de  Nico Degoube  |  Temps de lecture: 8 min
Publicité
Absynth 6: le test gearnews.fr
Publicité

Ah, Absynth 6! Plus de 25 ans après la première version et plus de 16 ans après les débuts de la version 5, le synthé légendaire revient enfin sur le marché en version 6. Et, pendant tout ce temps, on peut dire que les concurrents n’ont pas chômé. Pour les sound designers en herbe, alors, fera-t-il sa place dans un milieu plus saturé que jamais ?

Découverte de la nouvelle version

Pour recontextualiser le tout (respect à nos ancien·nes avant tout!) Absynth a longtemps été un pilier du sound design. À son lancement au tournant des années 2000, ce synthé semi-modulaire, créé par Brian Clevinger a marqué l’univers des instruments virtuels par ses textures évolutives et sa souplesse hors pair.

Clevin­ger, un ingé­nieur et compo­si­teur, fonde sa société Rhizo­ma­tic Soft­ware et lance Absynth en indé­pen­dant avant de s’as­so­cier à Native Instru­ments en 2001. Pendant des années, ce synthé a été salué pour la profon­deur de sa synthèse et sa capa­cité à géné­rer des ambiances complexes. Alors que tout le monde pensait que son déve­lop­pe­ment était arrêté, voici fina­le­ment le retour d’Ab­synth en version 6. Cette nouvelle mouture cherche à moder­ni­ser des aspects clés, comme l’ex­plo­ra­teur de presets ou l’ex­pres­si­vité, tout en préser­vant l’es­prit de ce synthé histo­rique.

Et franchement, pour ceux et celles qui ont connu et utilisé la version 5, le moindre que l’on puisse dire, c’est que la modernité du 6 nous frappe de plein fouet !

Je ne sais pas pour toi, mais pour ma part, l’ouverture d’un nouveau plug-in / logiciel c’est un peu comme découvrir un nouveau plat, et un plat, ça se déguste en premier lieu… avec les yeux! Alors là, rien à dire, perso, je suis fan de l’interface: dès qu’on place Absynth 6 sur la première piste MIDI créée, cette sphère pleines de presets me donne envie de faire tout le tour de celle-ci, et de tout explorer. La dessus, Native a frappé fort. On a envie de l’utiliser, d’apprendre à le connaître et de commencer à créer nos meilleurs pads, keys, basses; tout, tout, tout ! 

Browser d’Absynth 6 

Publicité

Une fois l’appréciation faite de l’interface du synthé, tu me diras qu’il faut bien commencer à cliquer et à brancher son meilleur clavier MIDI. L’organisation de la bibliothèque sur le coup, rend la recherche de presets très fluide! Sur une analyse automatique, celui-ci te proposera des presses en conséquence de celui que tu auras sélectionné. Ce qui permet l’exploration plus sympa qu’avec une simple liste, et te permet de découvrir immédiatement des variantes ou des familles de sons similaires.

L’autre point important à souligner, c’est la compatibilité ascendante. Absynth 6 peut charger des presets provenant de n’importe quelle version antérieure, depuis la toute première version sortie en 2000. Si tu ajoutes à ça déjà le nombre impressionnant de presets déjà présent dans le plug in, il y a vraiment de quoi faire! 

Il y en a pour tous les goûts, même si la plupart de ceux-ci s’inscrivent dans les sonorités sur lesquelles Absynth a toujours excellé: les nappes atmosphériques, les ambiances numériques évolutives et séquences électroniques réalisées grâce aux enveloppes multipoints (pour mon plus grand plaisir). Les amateur·ices de sonorités analogiques pourraient donc être un peu déçu·es.

Structure semi-modulaire de Absynth 6

Pour la prochaine étape, rendez-vous dans l’onglet patch de notre fameux synthé! Ici, tu retrouveras la structure de ton son représenté de manière graphique, avec ses modules qui et ses connexions, qui peuvent de désactiver indépendamment. À l’usage, force est d’avouer que cette partie est rendue très intuitive par Native. Elle te permet d’empiler et de combiner des sons plus ou moins différents pour le façonner à ta guise. Les trois channels sont chacune dotées d’un générateur (oscillateur ou source) suivi de deux étages de filtres. Les deux fournissent un large éventail de choix.

Côté générateur : simple oscil­la­teur, version double, FM, ring mod, Frac­ta­lize, oscil­la­teur granu­laire, lecteur de sample ou encore entrée audio. 

Côté filtres, des traitements classiques comme un low-pass ou high-pass ou un peu plus particulier comme des filtres comb, cloud, ring mod ou un waveshaper ! Les trois channels se rejoignent ensuite vers deux filtres master, qui offrent les mêmes types de traitements que les filtres des channels, puis vers un effet d’insert global dans lequel tu pourras choisir parmi six traitements différents : Aetherizer, Multicomb, Pipe, Resonators, Echoes ou Multitap. 

La page Wave d’Absynth 6

Dans l’onglet Wave, comme tout bon synthé typé sound design (et comme son nom l’indique) tu pourras te concentrer directement sur la création et l’édition des formes d’ondes. On y sculpte la structure harmonique d’un signal grâce à un éditeur graphique très détaillé. Cet onglet, donc, te permettra de dessiner ou de réorganiser les partiels d’une onde, ou d’en générer de nouvelles à partir des fonctions internes. 

Si ce prin­cipe est aujour­d’hui utilisé dans d’autres logi­ciels, l’on­glet conserve le rôle qui a long­temps fait sa répu­ta­tion: celui d’un véri­table atelier de micro-synthèse, permet­tant d’ob­te­nir des résul­tats très spéci­fiques et d’al­ler bien au-delà d’une synthèse basée sur des tables d’ondes clas­siques. 

Modu­la­tions, enve­loppes multi­-points et effets inté­grés d’Ab­synth 6

En plus de ses trois LFO dotés de nombreuses formes d’onde, Absynth 6 conserve son géné­ra­teur d’en­ve­loppes multi­points, capable d’al­ler jusqu’à 68 segments. Ce système te permet de mode­ler des évolu­tions très fines dans le temps. Ces enve­loppes sont très utiles pour les textures évolu­tives, les sons complexes et même pour des séquences.

Chaque note peut être modu­lée indé­pen­dam­ment grâce à la prise en charge du MPE et du poly­pho­nic after­touch. Comme Absynth excelle dans la concep­tion de textures numé­riques ou hybrides acous­tique-élec­tro­nique, cette expres­si­vité supplé­men­taire sera sans aucun doute très utile pour les utili­sa­teur·­rices de contrô­leurs compa­tibles.

Les 16 nouvelles macros, auxquelles on peut assi­gner de nombreux para­mètres (mais pas tous !), sont très pratiques pour l’au­to­ma­tion et pour regrou­per les réglages essen­tiels en perfor­mance.

Absynth a toujours été salué pour la qualité de ses effets. Peu d’évo­lu­tions ici : ils sont toujours six (Aethe­ri­zer, Multi­comb, Pipe, Reso­na­tors, Echoes et Multi­tap) et restent très effi­caces pour ajou­ter de la profon­deur ou de l’es­pace, tout en pouvant être placés préci­sé­ment dans une confi­gu­ra­tion surround. Pour­tant, il est toujours impos­sible d’en utili­ser plusieurs en même temps… dommage. À l’heure où beau­coup de synthé­ti­seurs virtuels offrent de nombreux ef­fets à placer en série ou en paral­lèle, cela paraît un peu mince.

Conclusion

Alors, on en pense quoi d’Absynth 6 ? La première surprise, c’est le nouvel explorateur de presets et la modernisation d’un synthé numérique mythique ! L’arrivée du MPE est aussi une excellente nouvelle. Il pourra ainsi permettre de constituer un allié précieux aux utilisateur·rices de contrôleurs compatibles. Pour nos amis du son à l’image, ils pourront à nouveau bénéficier d’un synthé de taille pour les ambiances froides et cinématographiques avec une gestion du surround poussée.

Quant à ses utilisateur·rices historiques, ils pourront retrouver avec plaisir un outil qu’ils connaissent bien, avec de nombreuses évolutions sans perturber leurs habitudes grâce à une interface et une ergonomie qui auront fait leurs preuves même si elles restent un peu datées. Ainsi, pour les nouveaux·elles venu·es, et j’en fais partie, l’enthousiasme pourrait être plus mesuré. Certes, c’est un synthé sympa à utiliser, avec une interface intéressante!

Mais, on peut vite se retrouver frustré sur certains aspects de celui-ci. Surtout en ayant pour habitude de travailler sur d’autres synthés du genre, tout aussi puissant et avec une convivialité supérieure. En outre, malgré sa richesse, Absynth 6 n’est pas aussi polyvalent que d’autres plug-ins de ce type du marché. S’il excelle dans les sonorités évolutives et les textures numériques complexes, il reste difficile d’y programmer des timbres chaleureux, ou des sonorités plus analogiques, naturelles…

Absynth 6 reste une machine intéressante à explorer, et à utiliser. Mais dans un marché saturé par des synthés de plus en plus puissants, et avec toujours plus de possibilités, difficile de s’y faire une place avec ses seuls arguments… Même s’ils restent de taille, et font toute la réputation du synthé légendaire de Native Instruments!

Plus de news plugins

Comment trouvez-vous cet article ?

Évaluation: Votre: | ø:
Publicité

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *