Techniques de mix : effets temporels – Partie 4
Comment bien débuter ton mixage ?

Aujourd’hui, nous terminons notre apprentissage des techniques de mixage liées à l’utilisation des effets temporels, en nous intéressant de près à la réverbération. À quoi sert-elle ? Quelles sont les différentes catégories de réverbération ? Comment comprendre leur fonctionnement ? Et surtout, quelles techniques employer pour obtenir les meilleurs résultats au sein d’une session de mixage ? C’est parti !
Sommaire
Introduction
La réverb est souvent considérée, à juste titre, comme la touche finale qui va venir sublimer toutes les étapes précédentes du mixage, et qui te permettra d’atteindre un résultat qui sonne comme un titre professionnel. D’ailleurs, comme tu le sais déjà, la réverb pourra jouer plusieurs rôles au sein de ta session, qu’il s’agisse de recréer un environnement acoustique, d’inventer un espace sonore surréaliste de toutes pièces, de jouer sur la distance perçue d’une piste, ou tout simplement de stimuler l’attention des auditeurs·ices en créant des textures sonores originales. Mais avant de commencer, il est important de rappeler qu’on distingue plusieurs catégories de réverb, qui correspondent aux différentes technologies employées pour créer les réflexions.
Les différents types de réverb
Réverb à ressort (Spring reverb)

Sans doute considérée comme le plus ancien dispositif mécanique pour créer un effet de réflexion naturelle, la réverb à ressort utilise un principe de fonctionnement relativement basique : une portion du son est envoyé dans un petit haut-parleur, positionné à l’une des extrémités d’un groupe de ressorts métalliques tendus dans une caisse en bois, ou en métal. Le son émis fait vibrer ces ressorts, et un micro, positionné cette fois-ci à l’autre extrémité du groupe de ressorts, enregistre le résultat. Basique, mais plutôt efficace ! Naturellement, comme pour des cordes de guitare ou de violon, plus les ressorts sont courts, plus le rendu sera riche en fréquences aiguës, et à l’inverse, plus les ressorts sont longs, plus le rendu sera riche en fréquences graves.
Réverb à plaque (Plate Réverb)

La réverb à plaque reprend à peu de chose près le même fonctionnement que la réverb à ressort, mais produit un résultat beaucoup plus profond et musical : une portion du son est envoyé dans un petit haut-parleur, positionné à l’une des extrémités d’une très grande plaque métallique installée dans une caisse en bois, ou en métal. Le son émis fait vibrer cette plaque, et un micro positionné cette fois encore à l’autre extrémité de la plaque enregistre le résultat. La première entreprise à avoir développé ce système est la compagnie allemande EMT (Elektro-Mess-Technik) avec son célèbre modèle EMT 140, qui pesait pas moins de 270 kg. Ils utilisaient un alliage d’acier spécialement conçu pour l’occasion, mais d’autres types de métaux peuvent aussi être employés pour obtenir différentes couleurs sonores.
Réverb de chambre (Chamber reverb)

Ce type de réverb, lui aussi très ancien, utilise cette fois une pièce comme élément résonant : une portion du son est envoyé dans une enceinte, positionnée à l’extrémité d’une pièce (une pièce dédiée ou parfois même des escaliers, un garage, un hall, une cave, etc.). Le son émis rebondit contre les parois de la pièce, créant ainsi des réflexions naturelles, et un micro positionné à l’autre extrémité de la pièce enregistre le résultat. Naturellement, la taille et la forme de la pièce, mais aussi les matériaux qui composent les parois, ont une énorme influence sur le rendu sonore finale. La réverb de chambre la plus célèbre est sûrement celle appartenant aux studios Capitol, située dans les sous-sols du célèbre label éponyme, à Los Angeles.
Réverb numérique et plug-ins

Dans les années 60, un physicien allemand du nom de Manfred Schroeder a développé une méthode pour simuler des réflexions de manière purement électronique, en faisant appel à un circuit composé de plusieurs filtres passe-tout (all pass filters) montés en série. Ce type de filtre n’affecte pas la réponse en fréquences du son, mais bel et bien la phase du son. Pour faire simple, un filtre passe-tout ne détermine pas comment un élément va sonner, mais plutôt quand il va sonner. Ainsi, lorsque l’on envoie un son dans un filtre passe-tout, et qu’on mélange le résultat obtenu avec le signal original non traité, on obtient l’équivalent d’un délai extrêmement court. Ainsi, en enchaînant successivement de nombreux délais très courts, tous réglés avec des temps de répétition légèrement différents, on obtient un effet de réverbération qui simule les multiples réflexions d’un espace acoustique. Or, l’avantage ici (contrairement aux technologies précédentes), c’est qu’on peut simuler des espaces totalement inédits, et impossibles à reproduire dans la réalité. Pour terminer, c’est précisément cette méthode qui se trouve au cœur de chaque réverb numérique qu’on retrouve aujourd’hui (en version hardware ou en version plug-in). Intéressant, n’est-ce pas ?
Techniques pratiques
Perfectionner le placement et la balance

Comme vous l’avons vu dans nos articles précédents, le placement panoramique permet de positionner un son au centre, ou sur les côtés, du champ stéréo. De même, la balance des niveaux permet, quant à elle, de positionner un son plus ou moins loin des auditeurs·ices. Or, lorsqu’on y pense, plus un son est loin (devant ou sur les côtés), plus il met du temps à arriver aux oreilles du public, car la distance à parcourir est plus longue. De plus, en parcourant cette distance, le son rebondira d’abord sur les parois les plus proches de la pièce (le sol, les murs, le plafond, etc.), avant même d’arriver aux oreilles des auditeurs·ices. Ainsi, lorsqu’ils·elles l’entendront enfin, il sera inévitablement accompagné de nombreuses réflexions. À l’inverse, plus un son est positionné à proximité du public, plus il arrivera rapidement, tandis que la distance à parcourir pour atteindre les parois de la pièce sera plus longue. Naturellement, les auditeurs·ices entendront d’abord le son pur (dry) et, plus tard, ses réflexions.
Pour résumer, on peut en conclure qu’une réverb très courte donnera une impression d’espace acoustique restreint, alors qu’une réverb plus longue donnera une impression d’espace acoustique beaucoup plus grand. Mais ce n’est pas tout, en utilisant le paramètre de prédélai, on peut choisir de positionner encore plus précisément la piste en question : un prédélai long sera synonyme de proximité, car le son direct arrivera avant les réflexions, tandis qu’un prédélai court sera synonyme de distance, car le son direct arrivera presque en même temps que les réflexions. N’hésite pas à jouer également avec le niveau de retour de l’effet, car à réglages égaux, une réverb mixée à faible niveau pourra donner un effet complètement différent de celui qu’on obtiendrait, si elle était mixée à un niveau beaucoup plus fort.
Ajouter de la densité et créer des textures sonores

Une autre technique, souvent employée par les ingénieurs·es du son professionnels·les, consiste à combiner et empiler plusieurs couches de réverb différentes pour créer des textures complexes (le fameux layering). C’est une méthode qu’on retrouve souvent dans la pop, le r’n’b, le rock, la musique électronique, et plus globalement dans le courant musical moderne baptisé « Wavy ». Mais alors, comment superposer plusieurs réverbs sans pour autant obtenir un rendu sonore cacophonique et impossible à mixer ?
C’est très simple : tout d’abord, n’hésite pas à positionner tes réverbs à des endroits différents sur le plan panoramique (une réverb à l’extrême gauche, une réverb à l’extrême droite, et ainsi de suite), puis pense à utiliser les techniques d’égalisation que nous avons parcourues ensemble, au cours de nos articles précédents, pour peaufiner les sonorités de chaque réverb. En règle générale, on part du principe que les réverbs les plus longues doivent être les plus brillantes, et que les réverbs les plus courtes doivent être les plus sombres. Encore une fois, tout est une question de goût, et rien ne t’empêche d’expérimenter au maximum pour créer des textures originales. Mais rappelle-toi de la métaphore du puzzle, que nous avons abordé à propos de l’égalisation, et n’hésite pas à t’en inspirer pour obtenir un résultat à la fois riche et cohérent.
Renforcer le groove et la respiration du morceau

La plupart des ingénieurs·es du son synchronisent le temps de déclin d’une réverb sur le tempo du morceau. Cela permet à l’effet de respirer avec la musique et de renforcer le groove du titre. De plus, cette synchronisation donne l’impression que la réverb disparaît naturellement dans l’air, tout en apportant une touche d’élégance au mixage, sans jamais être trop intrusive. Or, la plupart des plug-ins de réverb ne possèdent pas d’option de synchronisation avancée, tu devras donc effectuer le calcul par tes propres moyens.
Commençons par calculer la durée en millisecondes d’une noire, en prenant comme référence un tempo de 120 bpm et une signature rythmique 4/4. Pour y parvenir, c’est très facile : tu dois diviser 60 000 par le tempo de ton morceau, soit 60 000 ÷ 120 = 500 millisecondes. Ensuite, pour obtenir une réverb d’une croche, il suffit de diviser le résultat précédent par deux (500 ms ÷ 2 = 250 ms). Divise-le encore par deux pour obtenir une réverb d’une double croche (250 ms ÷ 2 = 125 ms), etc. Il est également possible (et parfois même préférable) d’utiliser d’autres divisions rythmiques, telles que les triolets ou les croches pointées pour créer un effet sonore plus intéressant, et qui pourrait s’avérer encore plus cohérent avec ton mix. Ces durées de notes impaires peuvent être déterminées à l’aide des formules suivantes : durée de la réverb à la noire × 0,667 = valeur ternaire. Par exemple : 500 ms (réverb à la noire pour un tempo de 120 bpm) × 0,667 = 333,5 ms (triolet de noires). Mais encore : durée de la réverb à la noire × 1,5 = valeur pointée. Par exemple : 500 ms (réverb à la noire pour un tempo de 120 bpm) × 1,5 = 750 ms (noire pointée). Comme pour les notes continues (noire, croche, etc.), tu pourras multiplier ou diviser les valeurs ci-dessus par deux jusqu’à obtenir la durée souhaitée.
Quelques recommandations de plug-ins
On attaque avec la simulation Lexicon 224 Digital Reverb Native, signée Universal Audio. Il s’agit d’une copie parfaite des algorithmes présents dans la machine éponyme, sortie en 1978. Sa particularité : des transformateurs vintage accompagnés de convertisseurs d’entrée et de sortie avec une résolution de 12-bit. Une machine légendaire, et très familière à l’oreille du public, mais aussi des artistes.
On continue avec la version plug-in de la pédale Big Sky du constructeur Strymon, très appréciée pour ses qualités sonores et ses réflexions riches et profondes. Elle offre pas moins de 12 algorithmes différents, Hall, Plate, Spring, Swell, Bloom, Cloud, Chorale, Shimmer, Magnéto, Nonlinear, Reflections et Room. Mais ce n’est pas tout, tu pourras aussi profiter d’une section de filtrage complète, de plusieurs effets de modulation, et de la fameuse fonction Hold pour créer des déclins interminables.
On termine avec le plug-in Blackhole, publié par Eventide, inspiré de la pédale du même nom. C’est probablement la réverb créative numéro un dans le cœur des professionnels·les. Elle intègre les algorithmes issus des périphériques hardwares H8000 et DSP4000, et dispose du fameux paramètre Gravity, capable de produire des suites de réflexions modulées très appréciées pour créer des paysages audio imaginaires.
Conclusion

Nous espérons que cet article t’a plu, et qu’il t’a permis de mieux comprendre quand et comment utiliser la réverb au sein de tes mixages. Nous arrivons aujourd’hui à la conclusion de notre série d’articles sur les effets temporels. Dans les semaines qui viennent, nous continuerons de te proposer toujours plus de techniques et d’informations pour t’aider à peaufiner tes mixages, alors prends le temps de passer faire un tour sur notre site.
En attendant, n’hésite pas à lire ou à relire notre série d’articles consacrés aux techniques de mix :
Techniques de mix : les balances
Techniques de mix : panoramique
Techniques de mix : égalisation / niveau débutant et intermédiaire
Techniques de mix : égalisation / niveau intermédiaire et avancé – Partie 1
Techniques de mix : égalisation / niveau intermédiaire et avancé – Partie 2
Techniques de mix : dynamique – Partie 1
Techniques de mix : dynamique – Partie 2
Techniques de mix : dynamique – Partie 3
Techniques de mix : effets temporels – Partie 1
Techniques de mix : effets temporels – Partie 2
Techniques de mix : effets temporels – Partie 3
Mais surtout, prends le temps de partager ton expérience, ton point de vue et tes questions avec la communauté dans les commentaires. C’est en échangeant ensemble que nous continuerons tous·tes à progresser. La suite au prochain épisode !
