Objectif contrats: comment bien pitcher ta musique aux pros?
Comment faire des festivals et des rencontres pro un moteur de ta carrière musicale ?
Sommaire
Aller sur des salons
Chaque année, se tiennent par le monde des rendez-vous incontournables de l’industrie de la manufacture et du commerce d’instruments de musique et de matériel audio. Pour les amateurs de synthés viennent de s’enchaîner le SynthFestFrance à Nantes et le Superbooth à Berlin, précédés, entre autres par le Paris Guitar Festival, le Dakar Music Expo et bientôt suivi par le Music Messe Worldwide à Shanghai.
Au siècle dernier, et même au début de l’actuel, la circulation de l’information concernant les nouveautés techniques se faisait via le bouche-à-oreille, les voyages et les découvertes opérées dans les pays leaders qu’étaient le Japon et les États-Unis. Une presse musicale et technique foisonnante, souvent anglo-saxonne, proposait une kyrielle de bancs d’essais, publi-reportages, interviews d’utilisateurs et autres témoignages.
En France, d’importants magasins d’instruments de musique permettaient de voir en vrai les nouveautés et parfois même les essayer avant de les acheter. Des importateurs de matériel étaient en permanence à la recherche de l’exclusivité de distribution des nouveautés auprès des commerce de détail. Et c’est justement lors de ces salon-foire-expos que se concluaient les deals de distribution.
Une fois ta musique composée, jouée, enregistrée et produite avec ces matériels, d’autres conventions, salons et marchés prennent le relai pour la distribution des œuvres et de leurs enregistrements. Un des événements les plus connus et probablement le Midem de Cannes (Marché international du disque et de l’édition musicale). Il a été longtemps un spot unique en son genre.
D’autres événements ont depuis vu le jour et sont considérés comme des alternatives majeures pour l’industrie musicale. C’est le cas du SXSW (South by Southwest) à Austin au Texas, du Reeperbahn Festival de Hambourg ou du MaMA Music & Convention (Marché des musiques actuelles) à Paris.
La musique pouvant avoir un grand nombre d’usages dans l’audiovisuel, elle trouve aussi une place dans les événements et festivals liés au cinéma et à la gigantesque industrie du jeu vidéo.
Ces rencontres, qu’elles concernent le matos ou le music-business et ses contrats sont aussi l’occasion de dévoiler chiffres, statistiques et autres études sur l’état des marchés de tous les domaines concernés.
L’arrivée puis l’essor de l’Internet a profondément changé les choses. Bien que banale, cette phrase n’en est pas moins une réalité avérée. La sur-accélération de la circulation de l’information conjuguée à une baisse considérable des prix de beaucoup d’objets manufacturés a rendu beaucoup plus accessible la possession et l’usage des instruments de musique et matos de studio, voire a amplifié chez nous le GAS (Gear Acquisition Syndrome) permettant l’éclosion d’une génération de Bedroom producers.
La conséquence a été la possibilité pour un grand nombre d’artistes de devenir autonomes pour la production de leurs œuvres.
Cet afflux de musique désormais disponible, inversement proportionnelle à la disparition du CD au profit de la diffusion online nous oblige à penser différemment.
Passer des likes aux contrats
Pour les projets artistiques, j’ai eu l’occasion de te présenter la nécessité impérieuse de cultiver son autorité numérique au travers des différents médias sociaux. Ils représentent un starter déterminant pour une signature par un label ou un éditeur de musique qui veillera à ton développement de carrière.
Avoir une communauté ou un début de communauté est très rassurant pour de futurs partenaires en capacité de signer des contrats. Ils seront également très attentifs à ta capacité à communiquer régulièrement sur tes créations et plus généralement sur toi-même et tes activités. Les réseaux sociaux (Instagram, TikTok, YouTube) servent à établir ta « preuve sociale ».
Je t’ai proposé quelques tips sur ce sujet dans cet article et dans celui-ci.
Pourtant, des artistes ayant franchi un cap décisif comme la signature de contrats d’édition majeurs, la synchronisation d’un titre dans une série Netflix ou une programmation en tête d’affiche te confirmeront que les deals majeurs ne se font presque jamais par un simple échange de DM.
L’effet visio-covid, s’il a permis de rester en contact, a eu pour conséquence l’envie retrouvée de concrétiser des accords par une rencontre physique. Celle-ci sera optimisée, justement parce que chacune des parties a pu étudier les activités de son interlocuteur.
Pour un artiste, participer à des rencontres professionnelles n’est pas un luxe : c’est une nécessité vitale. C’est le passage de l’existence numérique à la réalité industrielle. 80% des contrats en musique sont signés après une rencontre en personne, c’est ce qu’indiquait le Midem report 2023, l’année précédente, une étude du MaMa révélait que 65% des artistes déclaraient avoir obtenu au moins une opportunité professionnelle grâce à un événement en présentiel.
Avoir un bon mix réseaux sociaux et rencontres pro
| Réseaux sociaux | Rencontres professionnelles |
| Atteindre un large public | Créer des relations durables |
| Montrer son univers artistique | Négocier des contrats en direct |
| Générer des streams et des followers | Obtenir des opportunités exclusives |
| Automatisé et scalable | Humain et personnalisé |
Je te propose une stratégie sur la base de 3 événements majeurs. Tu pourras ensuite l’adapter en fonction de tes recherches plus ciblées sur tes envies et ton projet artistique.
Le MaMA Music & Convention : Le carrefour de l’indépendance
Chaque mois d’octobre, le quartier de Pigalle devient l’épicentre de l’industrie musicale française avec le MaMa. C’est une immense machine à créer du lien. C’est un lieu de proximité où la barrière entre l’artiste et le promoteur est la plus poreuse.
Pour un artiste émergent, c’est le spot idéal pour comprendre comment fonctionne la chaîne de valeur de la musique ou rencontrer son futur tourneur (booker). Tu pourras discuter avec des labels indépendants et assister à des panels sur les nouvelles sources de revenus.
Au-delà de la recherche de contrats c’est aussi l’occasion de rencontrer d’autres artistes, d’envisager des collaborations et des featurings productifs. Bien que se déroulant à Paris beaucoup d’étrangers font le déplacement, justement pour la particularité de ce salon.
Le Midem+ : La renaissance d’un géant mondial
Après une période de transition, le Midem est revenu en force à Cannes sous l’impulsion du mastodonte américain des tournées, Live Nation. Si le MaMA est le cœur de l’indépendance française, le Midem t’offre une vision et une ouverture sur le business mondial.
C’est l’occasion de tenter d’établir des contacts internationaux. La musique française a la cote dans beaucoup de pays et des opportunités devraient s’ouvrir vers l’Asie du Sud-Est et l’Indonésie qui ne sont pas territoires fans à 100% des productions nord-américaines.
Le Midem est également le lieu de conférences et autres colloques sur les innovations, le Web3, l’intelligence artificielle et évidemment l’export. Concernant l’IA, c’est très enrichissant d’entendre (sans nécessairement être en accord) des approches différentes du concert d’idées européen.
Les Festivals de musique de film : La niche en or
Les festivals comme Music & Cinema Marseille (MCM), le festival de Cannes ou celui d’Annecy (pour l’animation) sont des mines d’or pour les compositeurs. Ici, l’objectif est précis : rencontrer des réalisateurs et des producteurs de films.
Beaucoup de festivals sont également des « marchés » de films. Les professionnels y viennent avec l’esprit de faire des affaires et des rencontres. Pour l’anecdote, Hans Zimmer a écumé les festivals dans les années 80, ce qui ne lui a pas trop mal réussi.
Les organisateurs proposent souvent des speed-meetings. Pour y valoriser ta participation, ce que tu dois travailler n’est pas seulement ton aptitude à « vendre » un morceau, mais de démontrer ta capacité à traduire une émotion visuelle en sons. Nous sommes dans la musique à l’image.
Le coût des accréditations, ainsi que celui du transport et de l’hébergement peut-être très élevé. Il faut alors que tu considères cela comme un investissement au même titre que du matos.
Comme l’événement est éphémère il est rigoureusement indispensable de bien préparer la venue. Il existe des tarifs réduits d’accréditation proposée par les organismes de gestion collective comme la Sacem, la SCPP ou la SPPF ainsi que le Centre national de la musique.
Tu trouveras dans cet article quelques rappels sur ces institutions.
La rencontre physique, à ne pas sous-estimer
Ta stratégie de prise de contacts doit fonctionner comme une paire de ciseaux : deux lames qui travaillent ensemble. Avant de te rencontrer, un producteur ou un éditeur va scroller ton profil. Il prépare le terrain. C’est ta vitrine ouverte 24h/24. Et même si le rendez-vous n’est pas planifié, il pourra jeter un coup d’œil rapide à tes activités numériques s’il est facile de te trouver d’un swipe sur un smartphone.
Si les réseaux sociaux permettent d’ouvrir une porte, c’est la rencontre physique qui permet de la franchir. L’industrie musicale reste une industrie de confiance humaine. Un éditeur musical ne signe pas seulement un son, il signe un humain. Il veut voir ta détermination, ton professionnalisme et ta capacité à communiquer. Le feeling ne passe pas en 5G.
En festival, une discussion de 10 minutes autour d’un café a plus de poids que 50 e-mails envoyés à une adresse « contact@ ». C’est un aspect psychologique essentiel.
Mets-toi un moment à la place des éditeurs et producteurs présents sur place : c’est pour eux très rentable. Un producteur et/ou un éditeur peut recevoir des centaines de démos par semaine, c’est très chronophage pour lui et ses équipes de gérer le tri et les écoutes en plus du reste de l’activité, même si on considère que c’est partie intégrante de son activité. Le monde de la production n’est pas à un paradoxe prêt.
En venant dans un salon , le « proditeur » accepte de se rendre disponible pour découvrir. C’est un temps dédié. Que tu aies fait l’effort de prendre une accréditation, de te déplacer et de préparer ton pitch prouve que tu es dans une démarche professionnelle. Cela te sépare immédiatement des 90% d’artistes qui attendent passivement que le succès tombe du ciel.
Rentabiliser ton accréditation
Partir dans un festival pro sans plan d’action est le meilleur moyen de perdre son temps et son argent.
Au départ je te conseille de bien identifier l’événement, ses éditions passées et les participants annoncés. Tu peux, par exemple, identifier 5 à 10 personnes clés (éditeurs, superviseurs musicaux, programmateurs) que tu veux absolument croiser. Une première approche LinkedIn, si tes cibles y sont présentes, me semble une bonne idée.
Le festival peut proposer des créneaux de rencontres faisant l’objet d’une organisation, ces speed meetings, évoqués plus haut, sont une excellente opportunité. Tu pourras également échanger des infos avec d’autres artistes également en recherche. Il ne faut pas y voir un esprit de compétition, mais de collaboration.
Tu dois être à jour sur ton site, et ton lien Linktree facilement accessible pour que l’écoute soit rapide et simple, et ne le surcharge pas trop en nombre de titres et d’infos. Dans un second temps tu pourras envoyer des compléments. Cette préparation et ton organisation pourraient faire la différence dans la présentation de ton image artistique.
Les producteurs ont besoin d’être sécurisés, surtout dans la musique de film, en percevant chez toi des qualités d’organisations qui permettent de répondre aux demandes avec des calendriers et des impératifs souvent très stricts.
Travaille un pitch qui te présente en moins d’une ou de deux minutes et positionne-toi en partenaire potentiel plus qu’en demandeur, car ta proposition est une collaboration artistique qui va aider le projet, le rendre prestigieux et rapporter beaucoup, beaucoup d’argent.
Petit détail, le premier contact sera probablement visuel alors prends également un moment à réfléchir à ta tenue, cela peut te sembler futile mais il ne faut rien négliger. Le follow up est indispensable. Il faut garder le contact après la rencontre et la fin de l’événement même si tu n’as pas « senti » le coup.
Beaucoup d’opportunités peuvent se perdre par l’absence de relance post-rencontre. Envoie en remerciement pour le temps accordé, un e-mail personnalisé 48h après qui reprend quelques termes de l’échange. Même si ceux-là n’étaient pas trop positifs, l’envoi de quelques éléments complémentaires qui montrent que tu as pris en compte les éventuelles remarques. Continuer à entretenir le contact permet de rester dans le radar, sans être trop relou.
Boîte à éléments de langage
Aborder un professionnel peut être intimidant. Voici des structures de phrases et des approches pour briser la glace de manière efficace et pro. Ce sont mes suggestions, tu adaptes à ta personnalité.
Le Pitch d’ascenseur (Elevator Pitch)
L’objectif est de définir ton identité en moins de 30 secondes. (Ou un peu plus)
- L’approche par le genre et l’émotion :
« Bonjour [Nom], je m’appelle [Prénom], je développe un projet de [Genre musical, ex: Synth-Pop mélancolique]. Je viens de sortir un EP qui a eu un bel accueil sur [Blog/Playlist] et je cherche aujourd’hui à structurer la partie édition pour la synchronisation. »
- L’approche par la comparaison (pour aider à se situer) :
« Mon univers se situe quelque part entre l’énergie de [Artiste connu A] et les textures sonores de [Artiste connu B]. J’ai déjà une base de [Nombre] auditeurs mensuels et je suis ici pour rencontrer des producteurs de spectacle pour ma tournée 2026. »
Donc pour toi 3 points :
- Dis qui tu es (Nom, genre musical, particularité). « Je suis [Nom], un compositeur de musique électronique avec une touche orchestrale. »
- Dis ce que tu fais et/ou as fait (Récompenses, streams, collaborations). « Mon dernier EP a été streamé 500 000 fois, et j’ai travaillé avec [artiste X] sur un projet. »
- Indique ce que tu cherches (Partenariat, financement, placement). « Je cherche un éditeur pour développer mon prochain album et des opportunités de synchronisation pour des films. »
Aborder un éditeur (Focus : droits et vision long terme)
L’éditeur s’intéresse à la composition, au catalogue et au potentiel de synchro. C’est à dire la possibilité de placer ton son dans une film : Le synchroniser à l’image, c’est le terme technique.
Dans un prochain article je traiterai spécifiquement de la synchro, mais tu vas trouver des éléments dans mes billets précédents sur GearNewsFR.
- Langage clé :
« Je dispose d’un répertoire de [Nombre] titres 100% originaux, dont les droits sont totalement disponibles (master et édition). Je cherche un partenaire éditorial capable de m’accompagner sur la stratégie de synchronisation à l’image. Mon écriture est très axée sur le storytelling, ce qui semble intéresser pas mal de superviseurs musicaux. J’aimerais beaucoup vous envoyer mon dernier projet pour avoir votre retour sur son potentiel éditorial. »
Donc pour toi 3 points :
- Approche indirecte (si tu ne le connais pas) : « Je vois que vous travaillez avec [artiste X]. Comment en êtes-vous arrivé à collaborer avec eux ? » C’est pour montrer ton intérêt pour le réseau et l’expertise de ton interlocuteur, ça indique que tu as préparé la rencontre et que tu n’es pas là par hasard.
- Approche directe (si tu as un projet précis) : « Bonjour [Prénom], je représente [votre projet], un artiste/compositeur qui a [résultat concret : streams, récompenses, collaborations]. Je cherche à développer des partenariats dans [votre domaine]. Seriez-vous ouvert à un échange ? »
- Si tu es timide : « Je ne sais pas si vous êtes la bonne personne pour m’aider, mais je cherche des conseils sur [sujet]. Auriez-vous 5 minutes pour m’éclairer ? ». Beaucoup de gens peuvent être bienveillants à l’idée de filer un petit coup de main et cornaquer un padawan, même dans nos métiers.
Aborder un producteur / label (Focus : son et identité)
Le producteur cherche une voix, une image, un hit ou une communauté.
- Langage clé, axé sur ce que tu as accomplis, suggérant que tu travailles déjà avec un écosystème constitué :
« On a construit une communauté très organique sur les réseaux autour de [Concept/Vidéo], mais on sent qu’on a besoin d’une expertise en production phonographique pour passer à l’étape supérieure en studio. Notre dernier single a généré [Nombre] streams sans aucun budget marketing. Imaginez ce qu’on pourrait faire avec une structure de production derrière nous. »
Aborder un réalisateur en festival de musique de film
Le réalisateur, s’il est bien sûr intéressé par ta création, sera aussi très sensible à ta capacité de t’inscrire dans une narration, celle de son film, de ta capacité à te mettre au service dudit film.
Il faut faire preuve de sincérité, ne va pas dire à un réalisateur que tu as aimé son film si tu ne l’as pas vu.
- Langage clé :
« J’ai beaucoup aimé votre dernier court-métrage. Votre gestion du silence m’a inspiré des textures sonores très spécifiques. Je travaille beaucoup sur l’hybridation entre instruments organiques et sound design. Si vous avez des projets en développement, j’aimerais beaucoup vous proposer une note d’intention musicale basée sur votre scénario. Mon approche n’est pas de plaquer de la musique, mais de créer une troisième voix pour vos personnages. »
Pour gérer les objections courantes
Je te souhaite beaucoup de succès dans toutes tes démarches, mais tu dois te préparer à des refus qui peuvent être ponctuels ou structurels, qui ne remettent pas en cause ta proposition artistique. Je te propose 3 exemples des objections couramment rencontrées avec quelques idées de réponses.
| Objection | Réponse adaptée |
| « On n’a pas de budget pour de nouveaux artistes. » | « Je comprends tout à fait. Seriez-vous ouvert à un partenariat où je contribue à votre projet sans frais initiaux, en échange d’une participation aux revenus ? » |
| « On travaille déjà avec d’autres artistes. » | « Je vois, c’est toujours intéressant de découvrir de nouveaux talents. Est-ce que vous seriez ouvert à un envoi de ma musique pour écoute ? » |
| « Revenez plus tard. » | « Bien sûr ! Je vous envoie un rappel dans 3 mois pour voir si les choses ont évolué. Merci pour votre temps ! » |
Et toi, quel est le prochain événement professionnel auquel tu vas participer ? Partage tes expériences ou tes questions en commentaire !
Partage cet article si tu penses qu’il peut aider d’autres artistes à booster leur carrière !
