Techniques d’enregistrement : les bois – Partie 2
Comment obtenir un son de bois de qualité studio pro ?

La semaine dernière, nous nous sommes intéressé de près aux techniques d’enregistrement dédiées à la flûte traversière, au piccolo et au saxophone, et aujourd’hui nous continuons notre exploration de la famille des bois en nous concentrant sur la captation microphonique de la clarinette, du basson et de la cornemuse. C’est parti !
Sommaire
Introduction
Pour terminer notre tour d’horizon des techniques d’enregistrement dédiées aux instruments de la famille des bois, nous nous devions de compléter nos conseils avec les deux piliers manquants de la musique orchestrale, mais aussi avec un instrument plus atypique et pourtant extrêmement populaire, lui aussi membre à part entière des bois. Ainsi, avec la flûte traversière, le piccolo, le saxophone, la clarinette, le basson et la cornemuse, tu seras paré·e face à toute éventualité en studio.
En effet, le savoir-faire et les bonnes pratiques d’enregistrement ont tendance à se faire rares de nos jours, surtout dans un contexte digitalisé au sein duquel de plus en plus de producteur·ices font appel à des banques de sons préfabriquées. Pour le meilleur comme pour le pire. Mais en ajoutant ces méthodes de captation à ton éventail technique et artistique, tu auras encore plus de chances de te démarquer, à la fois pour faire la différence auprès des artistes, ou même tout simplement pour mener à bien tes productions musicales personnelles. Entrons donc ensemble dans le vif du sujet.
La clarinette

Au cours de l’histoire, les clarinettes ont été fabriquées à partir de divers matériaux, notamment le métal et l’ivoire, mais la grande majorité des clarinettes de qualité sont actuellement fabriquées à partir d’essences de bois extrêmement denses (comme la grenadille ou le palissandre, entre autres) qui produisent une sonorité très complexe. Son timbre est à la fois très rond et chaleureux dans le registre grave, mais aussi très brillant et perçant dans le registre aigu.
Comme la plupart des vents, c’est un instrument très exigeant qui nécessite de nombreuses années de pratique, et de persévérance, pour être joué correctement. Il s’agit peut-être même de l’instrument le plus difficile de tous. Et pour cause, dans la famille des bois, c’est bien la clarinette qui possède la plus grande tessiture, avec pas moins de quarante-cinq notes jouables, soit trois octaves et une sixte mineure. D’ailleurs, il est important de préciser qu’on en trouve de différentes sortes : de la clarinette contrebasse (la plus grave) à la clarinette soprano (la plus aiguë).
Néanmoins, son influence sur la musique moderne est beaucoup plus importante qu’il n’y paraît. En effet, bien que souvent associée aux courants classique et jazz (le swing en particulier), la clarinette a aussi connu ses heures de gloire dans des styles pop beaucoup plus modernes, on pense par exemple aux morceaux « When I’m sixty four » des Beatles, « Breakfast in America » du groupe Supertramp, ou bien encore au célèbre « Dance to the music » du groupe Sly and the Family Stone.
Deux micros valent mieux qu’un

En ce qui concerne les techniques d’enregistrement, une chose est sûre : il est très difficile de capter efficacement une clarinette en prise de proximité avec un seul micro. Dans la plupart des configurations de musique classique, ce n’est pas un problème car la clarinette fait presque toujours partie d’un pupitre composé de plusieurs bois. Mais dans le cadre d’une performance solo en studio, les affaires se corsent…
Contrairement au saxophone, la majeure partie de l’énergie sonore produite par une clarinette sort directement du pavillon, avec une emphase certaine sur le registre grave. Or, une prise de son directe du pavillon (à la manière de ce que nous avons pu voir sur les trompettes) entraîne une faiblesse dans le rendu des registres médium et aigu. Mais à l’inverse, une prise de son orientée vers le milieu de l’instrument (à la manière de ce que nous avons pu voir sur les saxophones ou les flûtes) entraîne une faiblesse dans le rendu du registre grave. D’ailleurs, les clarinettistes eux·elles-mêmes passent plusieurs années à travailler l’homogénéité de leur son, pour équilibrer la tessiture de l’instrument et rendre son écoute agréable et harmonieuse.
C’est la raison pour laquelle il sera essentiel d’effectuer une prise à deux micros. Mais attention, il ne s’agit pas à proprement parler, d’une prise stéréo, mais bien d’une captation standard dans laquelle un micro secondaire viendra renforcer le micro principal (avec la même approche que ce que nous avons vu ensemble pour l’enregistrement des caisses claires, où un micro principal était consacré à la peau de frappe et au cercle supérieur, tandis qu’un micro secondaire était consacré au timbre).
Le placement

En pratique, place un micro à condensateur à large membrane entre quinze et trente centimètres de distance, au-dessus de la petite clé de « la » (trente centimètres au-dessus environ), avec une inclinaison de quarante-cinq degrés vers le bas. Positionne ensuite un second micro à une distance similaire, mais cette-fois en face du pavillon. Tu devras sans doute désaxer ce second micro de quelques degrés (entre quinze et trente degrés) pour éviter que la membrane ne soit directement affectée par le flux d’air produit par l’instrument.
N’hésite pas à effectuer plusieurs essais, tout en effectuant des écoutes de test, afin de peaufiner ton placement et d’obtenir le résultat qui correspond le mieux à l’esthétique du morceau. Comme toujours lors d’une captation à deux micros, pense à faire alterner la phase de chaque modèle sur tes préamplis ou ta carte son pour éliminer les problèmes de phase potentiels.
En alternative, si malgré tout tu souhaite effectuer une captation à un seul micro, tu peux tenter ta chance en plaçant un micro omnidirectionnel à une distance de soixante centimètres au-dessus de l’instrument, toujours pointé vers le bas, en respectant un minium de soixante-quinze centimètres de distance avec le pavillon afin d’obtenir un rendu cohérent sur l’ensemble de la tessiture de la clarinette.
Le basson

Le basson est un instrument relativement moderne : bien qu’il soit apparu pour la première fois au cours du XVIème siècle sous l’appellation « fagotto », il n’a pris sa forme actuelle qu’au milieu du XIXe siècle. À l’instar de la clarinette, sa tessiture est aussi très étendue (trois octaves et une quinte), ce qui lui permet donc de jouer à la fois dans le registre basse et dans le registre ténor. Dans la plupart des cas, il est aussi fabriqué avec des essences de bois très denses, comme le palissandre ou l’érable.
On distingue aujourd’hui deux types de bassons, le basson allemand (le plus répandu) et le basson français (ce dernier possède moins de clefs, et sera généralement réservé à l’interprétation de partitions baroques). En raison de ses doigtés complexes et des nombreuses difficultés techniques liées à la anche double, c’est un instrument très difficile à apprendre et à jouer pour les musicien·nes.
Comme sur la clarinette, le son du basson se propage et se diffuse tout au long du corps de l’instrument. Pour la petite anecdote, il parcoure une distance de deux mètres cinquante pour produire sa note la plus grave. Dans l’esprit de la plupart des ingénieur·es du son, c’est aussi un instrument assez intimidant, sur lequel il est souvent difficile d’imaginer une configuration microphonique efficace. Mais ne t’inquiète pas, en réalité ce n’est pas sorcier…
Le placement

Pour réussir ton placement, plusieurs options s’offrent à toi, mais une chose est certaine, ici encore, deux micros seront nécessaires pour obtenir un rendu sonore réaliste et parfaitement représentatif de l’instrument. Place un premier micro à condensateur à large membrane devant l’instrument, à une distance située entre cinquante soixante-quinze centimètres, à hauteur des yeux du·de la musicien·ne (et donc pointé vers le centre du basson).
Place ensuite un second micro un peu plus loin (derrière le premier) à une distance d’environ un mètre, mais à hauteur du pavillon cette fois. Oriente le second micro avec un angle latéral d’environ quarante-cinq degrés vers le côté droit de l’instrument (là où le pavillon expulse un maximum d’air).
Pour terminer, n’hésite pas à jouer avec l’inclinaison du second micro, tout en effectuant des écoutes de test, afin de vérifier le rendu sonore produit par tes placements. Et n’oublie pas d’inverser la phase de chaque micro, à titre de comparaison, afin de choisir la combinaison adéquate.
La cornemuse

Dernier représentant de la famille des bois, la cornemuse est un instrument écossais qu’on retrouve de plus en plus souvent dans les registres traditionnels et rock, mais aussi dans les compositions de musique à l’image, tant dans les longs métrages que dans les documentaires.
La cornemuse est un instrument complexe, mais pour résumer : c’est aussi un instrument qui combine un tuyau principal à anche double (le chalumeau, aussi appelé « chanter »), plusieurs tuyaux secondaires à anche simple (les bourdons), et une poche conçue pour offrir aux musicien·nes une réserve d’air constante, qui leur permet de tenir la note pendant une longue durée. Comme la clarinette et le basson, les essences de bois utilisées sont très denses, et on retrouve souvent la grenadille ou l’ébène pour la confection des différents tuyaux.
Par leur conception même, les cornemuses possèdent une plage dynamique plutôt faible, qui sera largement compensée par un niveau de pression acoustique extrêmement élevé. Pour l’anecdote, il n’est pas rare de mesurer des niveaux atteignant 108 dB SPL à proximité d’une cornemuse. Ainsi, dans le cadre d’un enregistrement en studio, il faudra rester très vigilant·e face aux réflexions de la pièce. Cependant, il est important de noter que la plupart des joueur·ses de cornemuse apprécient entendre une touche de réverbération naturelle pendant leur prestation. Alors n’hésite pas à discuter avec l’artiste, et à choisir un endroit légèrement réverbérant si besoin (à proximité d’un mur non absorbant, par exemple).
Le placement

Pour ton placement, nous te conseillons d’opter cette fois pour un micro à condensateur à petite membrane, doté d’une directivité omnidirectionnelle. Ce type de micro est capable d’encaisser des pressions acoustiques importantes tout en percevant un maximum de détails. Une fois la position de l’artiste déterminée, place ton micro à environ soixante-quinze centimètres de distance face à lui·elle, à hauteur des yeux, en l’incluant légerement avec un angle de quinze degrés.
N’hésite pas à faire varier la hauteur et l’inclinaison du micro pour obtenir un rendu plus ou moins aéré, en fonction de tes besoins du moment. Pour te faciliter la tâche, pars simplement du principe que la membrane du micro doit toujours viser la poche de la cornemuse pour reproduire une sonorité à la fois puissante et détaillée.
En alternative, certain·es ingénieur·es du son s’aventurent parfois à placer le micro derrière l’artiste, avec une configuration similaire (soixante-quinze centimètres de distance, à hauteur d’oreilles cette-fois, avec la membrane du micro orientée vers le milieu du dos du·de la musicien·ne). Cette configuration alternative te permettra de faire partager aux auditeur·ices le point de vue de l’artiste, tout en offrant un rendu sonore très percutant.
Conclusion

Nous espérons que cet article t’a plu et qu’il t’a permis de compléter ton savoir-faire concernant l’enregistrement des bois. Pour aller plus loin, n’hésite pas à lire ou à relire notre série d’articles concernant les techniques d’enregistrement :
- Techniques d’enregistrement : la batterie / niveau débutant et intermédiaire
- Techniques d’enregistrement : la batterie / niveau intermédiaire et avancé
- Techniques d’enregistrement : les percussions traditionnelles
- Techniques d’enregistrement : le piano – Partie 1
- Techniques d’enregistrement : le piano – Partie 2
- Techniques d’enregistrement : le piano – Partie 3
- Techniques d’enregistrement : les cuivres
- Techniques d’enregistrement : les bois – Partie 1
Et comme toujours, prends le temps de partager ton point de vue, tes expériences et tes techniques favorites concernant la captation microphonique des bois avec la communauté dans les commentaires, c’est en échangeant ensemble que nous continuerons tous·tes à progresser.
La suite au prochain épisode !
