Trop de choix de matos tue le choix ?
Un DAW, une suite de plug-ins, un style : pourquoi le choix est souvent le meilleur moyen de progresser.
Choisir un plugin, c’est comme choisir un dentifrice… il y a trop de choix!
Tu as sûrement déjà vécu cette scène. Tu es au supermarché, comme toute personne normale tu as une vie bien remplie, et la journée est loin d’être finie.
Ayant une hygiène un minimum correcte, tu te laves les dents deux fois par jour. Pour accomplir cette tâche, tu as besoin de dentifrice. Or ton tube s’est terminé hier, après que tu aies utilisé la fameuse technique du « rouleau », qui consiste à enrouler le tube de dentifrice et à le presser frénétiquement pour en extraire le moindre milligramme.
Tu te mets donc en quête du rayon qui contient les dentifrices. Après avoir erré pendant 5 minutes et être passé notamment par le rayon jardinage et le rayon nourriture pour animaux de compagnie (cette promo sur les croquettes t’a fait de l’œil), te voilà enfin rendu à destination. Tu te diriges vers l’étagère qui contient les dentifrices. Et là, c’est le drame.

Des dizaines de références. Des tonnes et des tonnes de tubes de marques différentes, avec des goûts plus exotiques les uns que les autres : fluor, menthe verte, cannelle, fenouil… ? Ils sont vendus parfois seuls, parfois en groupe, ont des formes diverses et variées… Quant au prix, ce n’est plus une fourchette, c’est une rampe de skateboard.
Mais toi, tu voulais juste te laver les dents. Avoir une bonne hygiène bucco-dentaire, et ne pas dégoûter le premier venu avec ton haleine fétide avant d’avoir terminé ta première phrase. C’est comme ça que la plupart des artistes vivent la production musicale. Moi y compris, parfois.
Sommaire
Le choix du DAW : le premier grand embranchement
Déjà, sur l’aspect purement technique, il faut commencer par choisir un DAW.
J’en compte au moins 5 parmi les plus utilisés. Ce choix n’a rien d’anodin : choisir son DAW conditionne énormément la suite de l’aventure. Contenu consommé, quel créateur, quels artistes, avec qui on va collab facilement, est-ce que l’on va être « compatible » avec ce DAW ou non…
Personnellement, je suis sur Ableton Live depuis plus de 10 ans, mais c’est loin d’être mon premier DAW : j’ai commencé par Reason, puis Cubase, avant de finir par totalement adopter Ableton.

Mon premier DAW ! C’est un sampler pour faire des morceaux de punk. J’y jouais sur Absoluflash quand j’avais 10 ans.
J’ai failli switcher sur FL il y a des années, car j’étais persuadé que « le logiciel sonnait mieux ». Spoiler : c’était simplement l’effet du soft clipper sur le master de FL que je recherchais. Je suis content de ne pas avoir changé, surtout que pour l’avoir essayé, je déteste FL.
Mais comment je sais que je déteste FL ? Comment je sais que je préfère Ableton Live ? Eh bien là-dessus, pas le choix, c’est comme choisir entre la manette Xbox et la manette PlayStation : impossible de savoir sans avoir testé. Même si bien sûr la manette de la Xbox reste la meilleure.

Comment ne pas aimer cette manette ?
Et c’est là tout le problème : c’est long, très long de tester. Je pense qu’il n’y a pas de meilleur DAW dans l’absolu : comme en amour, chacun trouvera ce qui lui plaît dans le DAW qu’il choisira. C’est beau ce que je dis.
Tu es peut-être en train d’utiliser un DAW qui ne te convient pas, sauf que tu ne le sais pas encore. Si vraiment la courbe d’apprentissage est trop raide, envisage d’en tester un autre. Fais une loop sur une version d’essai, pour voir comment ça se passe.
Les plug-ins : bienvenue dans l’enfer du choix
Bon, le DAW est choisi. Quid des plug-ins ? Bienvenue dans l’enfer du choix.
On sait très bien ce qui se passe avec les débutants : la plupart vont cracker toutes les suites de tous les mastodontes du marché, c’est tellement simple et tellement gratuit.
C’est au passage une pratique que je condamne fortement. Les marques de plug-ins ne roulent pas sur l’or : c’est un marché extrêmement concurrentiel, demandant beaucoup de compétence et de capacité à innover. Et puis ce sont quand même ces gens qui nous permettent de nous exprimer. Ne les vole pas.
La plupart des plugins sont créés par des passionnés.
Mais bon, admettons. Tu commences un nouveau hobby, tu as déjà acheté une carte son et des enceintes, et tu n’as pas envie de te ruiner en plug-ins. Je comprends. Le mal est fait : FabFilter, Xfer, Melda, Kilohearts, Arturia, tout y est passé.
Tu ne le sais peut-être pas, mais tu viens de te tirer une énorme balle dans le pied. Ta bibliothèque de plug-ins est soudainement devenue le rayon dentifrice dont je parlais tout à l’heure. Tu te retrouves face à des smart EQ, des compresseurs multibandes, des EQ statiques, spectraux et dynamiques… Mais toi, tu veux juste mettre un high shelf sur ton synthé.
Si tu avais été un peu moins boulimique face à la gratuité, tu te serais peut-être contenté d’utiliser l’EQ natif de ton DAW. Tu l’aurais utilisé assez souvent pour en comprendre les subtilités et le maîtriser entièrement.
Mais puisque tu as décidé de couler le marché de l’audio, de la même manière que je décide de ruiner le restaurant lorsque j’entre dans un buffet à volonté, tu vas tester un EQ, puis un autre, puis encore un autre… Sans jamais en maîtriser aucun.
Le paradoxe du choix.
La solution: choisir bien, vite, et s’y tenir
C’est pour ça que je recommande de faire un choix très rapidement.
Non, tu n’apprendras pas plus vite le sound design en étant sur Serum, Vital et Pigments en même temps. Surtout que globalement, on peut obtenir des résultats très similaires en passant de l’un à l’autre. Parfois, il vaut mieux choisir pour de bon son modèle de dentifrice.
Ce n’est peut-être pas le meilleur, pas le moins cher, mais au moins, tu ne perdras pas 15 minutes à chaque fois que tu termines un tube (de dentifrice, je précise). On perd souvent plus de temps à faire le choix parfait qu’à se satisfaire de celui qui convient suffisamment.
Est-ce que Netflix ou Tinder rendent heureux en donnant accès à des choix illimités ? Je trouve cette question passionnante.
Je recommande d’apprendre le sound design sur un seul plug-in. L’exploration vient plus tard.
Avoir un bon EQ, une bonne saturation, une suite de plug-ins de spatialisation (ou pas, car il y a de très bons plug-ins natifs dans ce domaine). Personnellement, j’ai choisi Plugin Alliance. Je n’utilise plus Waves ou Kilohearts, non pas que ce soient de mauvais plug-ins, c’est juste que je suis assez satisfait de mon choix et que je préfère m’y tenir que vagabonder.
Choisir un style : le grand malheur de ma vie
En revanche, il y a un vagabondage que je n’arrive pas à m’économiser. Je vais te parler du grand malheur de ma vie.
Tu l’as forcément croisé, ce mec qui « écoute de tout ». Eh bien moi, je suis vraiment le mec qui écoute de tout. De la drum’n’bass de Noisia au rock américain, en passant par le flamenco et les musiques traditionnelles, je passe beaucoup de temps à écouter beaucoup de styles de musique. Lorsque j’écris cette ligne, je me fais un album de Danger, sans doute un de mes représentants préférés de la French Touch.
Il ne vieillit pas, celui là.
J’en ai déjà parlé dans plusieurs articles : j’ai eu une carrière de producteur de dubstep avant de me mettre au service des autres. Un des facteurs qui a mené à la fin de ce projet, pour ne pas dire l’échec, c’est la volonté de faire trop de choses en même temps.
À la fin, je m’amusais à faire des changements de BPM, à passer librement de la bass music au hardcore dans un même morceau, tout en ayant une intro avec des sonorités de metal. D’ailleurs, le dernier son que j’ai sorti sous cet alias dure 20 minutes (!) et est un patchwork de beaucoup de styles.
Alors loin de moi l’idée de dire qu’il ne faut pas explorer ou essayer de mélanger des styles qui n’ont rien à voir. Mais bon, à ce point, je dois reconnaître que c’était un peu indigeste. Et c’est une des raisons qui m’a poussé à arrêter ce projet : j’avais envie d’explorer d’autres styles, d’autres BPM, d’autres sonorités.
Le fameux. Bon voyage.
Voilà un peu plus de 4 ans que j’ai sorti ce dernier morceau.
Et depuis, je ne sais plus trop sur quel pied danser. Lorsque j’ouvre mon DAW, je ne sais pas si j’ai envie de faire le post-metal de Cult of Luna et Neurosis, la house de Daft Punk et Kavinsky, ou les expérimentations de Skrillex et Fred Again.
Alors certes je m’amuse, mais avec cet état d’esprit, impossible de mener à bien un projet cohérent. C’est pour ça que j’ai choisi de m’occuper de la musique des autres : au moins je ne tourne pas en rond, et ma soif de diversité est satisfaite. Mais évidemment, ce n’est pas ce que je recommanderais à un·e artiste qui lirait cet article.
Conclusion
Comme pour les DAW et les plug-ins, c’est important de passer du temps à explorer pour trouver ce qui te plaît.
Mais ne te perds pas trop non plus. Lorsque tu as trouvé un style qui te parle, et que tu aimes produire (qui peut être un mélange de plusieurs choses, d’ailleurs), essaye de t’y tenir, de te poser tes propres contraintes et de les respecter. Il n’y a que comme ça que tu deviendras excellent·e. On ne peut pas devenir bon au football, au patinage artistique et à la natation synchronisée en même temps.
Dans la vie, pour avancer, il faut faire des choix. Mais est-ce que faire des choix, ce n’est pas ça, la liberté, finalement ?
