Test : Serato DJ Pro 4
Le renouveau du DJing ?

Logiciel historique de l’univers DJ depuis plus de vingt-cinq ans (la première sortie publique date de 1998), Serato est une solution numérique incontournable de la discipline. Mais cette nouvelle version Pro 4 saura-t-elle rester pertinente face à une concurrence de plus en plus agressive ? C’est parti pour le test !
Sommaire
Introduction

Face aux nombreuses solutions offertes par les marques aujourd’hui, il est souvent difficile de choisir le logiciel DJ qui te conviendra le mieux. Et pour cause, chaque plateforme possède un workflow qui lui est propre et qui influencera la préparation de tes sets, de ta manière de digger tes titres jusqu’à tes habitudes de mix sur le long terme.
Or, la nouvelle version de Serato DJ Pro a vu son prix augmenter de manière très conséquente par rapport aux moutures précédentes. Désormais, il te faudra dépenser un total de 249 euros pour acquérir une licence standard, ou 11,99 euros chaque mois via un système d’abonnement. Alors, est-ce que cet investissement vaut vraiment le coup ? L’équipe de gearnews.fr a passé le logiciel au crible pour répondre à toutes tes questions et t’aider à faire le bon choix.
Installation et premiers pas dans la nouvelle bibliothèque

Pour une installation sans encombre, tu auras besoin, au minimum, de la version 10.15 du système d’exploitation Catalina sur macOS ou de Windows 10 sur PC, avec un processeur Intel Core i5 ou équivalent, et enfin de 8 Go de RAM. Pour cette version 4, le temps d’ouverture du logiciel a été considérablement accéléré, là où il nous fallait une bonne minute sur la version 3, ici tout est prêt à l’emploi en moins de dix secondes. C’est une amélioration très appréciable qu’il convient de souligner. Autre nouveauté de taille, la manière de gérer la bibliothèque musicale a été complètement repensée. Désormais, le logiciel propose une navigation beaucoup plus rapide et fluide, mais surtout, beaucoup plus de flexibilité pour organiser ta collection de morceaux et de playlists.

Maintenant, dès que tu sélectionneras un dossier, l’interface affichera instantanément le nombre de titres qu’il contient, la durée totale de lecture cumulée et l’espace mémoire utilisé. Soyons clairs, l’un des points forts de Serato a toujours été son moteur de recherche interne et son système de Smart Crates qui se mettent à jour automatiquement, en fonction des critères choisis. Désormais, la nouvelle fonction Crate Sort classera tes playlists par ordre alphabétique, par date de création ou dans un ordre personnalisé : chaque playlist pourra, par exemple, être mise en évidence par un code couleur, mais aussi signalée comme favorite et épinglée tout en haut de la bibliothèque. Le Track Rating (notation des pistes) est aussi une fonction qu’on retrouvait chez la concurrence depuis un bon moment, mais qui faisait défaut aux versions précédentes de Serato, surtout pour celles et ceux qui travaillent leurs sets avec un fort degré d’improvisation et qui aiment naviguer dans une vaste collection de morceaux en pleine prestation. La marque a pris le temps d’écouter les demandes des utilisateurs·ices, et la version 4 t’offrira non seulement la possibilité d’effectuer une notation classique pour chaque piste, avec un système d’étoiles, mais aussi le choix d’ajouter les emojis pour te faciliter la vie. Tu pourras même ajuster la taille des images de couverture (covers) de chaque titre pour ton confort visuel, si tu le souhaites.
Protocole d’analyse des morceaux et intégration des services de streaming

En ce qui concerne le chargement des fichiers audio, une autre nouveauté attendue depuis longtemps a fait son apparition : l’analyse automatique des morceaux dès l’import. Rappelons qu’avant la version 4, l’analyse de chaque morceau était un processus indispensable mais très long et assez fastidieux. Aujourd’hui tout se passe de manière automatique dès l’arrivée d’une piste dans la bibliothèque : une fois le morceau chargé dans le logiciel, toutes les informations importantes (BPM, tonalité, durée, etc.) sont disponibles directement. Cette rapidité d’exécution permettra à tous·tes les utilisateurs·ices de gagner un temps précieux.
En parlant de sélection et de chargement des titres, l’intégration des différents services de streaming a, elle aussi, été largement améliorée. La principale nouveauté réside dans la fonction baptisée Show Streaming Services, qui offre un accès total aux services de streaming musical les plus utilisés (à condition d’y être abonné·e, bien entendu) : Apple Music, Spotify, TIDAL, Beatport, Beatsource et SoundCloud Go. C’est un atout de taille, surtout pour les jeunes générations de DJs qui disposent de plusieurs bibliothèques avec des centaines, voire des milliers de morceaux répartis sur un grand nombre de plateformes. Rappelons aussi que les playlists peuvent accueillir des morceaux issus de différents médias, qu’il s’agisse d’un média local (clé USB, disque dur) ou d’une plateforme de streaming. Pratique !
Les modes Practice, Performance et DVS

Le mode Practice te permettra de te familiariser avec le workflow du logiciel de manière totalement autonome, sans faire appel à un contrôleur, ni aucun autre matériel connecté. Tu pourras préparer tes sets en enregistrant des Hot Cues, des boucles, mais aussi en positionnant des marqueurs sur la grille pour obtenir une synchronisation précise du BPM et de la phase aux moments les plus importants de chaque titre. Tu pourras aussi t’entraîner à effectuer des transitions à l’aide des deux curseurs linéaires disponibles dans le mode classique (Two Decks) et profiter du crossfader virtuel, mais aussi d’une fonction de séparation des stems simplifiée (instrumentaux et vocaux uniquement). De base, les formes d’onde des deux pistes s’affichent de manière très lisible sur toute la largeur de l’interface, ce qui te permettra de vraiment rentrer dans le détail de chaque morceau. D’ailleurs, tu pourras faire le choix de disposer les formes d’onde verticalement ou horizontalement, avec plusieurs options d’affichage personnalisables, si tu le désires.

En revanche, le mode Performance nécessite absolument du matériel hardware compatible pour être activé. Mais à part ça, il reste similaire en tous points à l’interface classique : les platines virtuelles affichent la durée du titre en cours, le BPM actuel et la position du curseur de vitesse/tonalité (Pitch) avec sa plage de balayage en pourcentage. Selon la vue sélectionnée, les éléments suivants sont également présents : huit points de repère, deux boucles sauvegardées, une fonction de séparation des Stems avancée (Voix, Mélodie, Basse, Batterie), et les effets assignés aux pads correspondants. Tu retrouveras aussi les fonctions secondaires les plus appréciées : Censor (les paroles explicites peuvent être censurées en inversant brièvement le passage à l’aide de ce bouton), Key Lock (maintien d’une tonalité constante malgré les changements de tempo), Replay (répétition d’un morceau) et Key Sync (synchronisation des tonalités entre deux platines).

En mode DVS (vendu séparément avec un système DLC), quelques mises à jour appréciables ont fait leur apparition. Ainsi, en plus d’une latence imperceptible qui permettra aux amoureux·ses de scratch de travailler en toute tranquillité, le nouveau système Anti-Drift (anti-dérive) corrigera toutes les fluctuations des moteurs de tes platines vinyles avec une précision de calcul de +/- 0,1 BPM. C’est une caractéristique technique primordiale qui permet ainsi à chaque plateau de maintenir une vitesse constante, et donc d’assurer une synchronisation parfaite tout au long d’une prestation live. Proposés à l’origine sur l’interface de la version Serato Scratch Live, les oscilloscopes qui permettent de visualiser la propreté des signaux du sillon des vinyles, ont été repris et intégrés à la version 4. Mais ce n’est pas tout, désormais tu retrouveras aussi les fonctions Needle Dropping (qui permet de passer d’une section à une autre en un instant) et Sticker Lock (pour déclencher un repère Hot Cue à partir d’un autocollant sur le vinyle). Les sensations de jeu sont vraiment excellentes et le système Anti-Drift est très stable. Le mode DVS s’avère donc de plus en plus performant et reste sans aucun doute possible le plus fiable du marché actuel pour faire communiquer des platines classiques avec un logiciel, et ainsi profiter du meilleur des deux mondes.
Intelligence artificielle et séparation des Stems : peut mieux faire ?

Avec l’algorithme de séparation des Stems, il n’a jamais été aussi facile de mixer des morceaux avec autant de liberté. La version 4 utilise l’intelligence artificielle pour extraire en temps réel l’a cappella, les leads, la ligne de basse et la batterie. Mais cette opération nécessite une puissance de calcul importante, surtout si tu souhaites découper les morceaux en sections individuelles, à la volée et sans latence. En conséquence, pense toujours à cocher la case « Analyse Stems » dans le menu des préférences. Une fois cette case cochée, Serato créera automatiquement les pistes Stems en arrière-plan lors du chargement d’un morceau. Pour les ordinateurs moins performants, la marque recommande même de placer les titres à préparer et à analyser directement dans le dossier Stems. De cette façon, le logiciel copiera le morceau original au format Stem (reconnaissable à son petit symbole dédié) dans ce dossier. Néanmoins, il faut rappeler que cette manière de procéder consommera un espace disque plus important.
Là où le bât blesse, c’est qu’en fonction du morceau, la qualité audio des Stems est assez disparate. Parfois, les pistes sonnent exactement comme sur le Master : les instrumentaux et les parties de batterie, en particulier, sont toujours très bien reproduits. En revanche, les a cappella souffrent souvent d’un effet « chimique » assez désagréable à écouter : certaines syllabes sont étouffées, et certaines notes de la mélodie et de la basse se perdent en chemin. Alors, même si ces défauts sont facilement masqués dans le mix, nous estimons qu’il y a encore un peu de travail à effectuer pour perfectionner cet outil qui reste, malgré tout, très prometteur. Notre conseil pour en profiter, sans prendre trop de risque, sera de ne pas séparer les pistes individuellement, mais toujours en combinaison avec la batterie, par exemple les voix avec la batterie, la ligne de basse avec la batterie, la mélodie avec la batterie, etc. De cette façon, tu obtiendras une qualité audio toujours très correcte.
DLC, modules d’effets et export audio des DJ sets

Le gros bémol de cette version 4 restera, selon nous, le système de DLC mis en place par Serato pour accéder aux différents modules d’effets. Bien que la sélection d’effets standards soit suffisante pour attaquer un mix, certes, les utilisateurs·ices seront contraints d’ajouter plusieurs packs d’extension pour débloquer la cinquantaine de traitements disponibles, mais aussi un lot important de fonctionnalités (Pitch ‘n Time DJ, Flip, Video, DVS, Play, Remote, etc.). À part ça, la mise à jour concerne aussi le panneau DJ FX situé en haut de l’interface, qui classe les effets en huit catégories (Delay & Echo, Distortion, Filter, Looper, Modulation, Out FX, Reverb, Pitch). Ces effets peuvent être sauvegardés dans quatre banques différentes. Cependant, revenons un instant sur le pack de base, qui ne contient que dix effets individuels et douze combinaisons (Filter + Reverb, Pitch + Echo, etc.). On aurait vraiment apprécié que l’ensemble des packs additionnels soit inclus d’office avec Serato. Les DLC deviennent une très mauvaise habitude chez les développeurs, et au final, pour avoir un logiciel complet, le prix grimpe en flèche. À part ça, nous avons apprécié les effets développés par iZotope, qui offrent des résultats nets et de bonne qualité, mais rien de renversant non plus.

On termine par les exports : Serato te permettra d’enregistrer tous les signaux de sortie (qu’ils proviennent de canaux individuels, de la sortie auxiliaire ou du Master), aux formats WAF ou AIFF avec une résolution de 16 ou 24 bits. Le logiciel permet même de capturer un mix vidéo, si nécessaire (mode Video vendu séparément, toujours avec ce satané système DLC). Au cours de nos tests d’export, nous avons trouvé le processus très stable malgré nos nombreuses manipulations (particulièrement en mode DVS) et n’avons rencontré aucune difficulté majeure (test réalisé au studio sur un Mac Pro monté en 2024).
Conclusion

En conclusion, Serato reste une valeur sûre du DJing numérique en 2026. La nouvelle bibliothèque est très ergonomique et les playlists sont très bien pensées. L’analyse des morceaux dès l’import est un ajout essentiel très appréciable, attendu depuis longtemps, tout comme l’accès à l’ensemble des services de streaming les plus populaires. Les modes Performance, Practice et DVS nous ont convaincu, ils possèdent tous leur utilité propre en fonction de ta configuration personnelle (ordinateur seul, ordinateur + platines vinyle ou contrôleur, etc.) Les principaux points faibles restent la qualité audio variable obtenue lors de la séparation des Stems, la sélection standard d’effets trop limitée mais surtout, un système de DLC de plus en plus envahissant qui fera grimper l’addition finale si tu souhaites obtenir un logiciel vraiment complet.
Les +
- Bibliothèque et playlists
- Analyse des morceaux dès l’import
- Intégration des services de streaming
- Modes Performance, Practice et DVS
Les –
- Qualité inégale des Stems
- Sélection d’effets limitée
- Système DLC beaucoup trop onéreux
