Synthés psychédéliques : qu’est-ce qui les rend « trippant » ?
Des synthés planant de chez Moog, Roland, KORG et bien d'autres !
Quels sont les meilleurs synthés pour faire de la musique qui sort de l’ordinaire ? Viens avec nous explorer les synthés les plus psychédéliques pour essayer de comprendre ce qui rend un son enivrant.
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Qu’est-ce qui rend un synthé « trippant » ?
J’ai beaucoup pensé aux synthétiseurs psychédéliques ces derniers temps. Plus précisément, je me suis demandé ce qui rendait un synthé « planant » ? Quand on pense à la musique psychédélique, ou du moins à la première vague de sons des années 1960, les synthés n’ont pas un grand rôle à jouer. On trouve des orgues, des Mellotrons et parfois un clavecin, mais dans l’ensemble, les synthés n’ont pas vraiment fait leur apparition sur la scène musicale avant les années 1970.
Et pourtant, les synthés peuvent être très psychédéliques. Est-ce juste une question d’ajouter un peu de trémolo à un pad et le tour est joué ? Je pense qu’il y a plus que ça…
Le Moog modulaire
Les synthétiseurs ont commencé à apparaître sur les disques à la fin des années 1960. Comme la musique populaire était globalement assez psychédélique à l’époque, c’est tout naturel que les gros Moog modulaires se retrouvent sur des disques déjantés – ou du moins proches du déjanté. L’une des premières apparitions d’un Moog sur disque remonte à 1967, avec la chanson « Daily Nightly » des Monkees. Les Beatles ont aussi utilisé un Moog sur Abbey Road, même si c’était bien moins dingo que les trucs farfelus de Mickey Dolenz.

À peu près à la même époque, les disques Moog en général sont devenus populaires, avec ce qu’on a appelé la tendance « Moogspoitation »: des tonnes de vinyles « switched on » encombraient les bacs à soldes, dont beaucoup comportaient des effets Moog tapageurs superposés à des reprises sans intérêt de tubes. Certains étaient pourtant vraiment bons, comme Moog Indigo de Jean-Jacques Perrey, The Electric Lucifer de Bruce Haack et Moog : The Electric Eclectics of Dick Hyman de Dick Hyman.
Qu’est-ce que le Moog a de psychédélique ? Vu que les synthétiseurs étaient une véritable nouveauté à l’époque, leur nature même était choquante et élargissait l’esprit. Parfois, les producteurs enjolivaient le son avec un écho à bande, mais la plupart du temps, le Moog tout nu suffisait à donner l’impression que les murs commençaient à onduler.
EMS VCS3 / AKS Synthi
Le second instrument à faire sensation dans le monde psychédélique fut le VCS3 d’EMS, sorti en 1969. Cette entreprise fut l’une des premières à proposer un instrument que tu pouvais vraiment emporter en tournée sans craindre de te faire mal au dos. La portabilité s’est encore améliorée avec l’arrivée du Synthi A et du Synthi AKS en 1971.

L’utilisation la plus célèbre d’un instrument EMS dans un contexte psychédélique, c’est sur « On the Run » de Pink Floyd, où le séquenceur du Synthi AKS pilote la célèbre ligne de huit notes. Brian Eno a aussi utilisé un AKS à l’époque où il était chez Roxy Music pour traiter les sons de voix et d’instruments. Mais pour découvrir la véritable puissance psychédélique des synthétiseurs, jette un œil à Hawkwind: au fil des ans, les membres de ce groupe de space rock ont mis à rude épreuve tant le VCS3 que le Synthi AKS. Tu imagines « Silver Machine » sans ce sifflement aux accents psychédéliques du VCS3 qui imprègne tout le morceau ?
Alors que Moog élargissait les horizons avec ses innovations, EMS a fait voler en éclats les portes de la perception avec des larsens et des hurlements qui te faisaient redouter un mauvais trip.
Roland Juno-60
Les polysynthés des années 1980 sont rarement classés dans la catégorie « psychédélique », vu qu’ils ont un son très lisse et très propre. Mais le psychédélisme, c’est bien plus que des pédales de fuzz et des échos à bande. Prends « My Girls » d’Animal Collective, par exemple. Animal Collective, l’un des groupes les plus « trippants » du XXIe siècle, s’est servi du Roland Juno-60 comme tremplin vers le paradis de la pop, en l’utilisant sur ce morceau un peu comme le ferait un producteur de musique dance.

Et en parlant de musique dance, le Juno a une longue histoire parmi les groupes psychédéliques modernes. Fingers Inc. l’a utilisé de manière célèbre sur « Can You Feel It ? », qui n’est pas si déjanté en soi, mais qui, replacé dans le contexte plus large des raves, fait quand même l’affaire. Et puis il y a Rabbit in the Moon, un groupe originaire de Floride (mais qui aurait vraiment dû venir de San Francisco, le berceau des hippies) et qui était connu pour faire vibrer le Juno-60.
Alors, psychédélique ? Pas en soi, mais comme la musique de Larry Heard, dans le bon contexte, le Juno-60 rentre carrément dans la catégorie.
KORG microKORG
En voilà un auquel tu ne t’attendais peut-être pas. Le KORG microKORG est une version allégée en commandes du MS2000, et il a déjoué toutes les attentes du secteur en restant non seulement d’actualité, mais aussi extrêmement populaire depuis près de 25 ans maintenant. Le fait qu’il soit utilisé par tant de groupes aux tendances psychés m’a poussé à l’inclure dans cette liste.

Choisis un groupe (n’importe lequel) des deux dernières décennies avec des passages « trance-out », des délires improvisés et/ou une insouciance totale, et tu trouveras probablement un microKORG à l’œuvre – ou au moins dans leur set de concert. Je pense à Tame Impala, LCD Soundsystem, GIFT et bien d’autres. Son moteur de synthèse VA imite à merveille la plupart des synthés analogiques, ce qui en fait un choix bien plus sûr pour la tournée que du matériel vintage hors de prix, mais son son est aussi assez déjanté en soi, avec un côté irréel qui sonne incroyablement bien avec des effets (dont il est par ailleurs équipé).
Roland TB-303
Ce que j’essaie de montrer avec cette liste de synthés psychédéliques, c’est que même si les effets peuvent bien sûr aider, le son de nombreux instruments les rend intrinsèquement psychédéliques. C’est particulièrement vrai pour le TB-303 de Roland, cette machine à lignes de basse qui a connu un succès inattendu au point de donner naissance à son propre genre, appelé – à juste titre – « acid house ».

Né à Chicago dans les années 1980, l’acid house a vite franchi les frontières et a atteint le Royaume-Uni en passant par Ibiza, en Espagne, d’où il s’est diffusé dans le monde entier grâce aux raves. Même si les morceaux de la première vague de Chicago sont déjà bien planants en eux-mêmes, c’est quand les Allemands et les Belges ont mis la main sur ces petites boîtes argentées et se sont mis à faire de la trance que ça a vraiment décollé. Je ne suis pas fan de la trance post-1995 (une mélodie ? très peu pour moi), mais ces premiers morceaux sont incroyablement kaléidoscopiques – et souvent délicieusement sombres, à deux doigts de te faire passer 10 heures à combattre des démons dans ta tête.
Le son de la 303 est toujours aussi intemporel, mais malheureusement, il n’a plus du tout le côté « bad trip » qu’il avait avant. C’est peut-être le moment de lui redonner ce côté tranchant.
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