de  Mix Jagger  | 5,0 / 5,0 |  Temps de lecture: 14 min
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Logiciel historique de l’univers DJ depuis plus de vingt-cinq ans (la première sortie publique date de 1998), Serato est une solution numérique incontournable de la discipline. Mais cette nouvelle version Pro 4 saura-t-elle rester pertinente face à une concurrence de plus en plus agressive ? C’est parti pour le test !

Introduction

Face aux nombreuses solutions offertes par les marques aujourd’hui, il est souvent diffi­cile de choisir le logi­ciel DJ qui te conviendra le mieux. Et pour cause, chaque plateforme possède un workflow qui lui est propre et qui influencera la prépa­ra­tion de tes sets, de ta manière de digger tes titres jusqu’à tes habitudes de mix sur le long terme. 

Or, la nouvelle version de Serato DJ Pro a vu son prix augmen­ter de manière très conséquente par rapport aux moutures précé­dentes. Désor­mais, il te faudra dépenser un total de 249 euros pour acqué­rir une licence stan­dard, ou 11,99 euros chaque mois via un système d’abon­ne­ment. Alors, est-ce que cet investissement vaut vraiment le coup ? L’équipe de gearnews.fr a passé le logiciel au crible pour répondre à toutes tes questions et t’aider à faire le bon choix.

Installation et premiers pas dans la nouvelle bibliothèque 

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Pour une installation sans encombre, tu auras besoin, au mini­mum, de la version 10.15 du système d’exploitation Cata­lina sur macOS ou de Windows 10 sur PC, avec un proces­seur Intel Core i5 ou équi­valent, et enfin de 8 Go de RAM. Pour cette version 4, le temps d’ou­ver­ture du logi­ciel a été consi­dé­ra­ble­ment accé­léré, là où il nous fallait une bonne minute sur la version 3, ici tout est prêt à l’em­ploi en moins de dix secondes. C’est une amélioration très appréciable qu’il convient de souligner. Autre nouveauté de taille, la manière de gérer la biblio­thèque musi­cale a été complètement repensée. Désormais, le logiciel propose une navi­ga­tion beaucoup plus rapide et fluide, mais surtout, beau­coup plus de flexi­bi­lité pour or­ga­ni­ser ta collection de morceaux et de playlists. 

Maintenant, dès que tu sélec­tionneras un dossier, l’in­ter­face affichera instantanément le nombre de titres qu’il contient, la durée totale de lecture cumu­lée et l’es­pace mémoire utilisé. Soyons clairs, l’un des points forts de Serato a toujours été son moteur de recherche interne et son système de Smart Crates qui se mettent à jour automatiquement, en fonc­tion des critères choi­sis. Désormais, la nouvelle fonc­tion Crate Sort classera tes play­lists par ordre alpha­bé­tique, par date de créa­tion ou dans un ordre person­na­lisé : chaque play­list pourra, par exemple, être mise en évidence par un code couleur, mais aussi signa­lée comme favo­rite et épin­glée tout en haut de la biblio­thèque. Le Track Rating (nota­tion des pistes) est aussi une fonction qu’on retrouvait chez la concurrence depuis un bon moment, mais qui faisait défaut aux versions précé­dentes de Serato, surtout pour celles et ceux qui travaillent leurs sets avec un fort degré d’improvisation et qui aiment naviguer dans une vaste collec­tion de morceaux en pleine prestation. La marque a pris le temps d’écouter les demandes des utilisateurs·ices, et la version 4 t’offrira non seulement la possibilité d’ef­fec­tuer une nota­tion clas­sique pour chaque piste, avec un système d’étoiles, mais aussi le choix d’ajou­ter les emojis pour te faci­li­ter la vie. Tu pourras même ajus­ter la taille des images de couver­ture (covers) de chaque titre pour ton confort visuel, si tu le souhaites.

Protocole d’analyse des morceaux et intégration des services de streaming

En ce qui concerne le char­ge­ment des fichiers audio, une autre nouveauté attendue depuis longtemps a fait son appa­ri­tion : l’ana­lyse auto­ma­tique des morceaux dès l’im­port. Rappe­lons qu’avant la version 4, l’ana­lyse de chaque morceau était un processus indispensable mais très long et assez fastidieux. Aujour­d’hui tout se passe de manière automatique dès l’ar­ri­vée d’une piste dans la biblio­thèque : une fois le morceau chargé dans le logiciel, toutes les infor­ma­tions impor­tantes (BPM, tona­lité, durée, etc.) sont dispo­nibles direc­te­ment. Cette rapidité d’exécution permettra à tous·tes les utili­sa­teurs·ices de gagner un temps précieux.

En parlant de sélection et de chargement des titres, l’intégration des différents services de streaming a, elle aussi, été largement améliorée. La principale nouveauté réside dans la fonc­tion baptisée Show Strea­ming Services, qui offre un accès total aux services de strea­ming musi­cal les plus utili­sés (à condition d’y être abonné·e, bien entendu) : Apple Music, Spotify, TIDAL, Beat­port, Beat­source et Sound­Cloud Go. C’est un atout de taille, surtout pour les jeunes géné­ra­tions de DJs qui disposent de plusieurs biblio­thèques avec des centaines, voire des milliers de morceaux répar­tis sur un grand nombre de plate­formes. Rappelons aussi que les play­lists peuvent accueillir des morceaux issus de diffé­rents médias, qu’il s’agisse d’un média local (clé USB, disque dur) ou d’une plate­forme de strea­ming. Pratique !

Les modes Prac­tice, Perfor­mance et DVS

Le mode Prac­tice te permettra de te fami­lia­ri­ser avec le workflow du logi­ciel de manière totalement auto­nome, sans faire appel à un contrô­leur, ni aucun autre maté­riel connecté. Tu pourras prépa­rer tes sets en enre­gis­trant des Hot Cues, des boucles, mais aussi en posi­tion­nant des marqueurs sur la grille pour obtenir une synchro­ni­sa­tion précise du BPM et de la phase aux moments les plus importants de chaque titre. Tu pourras aussi t’entraî­ner à effectuer des tran­si­tions à l’aide des deux curseurs linéaires disponibles dans le mode classique (Two Decks) et profiter du cross­fa­der virtuel, mais aussi d’une fonc­tion de sépa­ra­tion des stems simpli­fiée (instru­men­taux et vocaux unique­ment). De base, les formes d’onde des deux pistes s’af­fichent de manière très lisible sur toute la largeur de l’in­ter­face, ce qui te permettra de vraiment rentrer dans le détail de chaque morceau. D’ailleurs, tu pourras faire le choix de dispo­ser les formes d’onde verti­ca­le­ment ou hori­zon­ta­le­ment, avec plusieurs options d’af­fi­chage personnalisables, si tu le désires.

En revanche, le mode Perfor­mance néces­site absolument du maté­riel hard­ware compa­tible pour être activé. Mais à part ça, il reste similaire en tous points à l’in­ter­face clas­sique : les platines virtuelles affichent la durée du titre en cours, le BPM actuel et la posi­tion du curseur de vitesse/tona­lité (Pitch) avec sa plage de balayage en pour­cen­tage. Selon la vue sélec­tion­née, les éléments suivants sont égale­ment présents : huit points de repère, deux boucles sauve­gar­dées, une fonc­tion de sépa­ra­tion des Stems avan­cée (Voix, Mélo­die, Basse, Batte­rie), et les effets assi­gnés aux pads corres­pon­dants. Tu retrouveras aussi les fonc­tions secon­daires les plus appré­ciées : Censor (les paroles expli­cites peuvent être censu­rées en inver­sant briè­ve­ment le passage à l’aide de ce bouton), Key Lock (main­tien d’une tona­lité constante malgré les chan­ge­ments de tempo), Replay (répé­ti­tion d’un morceau) et Key Sync (synchro­ni­sa­tion des tona­li­tés entre deux platines). 

En mode DVS (vendu séparément avec un système DLC), quelques mises à jour appréciables ont fait leur appa­ri­tion. Ainsi, en plus d’une latence imper­cep­tible qui permettra aux amoureux·ses de scratch de travailler en toute tranquillité, le nouveau système Anti-Drift (anti-dérive) corrigera toutes les fluc­tua­tions des moteurs de tes platines vinyles avec une préci­sion de calcul de +/- 0,1 BPM. C’est une caractéristique technique primordiale qui permet ainsi à chaque plateau de main­te­nir une vitesse constante, et donc d’assurer une synchro­ni­sa­tion parfaite tout au long d’une prestation live. Propo­sés à l’ori­gine sur l’in­ter­face de la version Serato Scratch Live, les oscil­lo­scopes qui permettent de visua­li­ser la propreté des signaux du sillon des vinyles, ont été repris et intégrés à la version 4. Mais ce n’est pas tout, désor­mais tu retrouveras aussi les fonc­tions Needle Drop­ping (qui permet de passer d’une section à une autre en un instant) et Sticker Lock (pour déclen­cher un repère Hot Cue à partir d’un auto­col­lant sur le vinyle). Les sensa­tions de jeu sont vraiment excel­lentes et le système Anti-Drift est très stable. Le mode DVS s’avère donc de plus en plus perfor­mant et reste sans aucun doute possible le plus fiable du marché actuel pour faire communiquer des platines classiques avec un logiciel, et ainsi profiter du meilleur des deux mondes.

Intelligence artificielle et sépa­ra­tion des Stems : peut mieux faire ?

Avec l’al­go­rithme de sépa­ra­tion des Stems, il n’a jamais été aussi facile de mixer des morceaux avec autant de liberté. La version 4 utilise l’in­tel­li­gence arti­fi­cielle pour extraire en temps réel l’a cappella, les leads, la ligne de basse et la batte­rie. Mais cette opération néces­site une puis­sance de calcul impor­tante, surtout si tu souhaites décou­per les morceaux en sections indi­vi­duelles, à la volée et sans latence. En conséquence, pense toujours à cocher la case « Analyse Stems » dans le menu des préfé­rences. Une fois cette case cochée, Serato créera auto­ma­tique­ment les pistes Stems en arrière-plan lors du char­ge­ment d’un morceau. Pour les ordi­na­teurs moins perfor­mants, la marque recom­mande même de placer les titres à prépa­rer et à analy­ser direc­te­ment dans le dossier Stems. De cette façon, le logi­ciel copiera le morceau origi­nal au format Stem (recon­nais­sable à son petit symbole dédié) dans ce dossier. Néanmoins, il faut rappeler que cette manière de procéder consom­mera un espace disque plus important.

Là où le bât blesse, c’est qu’en fonction du morceau, la qualité audio des Stems est assez disparate. Parfois, les pistes sonnent exac­te­ment comme sur le Master : les instru­men­taux et les parties de batte­rie, en parti­cu­lier, sont toujours très bien reproduits. En revanche, les a cappella souffrent souvent d’un effet « chimique » assez désa­gréable à écouter : certaines syllabes sont étouf­fées, et certaines notes de la mélo­die et de la basse se perdent en chemin. Alors, même si ces défauts sont faci­le­ment masqués dans le mix, nous esti­mons qu’il y a encore un peu de travail à effec­tuer pour perfec­tion­ner cet outil qui reste, malgré tout, très prometteur. Notre conseil pour en profi­ter, sans prendre trop de risque, sera de ne pas sépa­rer les pistes indi­vi­duel­le­ment, mais toujours en combi­nai­son avec la batte­rie, par exemple les voix avec la batte­rie, la ligne de basse avec la batte­rie, la mélo­die avec la batte­rie, etc. De cette façon, tu obtien­dras une qualité audio toujours très correcte.

DLC, modules d’effets et export audio des DJ sets

Le gros bémol de cette version 4 restera, selon nous, le système de DLC mis en place par Serato pour accéder aux différents modules d’effets. Bien que la sélec­tion d’ef­fets stan­dards soit suffi­sante pour attaquer un mix, certes, les utili­sa­teurs·ices seront contraints d’ajou­ter plusieurs packs d’ex­ten­sion pour débloquer la cinquantaine de trai­te­ments disponibles, mais aussi un lot important de fonc­tion­na­li­tés (Pitch ‘n Time DJ, Flip, Video, DVS, Play, Remote, etc.).  À part ça, la mise à jour concerne aussi le panneau DJ FX situé en haut de l’in­ter­face, qui classe les effets en huit caté­go­ries (Delay & Echo, Distor­tion, Filter, Looper, Modu­la­tion, Out FX, Reverb, Pitch). Ces effets peuvent être sauve­gar­dés dans quatre banques diffé­rentes. Cependant, revenons un instant sur le pack de base, qui ne contient que dix effets indi­vi­duels et douze combi­nai­sons (Filter + Reverb, Pitch + Echo, etc.). On aurait vrai­ment appré­cié que l’en­semble des packs additionnels soit inclus d’of­fice avec Serato. Les DLC deviennent une très mauvaise habi­tude chez les développeurs, et au final, pour avoir un logi­ciel complet, le prix grimpe en flèche. À part ça, nous avons apprécié les effets déve­lop­pés par iZotope, qui offrent des résul­tats nets et de bonne qualité, mais rien de renversant non plus.

On termine par les exports : Serato te permettra d’en­re­gis­trer tous les signaux de sortie (qu’ils proviennent de canaux indi­vi­duels, de la sortie auxi­liaire ou du Master), aux formats WAF ou AIFF avec une réso­lu­tion de 16 ou 24 bits. Le logiciel permet même de captu­rer un mix vidéo, si néces­saire (mode Video vendu séparément, toujours avec ce satané système DLC). Au cours de nos tests d’export, nous avons trouvé le processus très stable malgré nos nombreuses manipulations (particulièrement en mode DVS) et n’avons rencon­tré aucune diffi­culté majeure (test réalisé au studio sur un Mac Pro monté en 2024).

Conclusion

En conclusion, Serato reste une valeur sûre du DJing numérique en 2026. La nouvelle bibliothèque est très ergonomique et les playlists sont très bien pensées. L’analyse des morceaux dès l’import est un ajout essentiel très appréciable, attendu depuis longtemps, tout comme l’accès à l’ensemble des services de streaming les plus populaires. Les modes Performance, Practice et DVS nous ont convaincu, ils possèdent tous leur utilité propre en fonction de ta configuration personnelle (ordinateur seul, ordinateur + platines vinyle ou contrôleur, etc.) Les principaux points faibles restent la qualité audio variable obtenue lors de la séparation des Stems, la sélection standard d’effets trop limitée mais surtout, un système de DLC de plus en plus envahissant qui fera grimper l’addition finale si tu souhaites obtenir un logiciel vraiment complet.

Les +

  • Bibliothèque et playlists
  • Analyse des morceaux dès l’import
  • Intégration des services de streaming
  • Modes Performance, Practice et DVS

Les –

  • Qualité inégale des Stems
  • Sélection d’effets limitée
  • Système DLC beaucoup trop onéreux

Notre note : 8/10

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