Techniques de DJing : enchaînements et transitions – Partie 1
Comment construire un DJ set de A à Z ?

Aujourd’hui, nous continuons notre exploration de l’univers passionnant tes techniques de DJing en nous intéressant de près aux différentes manières d’enchaîner les morceaux les uns après les autres. Mais alors, comment maintenir la piste de danse en haleine tout au long d’un set ? Quelles approches sont les plus pertinentes pour effectuer des transitions de qualité, à la fois irréprochables sur le plan technique, et originales sur le plan artistique ? Et enfin, quels outils employer pour sortir des sentiers battus ? C’est parti !
Sommaire
Introduction

Avant de commencer, n’hésite pas à prendre le temps de lire ou de relire notre article précédent consacré à la sélection et à l’organisation des morceaux, car même si la maîtrise des techniques de base du DJing s’acquiert assez rapidement avec un peu d’entraînement et de pratique, un set de qualité professionnelle requiert avant tout une excellente connaissance de ta bibliothèque musicale et surtout de la structure des titres qui la composent.
C’est pourquoi, une fois ta sélection effectuée, le fait de bien préparer en amont chaque morceau que tu joueras, en répertoriant son style, son niveau d’énergie, son tempo et sa tonalité, mais aussi en positionnant les points CUE essentiels (intro, couplets, refrains, pont, outro, etc.), sera un atout de taille pour t’épauler lors de ta prestation et te permettre de t’exprimer pleinement, sans te soucier de quoi que ce soit d’autre que du bonheur des auditeurs·ices.
Au-delà de la technique : musicalité et créativité

Pour réussir ton set, tes transitions doivent être fluides et intéressantes pour l’oreille. Car si tes morceaux ne s’enchaînent pas correctement, tant sur le plan musical qu’au niveau de l’énergie qu’ils dégagent, le public risque de décrocher et de vider la piste de danse. D’ailleurs, pour être franc, il faut bien préciser qu’aucun effet de style ni aucune technique particulière, si impressionnants soient-ils, ne pourront rattraper une sélection ratée et des enchaînements approximatifs.
Et pour cause, aujourd’hui, un bon mix ne se résume plus seulement à aligner des titres aléatoires les uns après les autres. Ça, c’était avant. Mais depuis le milieu des années 90, le renouveau du matériel et les possibilités créatives qui en découlent ont fait un bond de géant, et ont complètement transformé la manière de réussir une prestation live.
Il est difficile de dater ce tournant technologique avec précision, mais on pourrait, par exemple, citer la désormais mythique table de mixage Pioneer DJM-500, qui a popularisé les sections d’effets intégrées et l’usage des filtres en temps réel. Ces innovations ont totalement réinventé la manière de mixer, en offrant une liberté créative que les générations de DJs précédentes n’auraient même pas osé imaginer dans leurs rêves les plus fous. Mais malgré tout, il reste un passage obligatoire pour tout·e DJ digne de ce nom : la synchronisation des titres.
Tu devras maîtriser la synchronisation du tempo de tes morceaux (le fameux beatmatching) comme si c’était une seconde nature pour toi. Si tu travailles sur un contrôleur numérique, rien de plus facile, car les algorithmes proposés par les fabricants s’occuperont de tout, mais si tu décides de jouer sur des platines vinyles, c’est une autre histoire. En effet, avec du matériel 100% analogique, c’est ton oreille qui devra faire tout le travail, et c’est un exercice qui demande un entraînement régulier et rigoureux. Exactement comme le ferait un·e musicienne en répétant ses gammes et en progressant sur son instrument, jour après jour.
Fade in, fade out : la maîtrise totale du fondu enchaîné

Maîtriser l’apparition et la disparition progressive d’un morceau, c’est la base absolue du DJing. Pour y parvenir, on privilégie généralement les curseurs linéaires plutôt que les curseurs rotatifs, car ils te permettront d’être beaucoup plus réactif et surtout très précis lors de leur manipulation. Leur avantage principal ?
La flexibilité. Avec eux, tu pourras choisir à chaque instant de faire des transitions ultras lentes ou au contraire très rapides, selon tes besoins du moment. Et aujourd’hui, avec les différents algorithmes de séparation des Stems proposés dans les logiciels et les contrôleurs DJ, qui permettent d’isoler la voix ou les instruments un par un, c’est encore plus intéressant. Au lieu de simplement faire entrer ou sortir un morceau entier, tu pourras, par exemple, faire entrer la voix d’un nouveau titre sur l’instrumental de celui qui tourne déjà. Intéressant !
En résumé, c’est tout un univers de remixage en direct qui s’ouvrira à toi, pour ton plus grand bonheur mais aussi et surtout pour celui du public, qui pourrait bien vite reconnaître le morceau entrant, tout en gardant le rythme sur le morceau précédent, et ainsi ressentir une énorme satisfaction sur la piste de danse. Une chose est sûre, les auditeurs·ices adorent reconnaître leurs classiques favoris, tout en étant surpris d’en découvrir une nouvelle version, totalement inédite.
En lieu et place des curseurs linéaires, tu peux aussi choisir d’utiliser le crossfader pour exécuter tes fondus enchaînés, mais, dans ce cas, prends le temps de te pencher sur le réglage de sa courbe de transition et d’en explorer tous les aspects.
C’est elle qui définit la vitesse à laquelle le son bascule d’une piste à l’autre, et change ainsi radicalement le comportement du crossfader. Une chose est certaine : pour réussir un mix limpide et progressif, essentiellement basé sur le beatmatching, règle toujours la courbe du crossfader de manière linéaire. Les courbes exponentielles, beaucoup plus abruptes, sont plutôt réservées aux techniques de scratch et de passe-passe, et ne seront pas idéales pour réaliser des fondus enchaînés car elles produisent des coupures beaucoup trop franches et directes.
L’égalisation des basses fréquences : éviter la cacophonie

Pour passer au niveau supérieur, tu devras inévitablement superposer deux morceaux ensemble pendant un long moment : deux instrumentales différentes, un refrain culte sur une autre partie de batterie, etc. Mais d’un point de vue technique, c’est là que les choses se corsent, car les systèmes de sonorisation évènementielle ont, eux aussi, leurs limites. Ainsi, si tu laisses trop de fréquences basses s’accumuler, tu vas finir par faire saturer le son et mettre à mal le matériel et les oreilles de ton auditoire. Résultat ? Un rendu brouillon pour le public et, potentiellement, de gros problèmes avec les propriétaires du club ou de la salle de concert.
Au final, la logique à adopter est exactement la même que celle que nous avons abordée dans nos articles sur le mixage en studio : lorsque deux éléments sonores s’affrontent sur une plage de fréquences communes, tu devras faire un choix et décider quel morceau va dominer l’autre. Un peu à la manière d’un puzzle de fréquences. Certes, c’est un sacré dilemme à résoudre, mais qui reste absolument inévitable dans l’écrasante majorité des cas. Les raisons sont d’ordre physique.
Tout d’abord, commençons par l’addition des phases de chaque titre : si les basses des deux morceaux s’additionnent, le volume global explosera et le rendu deviendra instantanément inaudible. Mais il y a pire : l’opposition des phases. Si les basses des morceaux superposés se retrouvent en opposition totale, elles peuvent s’annuler entre elles et faire littéralement disparaître une partie entière de la musique jouée à ce moment-là. Ainsi, si deux titres présentent des lignes de basse qui jouent en même temps, tu devras presque toujours en atténuer une complètement pour permettre à ton set de respirer (dans la plupart des cas, c’est la ligne de basse du morceau entrant que tu devras atténuer).
En pratique, rien de plus simple : tourne le potentiomètre d’égalisation des basses (le potard Low) vers la gauche, et le tour sera joué. Notons tout de même que quelques rares tables de mixage sont équipées de commutateurs Kill, qui servent à couper les basses (mais aussi parfois les médiums et les aigus) d’un seul coup.
C’est une fonction qui reste très pratique pour effectuer une atténuation instantanée, mais ne t’inquiète pas, avec un peu d’entraînement, tu pourras tourner le potentiomètre tellement vite que tu obtiendras exactement le même résultat. Une fois que ta transition sera bien calée, et que les niveaux des basses fréquences seront bien gérés, tu pourras réintroduire les basses atténuées précédemment comme tu le souhaites, de manière progressive ou beaucoup plus brutale, pour le plus grand plaisir des auditeurs·ices.
Conclusion

Nous espérons que cet article t’a plu, désormais, tu possèdes toutes les clés nécessaires à la préparation des tes premiers DJ sets. Au cours de nos futurs épisodes, nous nous intéresserons à des sujets encore plus avancés, en partageant ensemble d’autres techniques de transition (filtrage, réverb, délai et effet d’annonce, entre autres) et en passant en revue le matériel idéal pour t’équiper de la meilleure des manières, en fonction de tes besoins et de ton budget.
En effet, de nos jours, le matériel DJ est en pleine évolution, et la pratique se démocratise sur de très nombreux supports, tous différents les uns des autres : des platines vinyle classiques, aux contrôleurs autonomes, jusqu’aux logiciels et même aux applications pour smartphone et tablette.
D’ici là, prends le temps de consulter notre test du contrôleur Rane System One ou bien encore celui du logiciel Serato DJ Pro 4 pour en apprendre un peu plus sur ces deux outils phares de la discipline. Et surtout, comme toujours, n’hésite pas à partager tes questions et tes expériences concernant la pratique du DJing avec la communauté gearnews.fr dans les commentaires.
La suite au prochain épisode !
