deLéna De Firmas
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Le « woman tone » fait partie des sons de guitare les plus célèbres du rock. Épais, doux et presque vocal, il est immédiatement reconnaissable. Voici quelques-uns des morceaux qui l’ont rendu mythique, ainsi que quelques titres sur lesquels on aime l’utiliser.

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C’est quoi, le « Woman Tone » à la guitare ?

Le woman tone est un son popularisé par Eric Clapton pendant les années Cream, à la fin des années 1960. Il se caractérise par un son très rond, épais et chantant, avec des aigus fortement atténués et beaucoup de sustain.

Le principe est assez simple. Sur une guitare équipée de humbuckers, comme une Gibson SG ou une Les Paul, on baisse fortement le potentiomètre de tonalité d’un micro, puis on attaque un ampli avec suffisamment de gain pour obtenir du sustain et une légère saturation.

Clapton a lui-même décrit son réglage avec le micro chevalet et la tonalité complètement coupée. Mais on peut aussi obtenir une variante très convaincante avec le micro manche. L’idée reste la même : éliminer une bonne partie des aigus pour obtenir ce son presque vocal.

Contrairement à ce que laisse entendre la traduction littérale, baisser le potentiomètre de tonalité ne crée pas une nouvelle fréquence. Le circuit retire simplement une partie des hautes fréquences. Avec un ampli poussé, le résultat devient beaucoup plus doux et épais, tout en conservant énormément de sustain.

On peut évidemment essayer la technique sur pratiquement n’importe quelle guitare électrique. Une Stratocaster peut s’en approcher, par exemple, mais les humbuckers d’une SG ou d’une Les Paul donnent généralement plus de corps et facilitent l’obtention de ce caractère typique.

Disraeli Gears et les années Cream

Sorti en 1967, Disraeli Gears est l’un des albums qui ont contribué à inscrire le son de Clapton dans l’histoire du rock. Cream y mélange blues, rock et psychédélisme avec une liberté assez impressionnante pour l’époque. Entre le jeu explosif de Ginger Baker, la basse de Jack Bruce et les sons de guitare de Clapton, l’album regorge d’idées qui allaient influencer des générations de musiciens.

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The Woman Tone Eric Clapton
Le « Woman Tone » – Eric Clapton fait ses adieux

Le woman tone est particulièrement associé à cette période. Si tu veux entendre d’autres variantes de ce son chez Clapton, écoute aussi « I Feel Free », sorti avant Disraeli Gears.

Le vibrato de Clapton joue ici un rôle presque aussi important que le réglage de la guitare. Les notes sont larges, vocales et pleines de sustain. C’est justement cette façon de faire « chanter » la guitare qui donne tout son intérêt au son.

On retrouve encore cette approche dans « White Room », sorti plus tard sur Wheels of Fire. Sur ce morceau, la wah-wah joue également un rôle majeur et permet à Clapton d’aller encore plus loin dans ce côté expressif et vocal.

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Sunshine of Your Love de Cream

Promis, cet article n’est pas simplement une lettre d’amour à Eric Clapton. Mais difficile de parler du woman tone sans passer par « Sunshine of Your Love ».

C’est aussi un excellent morceau à travailler à la guitare. On peut y étudier le riff principal, les power chords, les accords barrés, la gamme blues et, évidemment, le son de Clapton.

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C’est surtout pendant le solo que le woman tone prend tout son sens. Le son est épais, légèrement sombre et presque liquide. Avec le sustain et le vibrato de Clapton, les notes semblent parfois plus proches d’une voix que d’une guitare.

Et c’est là qu’on comprend pourquoi ce réglage a autant marqué les guitaristes. Il n’a rien de compliqué en soi, mais il change complètement la façon dont les notes réagissent sous les doigts.

Aujourd’hui, on associe énormément Clapton à la Stratocaster*, mais le son de cette période vient surtout de ses Gibson à humbuckers. Une Strat peut évidemment s’en approcher en baissant fortement la tonalité, mais le résultat sera généralement un peu moins épais.

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Black Magic Woman – Fleetwood Mac

Peter Green est un autre immense nom du blues rock britannique des années 1960.

Techniquement, le son de « Black Magic Woman » n’est pas le woman tone de Clapton. La fameuse Les Paul de Green possédait un son très particulier lorsque les deux micros étaient utilisés ensemble, en raison de leur polarité magnétique inversée.

Le résultat est ce timbre creusé, nasal et presque plaintif devenu indissociable du jeu de Peter Green.

Alors pourquoi parler de Black Magic Woman ici ? Tout simplement parce que si on ne possède pas une Les Paul configurée comme la célèbre Greeny, le woman tone peut constituer une alternative intéressante pour retrouver une partie de cette douceur et de ce caractère vocal.

Quand on joue le morceau sur une Les Paul classique, baisser la tonalité permet notamment de donner beaucoup plus de poids et de mystère aux premières phrases en ré mineur.

Mais le jeu de Green allait évidemment bien au-delà d’un simple réglage. Il suffit de comparer Black Magic Woman à « Albatross » ou « Oh Well » pour entendre à quel point sa palette sonore était large.

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Gibson Kirk Hammett « Greeny » LP Std.
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Où est-ce que ça peut marcher ailleurs ?

Le woman tone ne doit évidemment pas rester enfermé dans les morceaux de Cream.

On peut très bien l’utiliser dans d’autres contextes, y compris sur des morceaux qui n’ont jamais été enregistrés avec ce réglage. Ce ne sera pas historiquement exact, mais ça peut donner d’excellents résultats.

Et après tout, expérimenter avec les mauvais réglages au mauvais endroit fait aussi partie du plaisir.

War Pigs de Black Sabbath

Tony Iommi est lui aussi indissociable de la Gibson SG, et certaines parties de « War Pigs » se prêtent étonnamment bien à ce type de son.

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Ici, on partirait plutôt sur le micro chevalet, avec la tonalité presque entièrement coupée et suffisamment de gain pour obtenir beaucoup de sustain.

On obtient alors un son sombre, épais et légèrement granuleux qui fonctionne particulièrement bien sur les notes tenues avant l’arrivée des gros accords du morceau.

Ce n’est pas le son original de Tony Iommi, évidemment, mais c’est une variante très amusante à essayer.

Mr. Blue Sky d’Electric Light Orchestra

Le solo de « Mr. Blue Sky » est lui aussi un excellent candidat.

Jeff Lynne avait déjà utilisé une Les Paul Goldtop sur le morceau original, et son solo possède justement ce côté compact, mélodique et légèrement crémeux qui fonctionne très bien avec une tonalité un peu atténuée.

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Sur une Les Paul, on peut donc essayer le micro manche ou chevalet, baisser légèrement la tonalité et garder l’ampli juste à la limite du crunch.

Pas besoin d’une énorme distorsion ici. L’objectif est simplement d’arrondir les aigus et de donner aux notes un caractère un peu plus chantant.

Conclusion

Le woman tone existe depuis près de 60 ans et il reste toujours aussi efficace.

Ce qui est intéressant, c’est qu’il ne nécessite ni pédale rare ni montage compliqué. Un humbucker, un potentiomètre de tonalité, un peu de gain et suffisamment de sustain peuvent déjà nous emmener très loin.

Bien sûr, le réglage ne fait pas tout. Le vibrato, les bends, l’attaque et le phrasé de Clapton sont une énorme partie de ce qui rend ce son aussi reconnaissable.

Mais c’est justement ce qui le rend intéressant. On peut partir du même principe et l’adapter complètement à son propre jeu.

Et on aime aussi l’utiliser là où il n’a rien à faire. Parce qu’au fond, c’est aussi ça le rock’n’roll.

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