Guitares de légende : Fender Telecaster
Pour l’amour de la six cordes !
Bienvenu dans notre nouvelle série d’articles consacrés à l’univers fabuleux de la guitare électrique. Pour débuter, nous nous attaquerons aujourd’hui au sujet passionnant de la légendaire Fender Telecaster : ses origines, ses caractéristiques techniques particulières et enfin son évolution jusqu’aux modèles actuels. C’est parti !

Sommaire
Introduction

Certains instruments façonnent l’histoire de la musique à tout jamais et transforment notre manière de composer et de produire des morceaux. En premier lieu, on pense bien évidemment au piano (ou clavier tempéré) qui a révolutionné la composition classique. Au siècle dernier, la guitare électrique a conditionné l’existence même du blues, du jazz et du rock. Mais ce n’est pas tout, on pourrait aussi citer la MPC60, qui a façonné les sonorités et les méthodes de production du hip-hop grâce à ses capacités d’échantillonnage et à son grain reconnaissable entre milles, ou bien encore la TR-909, qui caractérise à elle seule de nombreux courants de musique électronique, telle que la house, la techno, et bien plus encore. Sans parler des ordinateurs et des plug-ins, qui ont complètement changé notre manière de produire des titres aujourd’hui.

Mais parmi toutes les guitares électriques qui existent, un modèle en particulier a réécrit les règles du jeu, tant en termes de lutherie que de possibilités créatives : la Fender Telecaster. Réputée pour son design unique et son Twang absolument inimitable, la Telecaster est considérée par beaucoup comme l’instrument qui a fait connaître la guitare électrique à corps plein (Solid Body) aux musicien·nes du monde entier. Qu’il s’agisse de musique pop, rock, funk ou metal, cet instrument a toujours eu une place particulière dans le cœur des amoureuses de musique amplifiée. Pour l’anecdote, on peut citer George Harrison (The Beatles), Keith Richards (The Rolling Stones), Jimmy Page (Led Zeppelin), Thom Yorke (Radiohead) ou encore Kurt Cobain (Nirvana) parmi les joueurs de Telecaster les plus célèbres. Et c’est en grande partie grâce à cette guitare pas comme les autres que ces artistes sont entrés dans la légende et l’inconscient collectif.
Une révolution nécessaire

Jusqu’à la fin des années 40, la plupart des guitares électriques étaient construites avec un corps creux, directement inspiré des guitares acoustiques. Or, cette conception entraînait souvent des problèmes de larsen indésirable dès que les joueur·euses montaient le volume un peu trop fort. Et pour cause, à l’origine, leur caisse de résonance était conçue pour vibrer au maximum afin de projeter au mieux le son dans l’espace, mais, lorsque l’on branchait la guitare sur un amplificateur de l’époque, les ondes qui sortaient du haut-parleur venaient frapper la table d’harmonie de l’instrument, puis celle-ci se mettait à vibrer de manière incontrôlée et faisait, à son tour, vibrer les cordes. Inévitablement, le micro captait ces vibrations, puis les renvoyait à l’ampli et créait donc instantanément une boucle de rétroaction, bien mal venue : le fameux larsen.

Et ce, sans compter la conception, encore très primitive, des micros de l’époque. En effet, les premiers micros magnétiques des années 40 (comme les célèbres micros Charlie Christian ou les premiers P-90 de Gibson) souffraient de défauts de fabrication par rapport aux standards modernes. Parmi eux, on peut citer l’absence de paraffinage ou « wax potting » pour protéger l’intégrité du micro, ou bien encore un enroulement trop irrégulier de la bobine, qui finissait par agir comme une antenne en captant tous les bruits parasites, au grand dam des musicien·nes.
Les débuts de Fender

En 1939, au sortir de la Grande Dépression (une crise économique majeure qui frappa violemment l’Amérique dès 1929, et ne prit fin qu’au début de la Seconde Guerre mondiale), alors ingénieur autodidacte en électronique, Léo Fender décida de créer sa propre entreprise de réparation de postes radio et de vente de disques vinyle, baptisée Fender’s Radio – Service. Fraîchement installé à Fullerton, dans l’État de Californie, Léo excelle dans ce registre. Les mois passent, et son activité quotidienne l’amène à rencontrer de nombreux·ses passionné·es de musique et de circuits en tout genre, notamment Clayton Kauffman, qui travaille pour un distributeur de composants électroniques dédiés à l’audio, et qui fréquente très régulièrement la boutique de Léo. Les deux hommes partagent donc une passion commune, et s’aperçoivent assez rapidement que leurs compétences se complètent à merveille. Quelque temps plus tard, les deux compères s’associent et lancent une société de fabrication d’amplificateurs et de guitares lap steel, baptisée K&F (Kauffman & Fender). Cependant, pour des raisons assez floues, leur partenariat prendra fin en 1946, et à partir de ce moment-là, Léo poursuivra l’aventure en solo et rebaptisera la société sous le nom de Fender.

Or, à cette même période, l’effervescence créative battait son plein dans le cercle, encore restreint, des guitaristes électriques. Au fil du temps, Léo se lia d’amitié avec un certain George Fullerton, et ensemble, dès 1947, ils prirent connaissance des travaux de Les Paul et Paul Bigsby, considérés comme les deux véritables pionniers et inventeurs des premières guitares à corps plein. Très inspirés par les nouvelles possibilités offertes par ce type de construction, Léo et George décidèrent de passer à l’étape suivante en créant leur premier instrument original : l’Esquire. Pour la petite histoire, Léo Fender était un comptable de formation, doublé d’un grand passionné d’électronique, mais absolument pas musicien pour un sou. Il ne savait pas accorder une guitare et ne connaissait pas un seul accord. Cependant, il fit de cette faiblesse une force, car il n’était pas freiné par les règles de lutherie traditionnelle. Ce qui lui permit d’aborder la création de chaque guitare de manière pragmatique, comme un pur produit d’ingénierie industrielle. Pour lui, une guitare devait être efficace et fiable, mais aussi très facile à fabriquer et à réparer.
De l’Esquire à la Telecaster

La Telecaster n’a pas atteint sa forme finale du premier coup, et Léo Fender a passé plusieurs années à peaufiner son instrument pour en faire la guitare que nous connaissons aujourd’hui. Tout a commencé avec la légendaire Esquire, sortie en 1949. Cette guitare, montée sans Truss Rod et avec un unique micro en position chevalet, possède déjà la forme T caractéristique de la lignée. Quand la guitare est présentée pour la première fois lors des salons professionnels américains, les luthiers traditionnels, habitués aux magnifiques guitares à corps creux en bois sculpté de chez Gibson ou Gretsch, se moquent ouvertement de l’Esquire. Le patron de Gibson de l’époque, Ted McCarty, la qualifie de « planche de bois avec des cordes ». D’autres la comparent à une pagaie, ou pire encore, et lui prédisent un échec commercial cuisant, convaincus que personne ne voudra jouer sur un instrument si basique et rudimentaire. Mais ces critiques ne découragent pas Fender, qui continue son petit bout de chemin. Quelques mois plus tard, le luthier fait évoluer l’Esquire en ajoutant un Truss Rod et un second micro en position manche, puis décide de nommer cette version sous le nom Broadcaster, pour la différencier du modèle Esquire. Mais malheureusement, à cette époque, la firme Gretsch, déjà bien en place sur le marché des instruments, envoie un télégramme qui met Fender en demeure et lui demande de retirer l’appellation Broadcaster, car elle craint la confusion du public avec l’une de ses séries de batteries acoustiques, elle-même baptisée Broadkaster.

Dès lors, plutôt que d’engager des frais d’avocat très coûteux, et en attendant de trouver un nouveau nom, Léo demande à ses ouvriers de prendre une paire de ciseaux et de découper manuellement le mot « Broadcaster » sur les décalcomanies destinées à être collées sur la tête de chaque instrument. Ainsi, pendant une courte période, Fender cherche un nouveau nom pour ses guitares, mais continue de les produire, en apposant simplement le logo de la marque sur la tête du manche. Les instruments fabriqués pendant ce court laps de temps sont, encore aujourd’hui, affectueusement surnommés Nocaster et sont considérés comme de véritables pièces de collection. Enfin, après mûre réflexion, la marque choisit le nom Telecaster en clin d’œil à un outil technologique, alors révolutionnaire, qui fait son entrée de manière progressive au sein de chaque foyer américain : la télévision. Comme à son habitude, Léo Fender reste constamment à l’écoute de ses clients, et en particulier des musicien·nes de blues californien·nes qui ont adopté la Telecaster. Grâce à leurs nombreuses remarques et à leur retour d’expérience, Fender continue de faire évoluer sa guitare petit à petit, en proposant de légères modifications, mais aussi de nouvelles essences de bois (comme du palissandre pour la touche, par exemple).
Lutherie et électronique

De nos jours, un modèle de Telecaster reprend la quasi-totalité des caractéristiques techniques de l’époque. Ainsi, la guitare est toujours construite avec un corps plat en frêne, ou parfois en aulne, de 45 mm d’épaisseur. À cela s’ajoute un manche vissé en érable avec une touche en érable, ou en palissandre, et un chevalet à trois pontets (d’ailleurs, ironiquement, les premiers modèles ne possédaient même pas de véritable touche à part entière, et les frettes étaient directement implantées sur la face avant du manche). Chaque pontet soutient deux cordes, et des vis de réglage, très faciles d’accès, permettent d’ajuster l’action de chaque corde de manière individuelle. Un pickguard (plaque de protection), maintenu par cinq ou huit vis en fonction du modèle, complète l’ensemble et protège les micros et le circuit électronique interne.

En termes de micros et d’électronique, on retrouve généralement deux micros single coil classiques en positions manche et chevalet, mais aussi parfois un micro de type Wide Range (notamment en position manche). Il s’agit d’un micro à double bobinage développé par Seth Lover (l’inventeur du humbucker) au début des années 70, conçu spécialement pour Fender, qui souhaitait concurrencer Gibson et répondre à la demande de certain·es client·es en quête d’un niveau de sortie plus élevé. À cela s’ajoute le trio de contrôles classiques : un potentiomètre de volume général, un potentiomètre de tonalité et un sélecteur à trois positions dédié au choix du voicing (position 1 : micro manche seul / position 2 : micro manche + micro chevalet / position 3 : micro chevalet seul). En résumé, tout ce dont tu auras besoin pour écrire et jouer des plans de folie !
Conclusion

Nous espérons que cet article t’a plu, et qu’il t’a permis d’en apprendre un peu plus sur la Telecaster. Lors de notre prochain épisode, nous prendrons le temps de te proposer une sélection des meilleurs modèles disponibles à l’heure actuelle. En attendant, n’hésite pas à partager ton point de vue, ton expérience et tes questions concernant cette fabuleuse guitare avec la communauté gearnews.fr dans les commentaires.
La suite au prochain épisode !
