deMix Jagger
| | Ajouter en tant que source préférée sur Google | 5,0 / 5,0 | Temps de lecture: 9 min
Publicité

Après avoir voyagé dans le temps pour parcourir ensemble les fabuleuses histoires des modèles Fender Precision Bass et Jazz Bass, le moment est venu pour nous de retourner au début des années 70, sous le soleil de Californie, afin de nous pencher sur la genèse d’un troisième modèle de basse absolument iconique, la légendaire Music Man StingRay. C’est parti !

Publicité
Basses de légende : Music Man StingRay / Vignette

Introduction 

Quelque temps après la prise de contrôle de Fender par l’ogre CBS en janvier 1965, et suite aux conséquences désastreuses que ce rachat a très rapidement fait peser sur la chaîne de production des instruments, deux anciens cadres de la firme californienne, Forest White et Tom Walker (respectivement ex-vice-président et ex-représentant commercial de Fender), ont fait le pari de lancer leur propre entreprise au tout début de la décennie 70, sous le nom de Tri-Sonix.

Intrigué par cette démarche, et conscient du talent des deux hommes, Léo Fender fit le choix de les rejoindre comme actionnaire anonyme dès 1971. Cet anonymat peut sembler étonnant, mais il restait une condition sine qua non de l’implication du bonhomme dans cette nouvelle aventure,  en raison d’une clause de non-concurrence d’une durée de dix ans signée avec le groupe CBS lors du rachat de la célèbre marque de Fullerton. D’ailleurs, c’est bien ce détail juridique qui l’empêcha de s’investir directement dans la conception d’un nouvel instrument pendant un long moment.

La création de Music Man

Basses de légende : Music Man StingRay / La création de Music Man
Publicité

Néanmoins, à l’aube de cette clause, en 1974, les trois compères en profitèrent pour rebaptiser Tri-Sonix sous le doux nom de Music Man et, dès janvier 1975, Léo Fender fut nommé président de l’entreprise. À partir de là, l’équipe commença à travailler sur de nouveaux modèles de basses et de guitares. C’est ainsi que cette équipe de visionnaires, accompagnés du célèbre et talentueux bassiste Sterling Ball, dessina et peaufina les plans d’une nouvelle basse électrique.

L’objectif était clair, net et précis : créer une basse capable de révolutionner le monde de la quatre cordes et d’accompagner les évolutions musicales qui étaient en pleine effervescence à cette période, notamment l’ensemble des styles musicaux amplifiés qui avaient projeté les musicien·nes dans une quête sans fin, à la poursuite de sons toujours plus puissants et plus brillants, tout en recherchant une assise incomparable dans les fréquences graves et infra graves.

Un projet de lutherie ambitieux

Basses de légende : Music Man StingRay / Un projet de lutherie ambitieux

Pour y parvenir, l’ensemble des participants comprirent très vite qu’il fallait bousculer les codes établis et proposer plusieurs innovations techniques qui pourraient enfin être en mesure de faire la différence. Comme point de départ, ils choisirent donc d’aborder ce projet à la manière d’une mise à jour moderne des modèles Precision et Jazz de Fender, en partant d’un corps en frêne finement biseauté associé à un manche vissé et une touche en érable. Nom de code : StingRay !

En termes de lutherie, l’autre élément caractéristique de la StingRay réside dans son chevalet massif à cordes traversantes, qui donne à l’instrument cette capacité de résonner encore plus longtemps qu’une basse classique, lui offrant ainsi un sustain démoniaque. Or, ce sustain est également dû à la configuration de la tête du manche imaginée par Forrest White, qui possède un ensemble de mécaniques montées en configuration « 3 + 1 ». Ce système très astucieux élimine tous les angles de tension inutile, en faisant en sorte que chaque corde soit parfaitement droite et puisse vibrer sans aucune contrainte.

Un micro pas comme les autres

Basses de légende : Music Man StingRay / Un micro pas comme les autres

Pour réaliser l’objectif assigné, Léo Fender se tourna vers un micro à double bobinage (placé en position chevalet) doté d’aimants AlNiCo surdimensionnés, qui seront remplacés par des aimants en céramique tout aussi gigantesques quelque temps plus tard. Cependant, une précision s’impose, car, contrairement à la quasi-totalité des autres micros à double bobinage proposés sur les guitares et basses de l’époque, qui étaient câblés en série, celui de la StingRay possédait la particularité d’être câblé en parallèle.

Ainsi, en câblant les deux bobines en parallèle, le micro conservait les atouts caractéristiques d’un humbucker, comme l’annulation du bruit de fond et le niveau de sortie élevé, tout en produisant un son plus clair, plus ouvert, marqué par des aigus très aériens et des basses vraiment profondes. Ce n’est donc pas un hasard si ce câblage parallèle est, encore aujourd’hui, considéré comme un élément clé du son de la StingRay

La révolution de l’électronique active

Basses de légende : Music Man StingRay / La révolution de l'électronique active

À l’origine du projet, l’équipe avait donc pour ambition d’obtenir un instrument capable de délivrer un niveau de sortie hors du commun, doublé d’un rapport signal / bruit exemplaire. Cette ambition se réalisa en imaginant un tout nouveau circuit de préamplification électronique actif, directement intégré dans le corps de l’instrument et alimenté par une pile de 9 volts. En pratique, la conception de ce circuit fut rapidement rendue possible grâce au savoir-faire et au génie de Tom Walker, ingénieur de formation et passionné d’électronique, qui passa d’innombrables nuits à travailler et à retravailler sur le choix et la disposition de chaque composant pour répondre aux attentes sonores de Léo Fender.

Ce préampli permettait d’obtenir un signal plus puissant et une réponse en fréquence beaucoup plus étendue qu’à l’accoutumée, offrant ainsi la sonorité brillante et unique qui allait devenir la marque de fabrique de la basse. Les premières versions étaient équipées d’un égaliseur à deux bandes (grave et aiguë), auquel a été ajoutée une troisième bande optionnelle dédiée aux médiums. D’ailleurs, pour l’anecdote, le préampli actif de la StingRay était scellé dans de la résine époxy (le fameux Goop) afin d’empêcher toute tentative de rétro-ingénierie sur cette nouvelle technologie embarquée, qui allait rapidement devenir emblématique de la bête.

Le lancement officiel de la StingRay

Basses de légende : Music Man StingRay / Le lancement officiel de la StingRay - Louis Johnson
Louis Johnson

Dès les premiers jours de commercialisation, en 1976, le modèle Stingray rencontra un succès immédiat. Et à juste titre, car pour une fois, le public comprit très vite qu’il était en train d’assister au lancement de la première basse de l’histoire dotée d’une électronique active et d’une section d’égalisation complète, qui allait bien plus loin qu’un simple réglage de tonalité passif en offrant la possibilité aux musicien·nes de booster les fréquences graves et aiguës directement sur leur instrument.

Le développement et l’intégration du préampli / égaliseur actif embarqué de Tom Walker ont constitué, de loin, la plus grande innovation pour une basse de série à l’époque. Le résultat offrait les sensations d’une basse Fender, assez proche d’une Precision, mais avec des graves profonds que les ingénieur·es du son recherchaient et qu’on ne pouvait tout simplement pas obtenir avec une Precision Bass. D’ailleurs, ce qui frappe instantanément l’oreille lorsque l’on pose les doigts sur une StingRay, c’est la polyvalence des sonorités que l’instrument est en mesure de délivrer.

La naissance d’un mythe

Basses de légende : Music Man StingRay / La naissance d’un mythe - Bernard Edwards
Bernard Edwards

Les bassistes des scènes funk, soul et disco émergentes ont été parmi les premiers à populariser cet instrument. On pense notamment à Louis Johnson (Brothers Johnson), pionnier du slap bass, qui a commencé à utiliser une StingRay peu après sa sortie, mais aussi à Bernard Edwards (Chic), qui a utilisé la bête pour écrire certaines lignes de basse les plus célèbres de l’histoire de la musique enregistrée. 

Plus tard, la popularité de la StingRay n’a cessé de se renforcer, en particulier dans le genre rock et ses nombreux dérivés, grâce à des bassistes de la trempe de John Deacon (Queen), Flea (Red Hot Chili Peppers), Tim Commerford (Rage Against the Machine), Justin Chancellor (Tool) ou bien encore Robert Trujillo (Metallica), Rex Brown (Pantera), Dave Farrell (Linkin Park) et Trent Reznor (Nine Inch Nails). Au final, la StingRay a très largement dépassé les plus folles espérances de ses concepteurs en atteignant le statut d’instrument légendaire.

Clap de fin

Basses de légende : Music Man StingRay / Clap de fin

Comme le dit l’adage, toutes les bonnes choses ont une fin et l’histoire commença à vaciller lorsque Léo Fender claqua la porte de Music Man en 1979 pour aller fonder G&L, suite à de nombreuses tensions financières et juridiques qui vinrent mettre à mal l’harmonie de l’équipe. Sans compter le fait que si la StingRay était bel et bien un succès, on ne pouvait pas en dire autant des guitares Music Man qui avaient grand-peine à trouver leur public.

Quelques années plus tard, en 1984, face à d’innombrables problèmes d’approvisionnement et de contrôle qualité, l’entreprise continua de s’endetter et se retrouva dans une situation inextricable, au bord de la faillite et de la liquidation judiciaire. C’est alors que le fabricant de cordes Ernie Ball (fils de Sterling Ball) se proposa de racheter les actifs en place, au cours d’une enchère publique, afin de sauvegarder le patrimoine de Music Man et de développer de nouvelles références, comme la StingRay 5, mais c’est une tout autre histoire.

Conclusion

Nous espérons que cet article t’a plu et qu’il t’a permis d’en apprendre un peu plus sur la légendaire Music Man StingRay. La semaine prochaine, nous te proposerons notre sélection des meilleurs modèles de type MM (Music Man) afin de t’aider à t’équiper de la plus belle des manières. D’ici là, n’hésite pas à lire ou à relire nos articles précédents consacrés à la basse électrique :

Et surtout, prends le temps de partager ton point de vue, ton expérience et tes questions avec la communauté gearnews.fr dans les commentaires. C’est en échangeant ensemble que nous continuerons toutes et tous à progresser dans l’univers merveilleux de la quatre cordes.

La suite au prochain épisode !

Comment trouvez-vous cet article ?

Évaluation: Votre: | ø:
Publicité

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *