de  Mix Jagger  |   Ajouter en tant que source préférée sur Google   | 5,0 / 5,0 |  Temps de lecture: 11 min
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Backstage : Dajak à l’Olympia / vignette
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Quelques semaines après la sortie du magnifique album Solar Stereo, ponctué par onze titres écrits et produits d’une main de maître, nous t’embarquons à nos côtés pour un entretien croisé avec Dajak et son équipe. C’est l’occasion rêvée de découvrir encore un peu plus l’univers de cet  artiste pas comme les autres, et de mieux comprendre comment il se prépare en amont d’un concert sur une scène parisienne mythique : l’Olympia. 

Introduction

En cette après-midi ensoleillée du mois de mars, trois jours à peine avant la date fatidique, le rendez-vous est pris dans une salle de concert associative située quelque part en haut d’une petite colline des Haut-de-Seine. Dès notre arrivée, nous sommes accueillis chaleureusement par Steffy Beckett (management), qui nous mène tout droit à la rencontre de l’artiste.

Une fois les présentations faites, nous découvrons un espace de répétition entièrement conçu pour reproduire les conditions techniques d’un concert professionnel, à savoir une scène en taille réelle et un système de sonorisation très complet. Aux manettes, derrière une jolie petite console numérique Yamaha DM7, se tient l’ingénieur façade Antoine Voidey (FOH ou Front Of House Engineer, dans la langue de Shakespeare).

Backstage : Dajak à l’Olympia / Introduction

Sur scène, Dajak et son groupe peaufinent leurs derniers réglages, et une chose est certaine, le rendu sonore est déjà très bon, et surtout, parfaitement fidèle aux sonorités de l’album. Nous prenons quelques instants pour savourer et profiter d’une section rythmique imparable, accompagnée par des lignes de basse riches et profondes, des guitares aériennes et poétiques, des accords de clavier et des nappes de synthé envoûtantes, le tout dominé par la sublime voix de Dajak et ses textes toujours très inspirants. Nous attendons un petit moment de respiration pour dégainer nos questions, et l’entretien commence enfin.

Comment s’est présentée l’opportunité de faire l’Olympia ?

Dajak : « L’opportunité de faire l’Olympia s’est présentée d’elle-même, suite à une volonté de mon tourneur et de ma manageuse. Finalement, c’était la progression logique pour ce projet, en 2022 on a joué à la Boule Noire, en 2023 on s’est produit au Badaboum, en 2024 on a enchaîné avec le Trianon, et cette année, c’est au tour de l’Olympia de nous accueillir. À chaque étape, notre objectif a tout simplement été de venir défendre nos titres face à un public toujours plus nombreux, et donc de monter progressivement en termes de capacité d’accueil pour chaque salle consécutive. C’est un défi qui se renouvelle à chaque fois, et qui représente une belle source de motivation pour nous. »

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La batterie

Pendant ce temps à la batterie, Mathieu Gramoli se prépare sur un kit DW Drums agrémenté d’une caisse claire Ludwig Acrolite des années 60, chinée à Nashville et fabriquée en alliage Ludaloy (aluminium anodisé). Son kit est complété par un set composé de cymbales Istanbul Agop, acquises directement à la source en Turquie, mais aussi de quelques références Zildjian K. Il dispose également d’un pad Roland SPDX, et complète sa prestation avec un petit tambourin capté en stéréo. D’ailleurs, pour la prise de son, un ensemble composé de micros Beyer, Neumann, Shure et Audix est disposé tout autour de son kit. 

Backstage : Dajak à l’Olympia / La batterie

Sa batterie, réglée à la perfection, offre un son de grande qualité, situé quelque part à mi-chemin entre un grain vintage typique des années 70, et une sonorité très moderne, presque HiFi. Chaque fût est accordé avec précision, les transitoires sont parfaitement détaillés et aucune résonance indésirable ne traîne dans les parages. En résumé, ça promet d’envoyer un maximum sur scène !

Backstage : Dajak à l’Olympia / La batterie

De quelles manières te prépares-tu pour un concert d’une telle ampleur ?

Dajak : « Outre nos sessions avec le groupe, de mon côté, je répète aussi énormément chez moi, et puis après, vient le moment d’attaquer la résidence en salle de répétition, comme c’est le cas aujourd’hui, pour préparer le concert et faire de bonnes balances, afin d’arriver fin prêts le jour J. Mais surtout d’arriver avec l’esprit tranquille, en toute détente, pour pouvoir aborder pleinement les différents thèmes de l’album sur scène et donner le meilleur au public. »

La basse

Ensuite, c’est au tour d’Augustin Hauville, tout juste sorti d’une tournée avec Eddy de Pretto, de nous présenter son setup. Sur scène, il utilise deux basses Fender Precision de 1967 et 1968, dotées d’un manche en palissandre muni d’une touche en érable, et montées avec des cordes différentes (filet plat pour l’une, et filet rond pour l’autre). D’ailleurs, il nous confiera apprécier que ses cordes soient le plus usées possible, et de ne les avoir quasiment jamais changées sur ses deux instruments de prédilection. Son rôle ne s’arrête pas là, en véritable touche-à-tout, il gère aussi en direct une session Ableton Live dont il se sert pour envoyer des signaux MIDI à l’ensemble du groupe. Chapeau ! 

Backstage : Dajak à l’Olympia / La basse

Naturellement, Augustin développe également ses talents de bassiste et d’arrangeur sur un synthétiseur Moog Sub37 (qu’il possède en trois exemplaires) pour produire des sons inédits, mais aussi parfois pour créer des lignes duophoniques, en fonction des besoins de chaque morceau. D’ailleurs, lors de la composition de l’album, il avouera avoir beaucoup utilisé son Moog Voyager pour écrire des lignes de basse très massives, qui insufflent une atmosphère incomparable tout au long du disque. Son pedalboard principal (oui, il en a deux sur scène) est organisé avec une précision chirurgicale, on y distingue un compresseur Cali76 de la firme Origin Effects, mais aussi un modèle Eventide H90 et une réverb Strymon Big Sky.

Backstage : Dajak à l’Olympia / La basse

Comment abordes-tu une performance vocale sur scène ?

Dajak : « Même si j’ai une formation classique, effectuée au conservatoire sur guitare nylon, et un petit background avec une chorale locale, je suis autodidacte à 100% sur mes techniques de chant. Comme les lecteurs de gearnews.fr, j’ai commencé à écrire et à produire tout seul, dans ma chambre, en m’installant un home studio modeste et en développant mon savoir-faire, petit à petit. D’ailleurs, le projet précédent a été composé de cette manière, dans la solitude la plus totale. Au final, ça se ressent toujours dans le nouvel album, avec des parties vocales souvent très intimistes, et parfois presque chuchotées. Ainsi, j’essaie toujours de progresser. Sur mon instrument d’une part, mais d’autre part, je travaille aussi beaucoup sur mes performances vocales, notamment en prenant des cours de chant depuis quelques mois. »

Le clavier

Au clavier, nous retrouvons Kuz, qui nous invite à découvrir son splendide Wurlitzer 206A en finition orange, customisé dans nos contrées par un précédent propriétaire breton pour atteindre les dimensions d’un modèle 200A. L’électronique interne est d’origine, et seuls l’ampli et le baffle inférieur ont été retirés. Les sonorités qui émanent de son clavier sont parfaitement représentatives de ce qui se fait de mieux en matière de piano électrique, un son velouté riche en médium, et toujours très doux à l’oreille. 

Backstage : Dajak à l’Olympia / Le clavier

Kuz a longtemps attendu pour mettre la main sur cet instrument, et pour cause, ces claviers ne courent pas les rues et, de nos jours, c’est souvent un véritable défi d’en trouver un qui n’ait pas été trop abîmé par le passage du temps. Comme ses compères, il accompagne son instrument fétiche avec un pedalboard complet, muni de plusieurs pédales de prestige, une Tone King Imperial, une Hologram Microcosm, une Strymon Big Sky et même un petit délai Echoman fabriqué par Xvive, qu’il nous confiera avoir beaucoup utilisé lors de l’enregistrement de l’album.

Backstage : Dajak à l’Olympia / Le clavier

Quelle importance accordes-tu au matériel audio et quel est ton setup personnel ?

Dajak : « C’est toujours un plaisir de partager nos points de vue sur le matériel et la technique. Notre groupe est entièrement composé de véritables passionnés de matos audio, on parle de ça tout le temps ! Plus que du matériel, ce sont de vrais objets qui nous accompagnent au quotidien et qui sont l’expression de nos envies artistiques. D’ailleurs, nous les premiers, on aime aller chiner sur internet pour voir qui utilise quoi, et découvrir du nouveau matos. Au final, l’audio, c’est une grande communauté, et ça fait avancer tout le monde d’échanger là dessus. Alors si à notre échelle, on peut participer, on est ravis.»

Backstage : Dajak à l’Olympia / La guitare

« Sur scène, j’utilise principalement ma double Gibson, en accordage standard. Et sur l’album, on a enregistré des instruments qui ne sont pas faciles à intégrer en live, comme un sitar électrique Danelectro ou des guitares à douze cordes par exemple, cette Gibson me permet donc de retrouver des sonorités qui s’en rapprochent de très près.  En ce qui concerne le pedalboard, j’utilise notamment un compresseur UAD 1176, une Strymon Deco pour obtenir une saturation de bande analogique et une réverb Strymon Big Sky en sortie. Par habitude, je place souvent mes réverbs en fin de chaîne pour obtenir un son très pur, qui ajoute une touche de glue que j’adore. D’ailleurs, sur l’album je l’utilise beaucoup. »

Backstage : Dajak à l’Olympia / La guitare

Le système modulaire

Dernier artisan du son de Dajak sur scène et en studio, Martin Bertringer est équipé d’un boîtier Eurorack rempli à ras bord, quasi exclusivement avec des modules issus du catalogue Make Noise (Maths, Morphagene, Wogglebug, etc.). Il s’en sert pour insuffler quelques lignes mélodiques génératives tout au long du concert et pour apporter des textures sonores toujours différentes à chaque prestation. Il développe également son jeu sur un Prophet 6 de Sequential, conçu par le légendaire et regretté Dave Smith, avec ses deux oscillateurs à forme d’onde variable en continu. Enfin, il utilise aussi une MPC One pour déclencher des échantillons audio, tels que des drones ou des pistes isolées issues de l’album. D’ailleurs, pour l’anecdote, la sortie de sa MPC est directement connectée à l’entrée de son système modulaire.

Backstage : Dajak à l’Olympia / Le système modulaire

Ses autres armes de choix sont une Fender Mustang de construction japonaise, fabriquée au milieu des années 90, sobrement équipée de deux micros single coils en positions neck et bridge, et une très belle guitare acoustique Gibson L-00. Son pedalboard est très bien fourni lui aussi, avec notamment un trio de pédales Strymon (El Capistan, Big Sky, Iridium) et encore un compresseur numérique 1176 signé Universal Audio.

Backstage : Dajak à l’Olympia / Le système modulaire

Pour terminer, quel conseil donnerais-tu aux home studistes pour développer leur projet ?

Dajak : « Moi le premier, je suis longtemps resté enfermé dans mon home studio, trop longtemps même. Ce qui m’a permis de débloquer la situation, c’est justement d’en sortir un peu et d’aller à la rencontre des gens. C’est en rencontrant des personnes qui sont dans la même vibe que toi, que tu pourras nouer des liens et monter ton équipe. Ainsi, on avance en construisant les choses ensemble, et l’aventure n’en est que plus belle. Donc au final, mon conseil, c’est d’essayer de s’entourer de gens qui te ressemblent pour transformer ton projet individuel en une aventure commune. »

Remerciements

Nous concluons donc cet entretien sur ces paroles rayonnantes, et nous espérons que cet article t’a plu. Terminons en précisant que, très rares sont les musiciennes et musiciens qui acceptent d’ouvrir leurs portes lors de la phase préparatoire d’un concert. Ainsi, toute la rédaction de gearnews.fr tenait à remercier Dajak et son groupe talentueux, composé de Mathieu Gramoli à la batterie, accompagné d’Augustin Hauville à la basse, de Kuz au clavier et enfin de Martin Bertringer au système modulaire. Sans oublier son équipe technique de choc : Antoine Voidey (ingénieur façade), Louis Schneider (régie), Etienne Renollet (scénographie) et bien sûr Steffy Beckett  (management), sans qui rien de tout cela n’aurait été possible.

N’hésite pas à lire ou à relire notre entretien précédent avec l’artiste, consacré à la sortie de son dernier disque. Et d’ici là, fonce acheter, écouter et ré-écouter l’album Solar Stereo, disponible dans toutes les bonnes crèmeries.

La suite au prochain épisode !

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