de  Théo Do Campo  |  Temps de lecture: 10 min
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Le matériel. Quel beau sujet. Nous sommes tout de même sur un site qui s’appelle Gearnews.

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On aime le tester, le posséder, en débattre, l’améliorer… Hardware, software, enceintes, tout y passe. Le matériel est au centre de toutes les conversations, on y dédie des contenus, on mise parfois sa progression ou ses espoirs dessus, au point de s’en rendre parfois dépendant·e. Pourtant, sans la santé, le matériel est… inutile.

Sincèrement, quel·le producteur·ice ne s’est jamais imaginé·e être bloqué·e à son niveau à cause de sa carte son ? Puis n’a pas vite déchanté en mettant un quart de son salaire dans une nouvelle et en découvrant que la raison, finalement, c’était peut-être son manque d’expérience ? Je l’ai vécu personnellement ; pire encore, j’ai fait cette erreur plusieurs fois.

Le matériel que tu sous-estimes vraiment: toi-même!

Et si je te disais que le matériel qui compte vraiment, que tu sous-estimes et dans lequel tu n’investis pas assez, c’est toi-même ?

Ton temps, ton énergie, ta santé physique et mentale, tes compétences. Peut-être que c’est ça la clé de la réussite, plus qu’une nouvelle carte son ou qu’un nouveau plug-in. Sûrement plus, même. Les artistes ont une fâcheuse tendance à prendre soin de leurs outils tout en oubliant de prendre soin d’eux-mêmes. Ils vont bichonner leur PC comme un véritable animal de compagnie, tout en mettant de côté leur sommeil et leur alimentation.

S’ils ou elles pouvaient donner leur repas à leur DAW pour mieux produire, ils le feraient sans doute. Pourtant la vie de musicien·ne, au même titre que celle d’un·e sportif·ve de haut niveau ou d’un·e acteur·ice renommé·e, peut mener à un très grand bonheur et à un vrai épanouissement, quoi qu’on en dise. Le tout avec un corps et un esprit fonctionnels, sur le court comme sur le long terme.

Mais ça parfois, on met un peu trop de temps à s’en apercevoir.

Sting en pleine santé.
Sting est en pleine forme en plus de faire de la super musique. Soyez comme Sting.

C’est pas beau, un musicien·ne qui vieillit?

Je vais te raconter un peu ma vie dans cet article, car mon combat pour la santé des artistes ne vient pas de nulle part. J’ai commencé la musique très jeune, la production dans mon adolescence, comme la plupart de mes collègues. À l’époque j’étais plein d’énergie : je faisais beaucoup la fête, j’allais à l’école le lendemain, tout en construisant une carrière artistique au milieu de tout ça.

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Il n’était pas rare que je dorme moins de 4h par nuit. Parfois même moins de 2. Évidemment, étant jeune et me pensant invincible, j’ai cru que ça allait tenir sur le long terme.

Mais les années passent : 20 ans, 22 ans, 24 ans… N’ayant pas un parcours scolaire très probant, je découvre les joies de l’usine, des travaux publics et des chantiers. Et petit à petit, je me fatigue.

Ça va beaucoup plus vite qu’on ne le croit. Fini les nuits blanches, fini l’énergie à gogo.
Place aux soirées canapé et aux nuits de sommeil interminables le premier jour du week-end.

Je ne m’en rends pas forcément compte tout de suite, mais j’ai de moins en moins d’énergie quand je rentre du travail. Finalement, les sessions de production se compliquent.
Je prends de moins en moins de plaisir.

Je n’ai pas envie de faire de com. Je n’ai pas l’énergie pour. Et ça, pour un·e artiste, c’est une très mauvaise nouvelle.

Swander, en moins bonne santé.

Moi en 2016. J’aime pas trop cette photo, je me cache, je ne suis pas en forme, ça se voit.

Reculer pour mieux sauter

Dans tous ces méandres, j’ai fini par lâcher tout ce qui touchait de près ou de loin à la musique. Étant artiste dans l’âme, ça m’a pas mal affecté. Mais j’ai fini par faire avec.

Puis j’ai vieilli un peu plus, et j’ai commencé à m’intéresser aux choses qui intéressent les gens qui approchent la trentaine : l’alimentation, le sport, le sommeil… Je faisais moins la fête, je prenais plus soin de moi, je me traitais mieux globalement.

Et là, miracle. Alors que je gérais une ferme de légumes bio, donc une activité très énergivore, je retrouvais de l’énergie. Je créais Swander, et pour ceux qui me connaissent, s’ensuivait ce qui s’ensuivait : je rencontrais peu à peu du succès, je finissais par me mettre à mon compte, et aujourd’hui, à 29 ans, je déborde d’énergie pour ce projet pourtant très demandant.

Si je ne m’étais pas décidé à faire plus attention à ma santé, cette histoire n’aurait jamais existé. Donc maintenant, je transmets.

Depuis 3 ans maintenant, j’ai lancé le projet Swander : j’accompagne les artistes de plein de manières différentes : dans la technique, certes, mais aussi dans l’aspect mental. Parce que faire de la musique, ce n’est pas que bidouiller son DAW : c’est aussi gérer une carrière, sa routine, ses émotions…

Dans le contenu associé à la musique, les créateurs·ices ont souvent une approche très terre-à-terre. Tout le monde parle de plug-ins, d’arrangement, de sound design… Même si ces sujets sont très riches, celui de la santé est largement sous-évalué. Pourtant si il y a un sujet qui touche tout le monde, indépendamment du style de musique, c’est bien celui-là.

Swander, mais en meilleure santé !

10 ans plus tard, me revoilà bien plus en forme, et bien plus heureux !

Le corps : du sacré matos

Il n’existe pas 10000 façons d’entretenir son corps : bien manger, être actif·ve, bien dormir.

Toi qui fais de la musique, tu es peut-être dans la situation dans laquelle j’étais, c’est-à-dire que ton projet musical doit exister malgré de nombreuses contraintes communes : travail, vie sociale, éventuellement vie de famille… Et dans ce contexte, ton corps n’est pas un détail. C’est littéralement l’infrastructure.

Il y a pas mal de stratégies différentes : être sur les écrans toute la journée peut anéantir totalement l’espoir d’un sommeil sain. Ce n’est pas juste une impression : une forte exposition lumineuse et cognitive peut perturber les mécanismes qui préparent l’endormissement.

C’est pour ça que les métiers où l’on est moins confronté·e aux écrans sont hautement compatibles avec l’activité d’artiste ; encore mieux si ce métier permet de beaucoup marcher. Au moins comme ça, on n’a plus trop à se préoccuper de son activité physique et on peut produire sereinement.

Le socle est déjà là, sans avoir à lutter contre tout en même temps.

Néanmoins, tu n’as peut-être pas du tout cette chance, et tu es peut-être dans un domaine où tu es déjà sur l’ordinateur toute la journée. Résultat, si tu fais du son le soir en rentrant, tu peux facilement te prendre plus de 10h d’écran par jour.

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Nassim Sahili est un de mes influenceurs Fitness préféré. Plein de bon sens, jamais stigmatisant, fait des vidéos d’utilité publique

Marcher, dormir, récupérer : une meilleure hygiène de vie

Dans ce cas, ça peut largement valoir le coup d’investir une heure de ta journée dans une balade.

Il ne faut absolument pas sous-estimer l’impact qu’une heure de marche peut avoir sur le sommeil, le stress et même la clarté mentale. C’est aussi un moment pour penser, voire méditer.

Cette heure “perdue” te permettra peut-être d’avoir l’idée du morceau de ta vie ou encore de garder l’envie de continuer tes efforts sur le long terme plutôt que de t’effondrer.
Et lorsque ta journée est finie, préfère un bon livre à une série ou un film, histoire d’être un peu moins stimulé·e.

Maintenir un bon rythme de sommeil est vraiment un énorme facteur de productivité à moyen et long terme. On a parfois l’impression de “perdre du temps” en se couchant plus tôt. Pourtant, la vraie perte de temps, c’est lorsqu’on est devant son DAW et qu’on n’arrive plus à être sûr·e de ce que l’on entend parce qu’on est trop fatigué·e.

Le manque de sommeil ne réduit pas seulement la motivation. Il dégrade aussi l’attention, la mémoire de travail, la précision des décisions et même la perception.
Autrement dit, on peut très facilement passer une ou deux heures à faire du mix en ne prenant que de mauvaises décisions.À ce moment-là, on échangerait bien volontiers ce temps perdu contre un peu de sommeil. Mais c’est trop tard. Le mal est déjà fait.

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Et si plutôt que de regarder une émission oubliable, on se regardait une vidéo pour apprendre à mieux dormir ?

Produire fatigué·e, c’est aussi ruiner son plaisir

Avoir de l’énergie lorsqu’on produit, ça peut vraiment changer totalement une session.
Rien qu’en termes de plaisir pris. Et on a beaucoup plus de chances de continuer une chose lorsque l’on y prend du plaisir.

Il suffit d’une session passée à se battre avec son arrangement pour ne plus avoir envie de faire du son pendant une semaine.Semaine qui peut devenir un mois. Un an. Dix ans.C’est ça qu’on oublie souvent : la fatigue ne ruine pas seulement la performance.
Elle ruine aussi la relation que l’on entretient avec sa pratique.Et ça, sur le long terme, coûte bien plus cher qu’un mauvais achat de matos.

Timbaland en studio, en pleine santé !

J’ai regardé une masterclass de Timbaland récemment : il se fait trop kiffer. J’ai jamais vu un mec prendre autant de plaisir à faire du son, on dirait un gosse.

Faire de la musique c’est bien, en faire longtemps c’est mieux

On parle souvent du summer hit, du tube de l’été : cet artiste qui ne brille que le temps d’un morceau, puis disparaît. Voilà ce qui peut nous attendre si l’on s’oublie en route. Il suffit de quelques mauvaises sessions, d’une mauvaise passe… Et d’un coup, on perd l’habitude, l’envie, et comme moi il y a quelques années, on met sa passion un peu de côté.

Et si, pour la plupart d’entre nous, il est important d’écrire de bons morceaux, voire de rencontrer du succès, je pense qu’on ne devrait jamais perdre de vue l’essentiel. Tous ceux qui durent vous le diront : il faut y prendre du plaisir. Avant d’être une science, un art, parfois même une compétition, la musique est avant tout un vecteur d’émotions positives, un facilitateur de partage, et peut-être l’une des plus belles choses que l’espèce humaine ait jamais produites.

À nous d’en profiter le plus longtemps possible, en maintenant une relation saine, non seulement avec notre art, mais aussi avec nous-mêmes.

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