de plaques et le timbre des matériaux que Jérémy Perrouin a découvert sa vraie voie. « Je me suis passionné pour les vibrations de plaques et le timbre ou comment un matériau modifie ton son. »

Pendant deux ans et demi suivent des milliers d’essais dans son atelier, installé au sein de son propre appartement: « J’ai essayé plein de matériaux, toutes sortes de plastiques, des épais, du gros, du petit… » Il a créé des haut-parleurs vibrants pour ses installations artistiques. « Il y a environ un an que je me suis décidé à faire une boîte parce que mon projet artistique, n’a pas trouvé de résonance dans les subventionnements possibles. » Une décision pragmatique qui allait changer pas mal de vies!

La rencontre qui a tout changé

Revenons en détail sur la rencontre entre Jérémy et ses futur·es partenaires de travail. En janvier 2026, une musicothérapeute l’invite à une répétition de l’orchestre des Colibris, ensemble des enfants sourds de Marseille. « Elle m’a dit: ben fais-leur essayer tes haut-parleurs. Et là, je vois tous les gamins qui mettent les mains sur mes plaques, et qui chopent un énorme sourire. »

Leurs réactions le sidèrent : «Waouh, c’est super! Monsieur, on sent les aigus. D’habitude, on sent jamais les aigus. Tous les planchers vibrants qu’on a d’habitude et tout, il y a jamais les aigus. Là, il y a les aigus! » Jérémy Perrouin insiste avec honnêteté: « Ce n’était pas dans mon projet de vie de faire des outils pour les sourds et malentendants. » Il avait involontairement résolu un problème qu’il ne cherchait pas à résoudre.

Ayant passé toute sa jeunesse en orchestre, il comprend instinctivement ce qui manque à ces enfants: un ressenti physique et vibratoire convaincant! « Tu as les cuivres derrière toi qui t’envoient directement des vibrations. Tu le ressens physiquement. Des fois, tu atteins le point où tu t’entends même pas. »

Des vibrations pour tous les corps via tous les corps

Soundleaf a rapidement déployé plusieurs outils. Le retour de scène Tommy pour pieds permet aux musiciens sourds de sentir l’orchestre entier. « L’idée, c’est de faire le son sur scène comme un ingé son qui va faire le son pour un musicien. » Les petits « Paco »—des résonateurs de la taille d’une souris—offrent une expérience ludique et tactile où l’utilisateur·rice peut s’amuser et explorer les vibrations en plaçant le Paco partout sur son corps. Des plaques au sol « Betty » accueillent le corps entier en vibration. On peut se tenir debout dessus, s’asseoir.

L’expérience a été assez déroutante (dans le bon sens!) pour moi, lors de cette interview. On réapprend à découvrir le son, à moins penser « gamme » et « intellectualisation de la musique » et à se fier à son ressenti physique. Les chansons que j’ai pu « écouter » via les dispositifs Soundleaf ne vibraient pas forcément de la manière « attendue par nos oreilles »: le son et la vibration devenaient deux expériences totalement différentes et m’ont fait découvrir des sensations nouvelles dans des morceaux que je connaissais pourtant par coeur!

Créer des outils qui parlent aux enfants… et à tout le monde!

Dès les premiers ateliers, l’exigence s’est imposée: il fallait sortir du médical et offrir des objets attachants aux enfants, qui donnent envie de les utiliser et de se les approprier : « Avoir vraiment un truc où les gamins, ils s’attachent à un objet. »

Mais encore une fois, Jérémy fait face à un imprévu: ses outils fascinent aussi les entendants. « Là, j’ai croisé plein de personnels soignants qui bossent avec des autistes. Avec des enfants hyperactifs. Avec des personnes neuroatypiques qui m’ont toutes dit : mais, c’est super pour moi, ces dispositifs! »

Il a même développé une appli ludique, Milo Box, où des chats ronronnent sous tes doigts. « J’ai fait ça un peu pour rigoler au début, mais finalement, je suis le premier consommateur de mon propre produits… Ça m’a fait du bien. Je me mets les ronronnements de chat, donc c’est une appli que j’ai faite. Et comme les objets vibrants, si tu les poses sur toi, tu as vraiment l’impression d’avoir le chat et ça te détend vraiment. »

Au-delà de l’accessibilité : une nouvelle musique

Ce qui fascine Jérémy Perrouin, c’est une question plus profonde : et si on composait pour la vibration, pas pour l’oreille ?

« Là, je reviens de quelques jours à Paris où j’ai rencontré des gens de la Philharmonie. » À Paris, il a rencontré des chercheurs et des compositeurs prêts à explorer cette frontière. Une école de son, Pulse Nation, envisage des cours où ses étudiants composeraient uniquement en ressenti vibratoire. « Je voudrais les faire bosser sur la composition mais en vibration. Les étudiant·es devront donc utiliser des bouchons antibruit, des casques… Juste se dire dans l’absolu: je compose pas pour les oreilles, je compose ce que je ressens en ayant un truc dans les mains, sur le torse ou sur les pieds. Que puis-je transmettre comme émotions avec les vibrations? »

Il évoque aussi une prise de conscience cruciale : « Est-ce qu’on doit adapter de la musique aux sourds ? Est-ce que le « généreux entendant » va aider le « pauvre sourd » à lui faire profiter de son art soit disant supérieur… En fait, ce n’est pas du tout le cas: il y a plein de sourds qui veulent pas forcément être appareillés, qui veulent pas, qui s’en foutent d’entendre. En fait, ils sont sourds, et fonctionnent avec leurs sens propres: il y a la vibration, il y a la vue… »

Car il existe une musique vibrante distincte, qui permet de redécouvrir ou transmettre différemment les genres de musique habituels à tous les publics. « Le death metal, ça va être une grande nappe très vibrante, très massante. C’est très doux, c’est très agréable, c’est très reposant. C’est très relaxant, le death en vibration. »

Matmos, avec ses compositions explorant le timbre, parle naturellement via la vibration. « L’intégralité de leurs morceaux, ils racontent un truc en vibration. C’est hyper surprenant. Leur façon de concevoir la musique, elle est haptico-compatible, je sais pas comment on pourrait dire. » Steve Reich, la musique concrète, les vocalisations inuits aussi —« ça raconte quelque chose vraiment en vibratoire aussi. Et tu sens parce que visuellement et physiquement… c’est un truc déjà que tu sens. C’est animal et vibratoire. »

L’oreille nous ment

Pour comprendre la vibration, il faut combattre son propre cerveau. « Tu dois lutter contre ton cerveau. Parce que ton cerveau d’entendant, il hiérarchise toujours ta perception malgré toi. »

Une expérience en atelier l’a prouvé. Des musiciens professionnels improvisaient avec bouchons et casque, assistés par les interfaces vibrantes de Jérémy. « Au milieu de leur impro, la musicothérapeute me dit : Vas-y, quand je te dis, tu coupes le, tu leur coupes les interfaces. »

Il coupe. Les musiciens continuent, imperturbables. « À la fin de l’impro, on fait un petit bilan. Puis elle leur demande : Vous avez remarqué quelque chose ? Et les profs, ils sont là : Ben non. » Le public, lui, avait entendu la rupture. « Au moment où on a coupé l’interface, les profs se sont pas rendu compte que la vibration avait coupé. Leur cerveau a switché. Sauf qu’ils ont joué différemment. Ils s’en sont pas rendu compte. Mais le public s’en est rendu compte. »

De nombreux projets en cours et à venir

L’été 2026 est et sera chargé. « Tout juillet, ça va être de la production. Je vais bosser avec un festival d’opéra qui est près de Lyon. Qui s’appelle Opéra Mon Amour. » Pour la rentrée, Jérémy Perrouin est en discussion pour une potentielle livraison de matériel à la Philharmonie de Paris. Il lancera aussi des ateliers à Pulse Nation.« Et là, j’ai une commande qu’il faut que je finalise avec la Philharmonie de Paris. Là, j’ai vu, ils sont à fond pour bosser avec moi. »

Via Pulse Nation, Jérémy discute aussi avec la SACEM. « La SACEM, ils ont pas d’expertise en musique sourde ou bien en composition faite pour la vibration. On se parle donc pour voir comment faire avancer les choses dans le bon sens. »

Mais avant tout, il affine ses prototypes. Et surtout, il repense continuellement en repensant aux retours réguliers des enfants sourds. « Ce sont les retours les plus efficaces et plus directs et les plus sincères. Le gamin, soit il joue avec, soit il le laisse totalement de coté. C’est ça qui est bien. Quand ça leur plaît, ça se voit. »

Pour suivre Jérémy ou en apprendre plus c’est par ici.

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Jeremy perrouin soundless gearnews.fr

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