Test d’Absynth 6 de Native Instruments: le retour d’un gros nom du marché des plugins synthés semi-modulaires

Sommaire
Introduction
Ah, Absynth 6! Plus de 25 ans après la première version et plus de 16 ans après les débuts de la version 5, le synthé légendaire revient enfin sur le marché en version 6. Et, pendant tout ce temps, on peut dire que les concurrents n’ont pas chômé. Pour les sound designers en herbe, alors, fera-t-il sa place dans un milieu plus saturé que jamais ?
Découverte de la nouvelle version
Pour recontextualiser le tout (respect à nos ancien·nes avant tout!) Absynth a longtemps été un pilier du sound design. À son lancement au tournant des années 2000, ce synthé semi-modulaire, créé par Brian Clevinger a marqué l’univers des instruments virtuels par ses textures évolutives et sa souplesse hors pair.
Clevinger, un ingénieur et compositeur, fonde sa société Rhizomatic Software et lance Absynth en indépendant avant de s’associer à Native Instruments en 2001. Pendant des années, ce synthé a été salué pour la profondeur de sa synthèse et sa capacité à générer des ambiances complexes. Alors que tout le monde pensait que son développement était arrêté, voici finalement le retour d’Absynth en version 6. Cette nouvelle mouture cherche à moderniser des aspects clés, comme l’explorateur de presets ou l’expressivité, tout en préservant l’esprit de ce synthé historique.
Et franchement, pour ceux et celles qui ont connu et utilisé la version 5, le moindre que l’on puisse dire, c’est que la modernité du 6 nous frappe de plein fouet !
Je ne sais pas pour toi, mais pour ma part, l’ouverture d’un nouveau plug-in / logiciel c’est un peu comme découvrir un nouveau plat, et un plat, ça se déguste en premier lieu… avec les yeux! Alors là, rien à dire, perso, je suis fan de l’interface: dès qu’on place Absynth 6 sur la première piste MIDI créée, cette sphère pleines de presets me donne envie de faire tout le tour de celle-ci, et de tout explorer. La dessus, Native a frappé fort. On a envie de l’utiliser, d’apprendre à le connaître et de commencer à créer nos meilleurs pads, keys, basses; tout, tout, tout !
Browser d’Absynth 6
Une fois l’appréciation faite de l’interface du synthé, tu me diras qu’il faut bien commencer à cliquer et à brancher son meilleur clavier MIDI. L’organisation de la bibliothèque sur le coup, rend la recherche de presets très fluide! Sur une analyse automatique, celui-ci te proposera des presses en conséquence de celui que tu auras sélectionné. Ce qui permet l’exploration plus sympa qu’avec une simple liste, et te permet de découvrir immédiatement des variantes ou des familles de sons similaires.
L’autre point important à souligner, c’est la compatibilité ascendante. Absynth 6 peut charger des presets provenant de n’importe quelle version antérieure, depuis la toute première version sortie en 2000. Si tu ajoutes à ça déjà le nombre impressionnant de presets déjà présent dans le plug in, il y a vraiment de quoi faire!
Il y en a pour tous les goûts, même si la plupart de ceux-ci s’inscrivent dans les sonorités sur lesquelles Absynth a toujours excellé: les nappes atmosphériques, les ambiances numériques évolutives et séquences électroniques réalisées grâce aux enveloppes multipoints (pour mon plus grand plaisir). Les amateur·ices de sonorités analogiques pourraient donc être un peu déçu·es.
Structure semi-modulaire de Absynth 6
Pour la prochaine étape, rendez-vous dans l’onglet patch de notre fameux synthé! Ici, tu retrouveras la structure de ton son représenté de manière graphique, avec ses modules qui et ses connexions, qui peuvent de désactiver indépendamment. À l’usage, force est d’avouer que cette partie est rendue très intuitive par Native. Elle te permet d’empiler et de combiner des sons plus ou moins différents pour le façonner à ta guise. Les trois channels sont chacune dotées d’un générateur (oscillateur ou source) suivi de deux étages de filtres. Les deux fournissent un large éventail de choix.

Côté générateur : simple oscillateur, version double, FM, ring mod, Fractalize, oscillateur granulaire, lecteur de sample ou encore entrée audio.
Côté filtres, des traitements classiques comme un low-pass ou high-pass ou un peu plus particulier comme des filtres comb, cloud, ring mod ou un waveshaper ! Les trois channels se rejoignent ensuite vers deux filtres master, qui offrent les mêmes types de traitements que les filtres des channels, puis vers un effet d’insert global dans lequel tu pourras choisir parmi six traitements différents : Aetherizer, Multicomb, Pipe, Resonators, Echoes ou Multitap.
La page Wave d’Absynth 6
Dans l’onglet Wave, comme tout bon synthé typé sound design (et comme son nom l’indique) tu pourras te concentrer directement sur la création et l’édition des formes d’ondes. On y sculpte la structure harmonique d’un signal grâce à un éditeur graphique très détaillé. Cet onglet, donc, te permettra de dessiner ou de réorganiser les partiels d’une onde, ou d’en générer de nouvelles à partir des fonctions internes.
Si ce principe est aujourd’hui utilisé dans d’autres logiciels, l’onglet conserve le rôle qui a longtemps fait sa réputation: celui d’un véritable atelier de micro-synthèse, permettant d’obtenir des résultats très spécifiques et d’aller bien au-delà d’une synthèse basée sur des tables d’ondes classiques.
Modulations, enveloppes multi-points et effets intégrés d’Absynth 6
En plus de ses trois LFO dotés de nombreuses formes d’onde, Absynth 6 conserve son générateur d’enveloppes multipoints, capable d’aller jusqu’à 68 segments. Ce système te permet de modeler des évolutions très fines dans le temps. Ces enveloppes sont très utiles pour les textures évolutives, les sons complexes et même pour des séquences.
Chaque note peut être modulée indépendamment grâce à la prise en charge du MPE et du polyphonic aftertouch. Comme Absynth excelle dans la conception de textures numériques ou hybrides acoustique-électronique, cette expressivité supplémentaire sera sans aucun doute très utile pour les utilisateur·rices de contrôleurs compatibles.

Les 16 nouvelles macros, auxquelles on peut assigner de nombreux paramètres (mais pas tous !), sont très pratiques pour l’automation et pour regrouper les réglages essentiels en performance.
Absynth a toujours été salué pour la qualité de ses effets. Peu d’évolutions ici : ils sont toujours six (Aetherizer, Multicomb, Pipe, Resonators, Echoes et Multitap) et restent très efficaces pour ajouter de la profondeur ou de l’espace, tout en pouvant être placés précisément dans une configuration surround. Pourtant, il est toujours impossible d’en utiliser plusieurs en même temps… dommage. À l’heure où beaucoup de synthétiseurs virtuels offrent de nombreux effets à placer en série ou en parallèle, cela paraît un peu mince.

Conclusion
Alors, on en pense quoi d’Absynth 6 ? La première surprise, c’est le nouvel explorateur de presets et la modernisation d’un synthé numérique mythique ! L’arrivée du MPE est aussi une excellente nouvelle. Il pourra ainsi permettre de constituer un allié précieux aux utilisateur·rices de contrôleurs compatibles. Pour nos amis du son à l’image, ils pourront à nouveau bénéficier d’un synthé de taille pour les ambiances froides et cinématographiques avec une gestion du surround poussée.
Quant à ses utilisateur·rices historiques, ils pourront retrouver avec plaisir un outil qu’ils connaissent bien, avec de nombreuses évolutions sans perturber leurs habitudes grâce à une interface et une ergonomie qui auront fait leurs preuves même si elles restent un peu datées. Ainsi, pour les nouveaux·elles venu·es, et j’en fais partie, l’enthousiasme pourrait être plus mesuré. Certes, c’est un synthé sympa à utiliser, avec une interface intéressante!
Mais, on peut vite se retrouver frustré sur certains aspects de celui-ci. Surtout en ayant pour habitude de travailler sur d’autres synthés du genre, tout aussi puissant et avec une convivialité supérieure. En outre, malgré sa richesse, Absynth 6 n’est pas aussi polyvalent que d’autres plug-ins de ce type du marché. S’il excelle dans les sonorités évolutives et les textures numériques complexes, il reste difficile d’y programmer des timbres chaleureux, ou des sonorités plus analogiques, naturelles…
Absynth 6 reste une machine intéressante à explorer, et à utiliser. Mais dans un marché saturé par des synthés de plus en plus puissants, et avec toujours plus de possibilités, difficile de s’y faire une place avec ses seuls arguments… Même s’ils restent de taille, et font toute la réputation du synthé légendaire de Native Instruments!
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