de  Pauline Bouillaud  |   Ajouter en tant que source préférée sur Google   | 1,0 / 5,0 |  Temps de lecture: 12 min
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Endless, c’est LA nouvelle pédale d’effet programmable de Polyend. La promesse d’une pédale qui devient ce qu’on lui demande d’être, via un prompt texte, ça sonnait un peu comme un coup marketing taillé pour les salons. D’ailleurs, Endless a remporté le Best in Show au NAMM 2026, et a fait pas mal de bruit, ce qui a piqué ma curiosité. Je l’ai donc eue entre les mains, et…

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Le pouvoir des trois

Endless, c’est en réalité trois choses qui fonctionnent ensemble :

  • D’abord, la pédale elle-même : un boîtier en aluminium avec 3 knobs assignables, 2 footswitches et un port USB-C.
  • Ensuite, Playground, une plateforme web sur laquelle tu décris en langage naturel l’effet que tu veux, et qui te génère un fichier d’effet à charger sur la pédale.
  • Enfin, Plates, la bibliothèque communautaire qui héberge plus de 60 effets gratuits, validés par Polyend, et bientôt ouverte aux contributions tierces.

Petit point important à comprendre : l’IA n’est pas DANS la pédale à proprement parler. Polyend a entraîné un système maison qui combine des briques DSP développées en interne, et c’est ce système qui interprète ton prompt et génère le code C++ correspondant. La pédale, elle, reçoit juste un fichier .endl prêt à l’emploi.

Endless - Gamme

Un hardware sobre, qui en jette

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Les goûts et les couleurs, c’est personnel, mais je veux bien débattre avec toute personne qui ne serait pas d’accord avec moi : sortie de sa boîte, Endless en impose. Le boîtier en aluminium est franchement réussi : compact, lourd dans la main, avec une finition qui respire la qualité de fabrication, c’est chouette.

Endless - Vue de face
Vue de face

Les contrôles sont volontairement épurés, avec pour rappel : 3 potards assignables dont les fonctions changent selon l’effet chargé, et 2 footswitches. Celui de droite gère le On/Off (bypass bufferisé), celui de gauche est entièrement customisable et peut être configuré en mode Press ou Hold selon ce que l’algorithme prévoit. Je n’ai rien à redire sur la sensation au pied (ni à la main d’ailleurs, parce que je fais bien ce que je veux !).

Sur les côtés, la connectique est composée :

  • d’une entrée TRS compatible mono ou stéréo (tu choisis le mode au démarrage, en maintenant le footswitch gauche ou droit)
  • d’une sortie TRS stéréo en 24 bits / 48 kHz
  • d’une entrée jack d’expression
  • d’un port USB-C pour charger les effets

L’alimentation est en 9 V DC 3,5 mm, avec une alimentation isolée recommandée pour la stabilité du signal (et non, elle n’est pas fournie, dommage, mais rares sont les fabricants qui font ce cadeau aujourd’hui).

Le mode contrôles secondaires, petit détail malin

Voilà une fonctionnalité qui paraît anodine, mais qui change la vie : chaque effet dispose de trois paramètres secondaires (Input, Output, Mix) accessibles via un appui prolongé sur le footswitch droit. Tu maintiens le footswitch, tu tournes le knob correspondant, tu relâches, et tu reviens à la couche de contrôles primaires.

Ça veut dire que tu ne sacrifies jamais un de tes 3 knobs pour gérer le mix dry/wet ou le niveau de sortie. Ces fonctions essentielles restent toujours disponibles, peu importe l’effet chargé. ET au début, je ne l’avais pas compris, je “gaspillais” donc un des potards en lui assignant le mix Dry/Wet de l’effet. Oui, j’aurais pu lire le manuel avant de me jeter sur la pédale. J’aurais pu.

Le système des plaques, sympa, mais coûteux

Endless est livré avec une plaque métallique fixée sur le dessus, qui sert à identifier visuellement l’effet chargé. Tu peux la retirer et la retourner pour écrire au dos, ou la remplacer par une autre commandée chez Polyend. Petit reproche : il faut payer 14,99 € par plaque supplémentaire, et aucune plaque vierge n’est incluse dans la boîte. Pour une pédale dont le concept repose sur le changement d’effet à volonté, c’est dommage. Le système révèle aussi une limite de design : sans plaque adaptée, tu n’as aucun repère visuel pour te rappeler ce que font les 3 knobs.

Un petit afficheur OLED aurait été plus pratique et moins coûteux à long terme. Mais moins design, c’est sûr. Il n’est pas (encore ?) possible de personnaliser ses propres plaques, mais j’imagine que si tu possèdes une imprimante 3D, ça doit pouvoir se faire.

Playground, le « vibe coding » appliqué au son

C’est là que ça devient intéressant, en tout cas sur le papier. Tu te rends sur polyend.com/playground, tu enregistres ta pédale, et tu te retrouves face à une interface qui ressemble à n’importe quel chatbot. Tu décris l’effet que tu veux, tu précises ce que doivent faire les 3 knobs, et tu lances la génération. Par contre, tu es prévenu·e : Endless prend en charge des effets dits simples tels que : délai, fuzz, looper, flanger, réverbe, des effets granulaires, du chorus, etc., mais elle n’est pas conçue pour les traitements intensifs, tels que la réverbe à convolution, les simulations d’amplis basées sur des réponses impulsionnelles, le suivi polyphonique de la hauteur, ou autres complexités avancées.

Endless - Playground
Playground

N’étant pas une pro de l’outil, je suis partie sur des effets simples. J’ai commencé par un trémolo basique avec trois contrôles : rate, amplitude et mix. Génération rapide, résultat satisfaisant dès la première tentative. Pour un premier essai, ça m’a convaincue que la pédale tenait au moins une partie de sa promesse.

J’ai ensuite voulu tester un délai, là aussi simple : Time, Repeat, Level. Et là, j’ai galéré. Je ne sais pas ce que j’ai fait de mal dans la formulation du prompt, mais j’ai dû reformuler plusieurs fois avant d’arriver à un résultat convenable (d’ailleurs avec du recul et en ayant regardé d’un peu plus près les commentaires, j’aurais peut-être dû repartir de zéro plutôt que de tenter de modifier le prompt au fil des itérations, car la perte de contexte est amplifiée par la longueur des sessions).

Bref, c’est typiquement le moment où tu réalises que le « vibe coding » a ses limites : tant que tu ne maîtrises pas comment Playground interprète tes mots, tu peux passer du temps (et gaspiller des tokens) à tâtonner.

En dernier essai, j’ai joué les aventurières, en fournissant vraiment le strict minimum en termes de prompt. Je voulais voir comment Playground allait s’en dépatouiller. Au final, pas trop mal. D’une simple phrase “complex reverb with three tap delay lines”, il m’a proposé trois alternatives :

Which type of “complex reverb + 3 tap delays” do you want? Choose 1 / 2 / 3:

1) 1) Shimmered multi‑tap hall — Large reverb, audible taps, a bit of “air/halo”
Knobs:
Decay 0.05–0.98 (default 0.75) (Reverb decay time)
Tap Time 20–600 ms (default 120 ms) (Base time; taps = 1x / 1.7x / 2.3x)
Tap Feedback 0–0.75 (default 0.35) (Feedback for the 3 taps (inside the reverb))
Actions:
Short press: Freeze the tail (hold/freeze) while pressed
Long press: Momentary “bloom” (boost feedback + brighten) while pressed

2) 2) Early‑reflections designer — 3 taps as early reflections, then a dense tail
Knobs:
Room Size 0.0–1.0 (default 0.6) (Scales the 3 taps + perceived size)
Tap Spread 0.0–1.0 (default 0.5) (Spacing between the 3 taps (tighter → slap, wider → room))
Damping/Tone 0.0–1.0 (default 0.35) (Dark → bright)
Actions:
Short press: “Tap shuffle” (light randomization of tap times) while pressed
Long press: “Mono early / wide tail” toggle

3) 3) Dub space — 3 taps as gritty rhythmic delay + a reverb tail behind
Knobs:
Tap Time 60–900 ms (default 280 ms) (Base delay time)
Feedback 0–0.9 (default 0.45) (Delay feedback amount)
Reverb Decay 0.1–0.98 (default 0.6) (Reverb tail length)
Actions:
Short press: “Self‑osc safe” (limit feedback + compression) while pressed
Long press: Tap inversion (order / polarity) toggle

Reply with just 1, 2, or 3.

Extrait du chat Playground

Une fois mon choix fait, l’attente commence, et Dieu que c’est long. À une époque où tout va très (trop ?) vite, il faut compter cinq bonnes minutes (parfois plus) pour que le code soit généré, et bon, je n’ai aucune patience.

Le système de tokens, attention !

Chaque génération consomme des tokens. Tu en reçois 2 000 inclus avec la pédale, ce qui correspond à environ 10/15 effets créés selon Polyend. Ensuite et si besoin, tu rachètes un pack de 2 000 tokens pour 16,99 € TTC. Attention, je te le disais plus haut, les générations ratées consomment aussi des tokens. Mieux vaut soigner tes prompts en amont.

Polyend communique sur le fait que le coût des tokens couvre l’infrastructure, et qu’aucune marge n’est faite dessus. Mettons que ce soit vrai, il n’empêche que bon, en tant qu’utilisateur·ice qui achète un objet, devoir payer à l’usage, c’est frustrant. D’autant plus lorsqu’il s’agit de payer pour faire faire à l’objet ce qu’il est censé faire de base…

Disons que je vois ce principe du même œil que les abonnements aux plug-ins. Je comprends, mais ça m’agace, car ça ne m’appartient jamais vraiment totalement, en tout cas pas avec l’intégralité des fonctionnalités.

Endless - Achat de Tokens

La voie du code, pour celles et ceux qui savent

Si tu sais coder en C++, tu peux te passer Playground, de ses tokens (et donc économiser des sous… ou presque). Polyend met à disposition un SDK open source sur leur GitHub, avec lequel tu programmes tes effets de zéro et tu compiles directement les fichiers .endl. C’est réservé à un public technique, mais ça ouvre des possibilités créatives que Playground ne permet pas, et ça te libère du système de tokens.

La contrepartie étant qu’il te faudra peut-être un abonnement à un LLM pour t’aider à coder si tu n’y connais rien (au hasard, Claude Code). Ce qui revient globalement à vider un récipient pour en remplir un autre, mais c’est toi qui choisis où tu mets tes écus !

Plates, la bibliothèque qui sauve les meubles

Avant de te lancer dans Playground, tu peux télécharger gratuitement les effets de la bibliothèque Plates sur polyend.com/plates : 61 effets validés par Polyend, couvrant tout le spectre (délais, drives, réverbes, modulations, granulaires, boîtes à rythmes, et toutes sortes d’expérimentations sonores).

Pour être franche, c’est probablement la fonctionnalité que j’ai préférée. Tu télécharges, un cliquer-déposer, et hop, tu joues. Pas de prompt, pas de tokens, pas de frustration. Et la qualité des effets de la bibliothèque est franchement au-dessus de ce que j’ai réussi à générer moi-même via Playground. Disons que c’est un bon exercice d’entraînement à l’humilité.

Endless - Plates

Le workflow de chargement et ses limites

Charger un effet, c’est du drag-and-drop pur. Tu connectes Endless en USB-C, la pédale apparaît comme un drive nommé Endless, tu glisses ton fichier dessus, la LED clignote en jaune pendant l’installation, puis passe au vert si tout s’est bien passé (rouge en cas d’échec). De mon côté, sur un Macbook Pro M4, le processus a fonctionné sans aucun souci. C’est rapide et fluide.

Une limite à connaître : Endless ne peut stocker qu’un seul effet à la fois. Charger un nouvel effet écrase systématiquement le précédent. Pourquoi ne pas imaginer une carte microSD, ou une mémoire de stockage intégrée ? Histoire de pouvoir au moins garder quelques effets embarqués dans la pédale.

Endless, vraiment sans fin ?

Mon avis : la promesse de Polyend, telle qu’elle est formulée actuellement, mène un peu à la frustration. Et c’est dommage, parce que la pédale a de vraies qualités. La fabrication est excellente, la cohérence de l’écosystème (pédale + Playground + Plates) est solide, et le concept est innovant. J’ai hâte de voir comment Polyend va développer l’utilisation du concept dans ses futurs produits.

Toutefois, elle ne peut, selon moi, pas rivaliser avec des pédales spécialisées dans chaque type d’effet. Un bon délai analogique, une bonne réverbe boutique, un drive bien réglé, Endless ne les remplace pas. Là où elle prend du sens, c’est comme outil fun, terrain d’expérimentation pour des combinaisons inédites que tu ne trouveras pas dans le commerce. C’est de cette manière qu’elle devrait être présentée, plutôt que comme un couteau suisse universel.

Pour être franche, je n’ai pas eu la patience ni l’envie de passer beaucoup de temps à prompter mes propres effets. Et même si je comprends le modèle économique des tokens, ça reste un frein à l’expérimentation libre. La bibliothèque Plates est de loin ce qui m’a le plus séduite : gratuite, bien conçue, et qualitativement supérieure à ce que j’ai réussi à générer moi-même. J’espère qu’elle se développera avec le temps !

Où trouver la pédale Endless de Polyend ?

Endless est disponible chez Polyend et sur Thomann au prix de 299 €, livrée avec 2 000 tokens et une plaque métallique adaptée à l’effet par défaut. Pour ce prix, tu ne remplaceras clairement pas ton pedalboard, mais tu gagnes un outil pour expérimenter et tester des idées.

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