Techniques de mix : effets temporels – Partie 3
Comment bien débuter ton mixage ?

Aujourd’hui, nous poursuivons notre apprentissage des techniques de mixage liées à l’utilisation des effets temporels, en nous intéressant de plus près aux modulations. Comment choisir l’effet idéal en fonction du morceau du jour ? Et quelles techniques employer pour en tirer un maximum de bénéfices au sein d’une session ? Toutes les réponses à tes questions se trouvent dans cet article, alors c’est parti !
Sommaire
Introduction
Pour rappel, les différents rôles assignés aux effets temporels dans un mixage de qualité studio peuvent varier : qu’il s’agisse de recréer un environnement acoustique plausible, d’inventer un espace sonore imaginaire de toutes pièces, ou bien encore de jouer sur l’ampleur et/ou la profondeur perçue d’une piste, etc. Au final, ces traitements servent à sublimer les étapes précédentes de balance des niveaux, de placement panoramique, de compression dynamique et d’égalisation des fréquences, toutes indispensables pour obtenir un résultat qui sonne comme un titre professionnel.
Et dans le but de jouer sur l’ampleur et/ou la profondeur perçue d’une piste, mais aussi de stimuler l’attention des auditrices et des auditeurs en leur proposant des sonorités inédites, les modulations jouent un rôle absolument essentiel. En tout, on distingue trois grandes catégories qui composent cette famille d’effets temporels : Phaser, Flanger et Chorus.
Phaser, Flanger et Chorus

Souvent confondus entre eux, ces effets possèdent des points communs mais aussi des particularités qui les distinguent les uns des autres. Pour résumer, ils fonctionnent tous sur un principe similaire : le décalage temporel. Ils vont recevoir un signal audio en entrée, puis le dupliquer en le décalant légèrement de l’avant vers l’arrière, et vice-versa, chacun à leur manière. Le signal de sortie obtenu sera alors composé de deux signaux : l’original et la réplique décalée. Ce qui aura pour résultat de créer différents effets de balayage continu sur le son.
Pour créer ce décalage, le phaser emploie un filtre passe-tout, qui, comme son nom l’indique, laisse passer toutes les fréquences, mais a pour conséquence de seulement retarder certaines d’entre elles. Naturellement, ce retard crée un déphasage (l’onde dupliquée est décalée dans le temps par rapport à l’originale). Donc, lorsque l’on mélange le signal traité avec le signal d’origine, ces fréquences entrent en conflit, et une partie d’entre elles s’annulent (car elles se retrouvent hors phase). Au final, cela crée un effet de filtrage en peigne caractéristique du phaser.
Pour créer ce décalage, le flanger et le chorus, quant à eux, emploient un simple délai, dont la durée varie généralement entre 1 et 10 millisecondes pour le flanger d’une part, et entre 10 à 30 millisecondes pour le chorus d’autre part. En ce qui concerne le flanger, on retrouve un effet de filtrage en peigne qui pourrait faire penser au phaser, mais ses attributs sonores sont beaucoup plus gras et métalliques. En ce qui concerne le chorus en revanche, l’espacement des répétitions donne un résultat assez différent, caractérisé par un léger désaccordage naturel, qui donne beaucoup de corps au signal traité et procure une sensation d’épaisseur sonore inimitable.
Recommandations de plug-ins
Avant d’aller plus loin, si tu as besoin de t’équiper, voici un rapide rappel de nos recommandations d’achat concernant les meilleurs plug-ins de modulation disponibles actuellement. On débute avec le plug-in Instant Phaser Mk II, développé par Eventide, qui reprend les caractéristiques techniques du modèle Clock Works Instant Phaser, distribué dans les années 70. Avec ses trois modes distincts, Shallow, Deep et Wide, accompagnés de quatre sources de modulation différentes (Manual, Oscillator, Envelope et Remote), tu auras toutes les options nécessaires sous les doigts pour créer des sonorités qui sortent de l’ordinaire.
On poursuit notre sélection avec un plug-in de type Flanger, très apprécié des ingénieurs·es du son pour ses sonorités riches et sa facilité d’exécution : le MetaFlanger, édité par Waves. Il s’agit ni plus ni moins d’une émulation des effets de flanging analogiques créés sur les magnétophones à bande d’époque. Il propose une modulation de phase Thru-Zero, accompagnée de nombreuses fonctionnalités créatives additionnelles (Freeze, Spread, etc.).
On termine avec le plug-in Chorus Dimension-D publié par Arturia. Un véritable classique qui reste très facile d’accès, d’ailleurs, la machine simulée ici est une des rares à pouvoir se vanter d’être présente sur la quasi-totalité des mixages professionnels modernes. Pour résumer, il s’agit d’un chorus stéréo de type bucket-brigade, inspiré du fameux modèle Roland Dimension D et de ses quatre modes « plug and play ».
Mise en pratique

La chose la plus importante à retenir, c’est que chaque effet que tu mettras en place devra dépendre de l’interprète, de l’instrument, du style musical et du morceau sur lequel tu travailles. Même si c’est toujours indispensable d’avoir un template prêt à l’emploi, à la fois pour gagner du temps et pour retrouver tes présets favoris en un clin d’œil, n’oublie jamais de personnaliser chaque traitement en fonction du groove du titre, afin de laisser tes modulations respirer en harmonie avec le reste des éléments qui composent le morceau.
Comme nous l’avons vu pour le réglage des délais, c’est généralement une bonne idée de commencer par synchroniser chaque modulation au tempo de la session. Mais une fois cette synchronisation effectuée, n’hésite pas à venir modifier/décaler manuellement chaque effet jusqu’à trouver la combinaison qui sonne le mieux à tes oreilles. Ici encore, tout est une question de ressenti et de goûts personnels, mais comme nous l’avons vu dans nos articles précédents, dès que tu trouveras un réglage qui sonne bien, il t’apparaitra comme une petite évidence musicale. Et pour cause, la particularité des effets de modulation, et des effets temporels en général, c’est qu’ils peuvent sonner assez mal sur la quasi-totalité de leur plage de réglage, mais d’un coup, soudainement, on trouve un endroit inattendu qui sonne merveilleusement bien. Alors fais confiance à ton instinct et n’hésite pas expérimenter au maximum !
Créer du mouvement au sein d’une piste avec un phaser

Effet créatif par excellence, le phaser est un véritable outil de sound design : il est généralement utilisé pour créer du mouvement, ajouter de la texture et procurer une sensation spatiale imaginaire à une piste. En d’autres termes, le phaser sert à briser la monotonie d’un son statique, en donnant l’impression qu’il tourbillonne sur lui-même. Sur les pads de synthétiseur ou de clavier, il transforme une nappe immobile en une texture vivante qui évolue dans le temps. Sur les guitares aussi, c’est un effet très recherché qui a marqué l’histoire du rock psychédélique, du funk et du disco, sans parler de son omniprésence dans la musique électronique passée et actuelle. On le retrouve aussi parfois sur des batteries (notamment sur des prises d’overheads), comme une signature artistique, en début ou en fin de morceau.
Ainsi, en réglant le phaser avec un balayage lent, tu pourras donner l’impression qu’un instrument se déplace physiquement dans l’espace, ou qu’il enveloppe les oreilles de l’auditeur·ice. Mais le second intérêt principal du phaser, c’est qu’en plus d’ajouter une touche rétro futuriste, à mi-chemin entre une sonorité vintage lo-fi et une sonorité de science-fiction, il sert aussi et surtout à augmenter le volume perçu d’un élément sans pour autant sacrifier de précieux décibels. En effet, parfois, un instrument (comme une cymbale ou une guitare rythmique, par exemple) se perd un peu dans le morceau. Alors, plutôt que de monter le niveau de la piste, essaie de lui appliquer un phaser avec un réglage assez léger. Ainsi, comme le timbre de l’instrument va se mettre à varier constamment, l’oreille humaine le détectera plus facilement au milieu des autres sons fixes qui composent le mixage. Pratique !
Créer un effet de flanger vintage sans plug-in

Après tout, le flanger rend, à peu de chose près, les mêmes services qu’un phaser mais propose une couleur musicale totalement différente. Et même si de nos jours, rien n’est plus facile que d’activer un plug-in de flanger dans une DAW, nous avons souhaité partager avec toi une méthode manuelle qui simule les anciennes techniques employées sur les magnétophones à bande. Cette manière de procéder, bien qu’un peu plus chronophage, donne d’excellents résultats, avec une sonorité souvent encore plus convaincante qu’un plug-in dédié.
Assure-toi d’abord que l’option Time Stretch (aussi parfois appelée Time Correction, ou Warp, en fonction du logiciel) soit activée, puis commence par sélectionner la piste que tu souhaites traiter, et duplique-la. Maintenant, modifie la tonalité de la piste dupliquée via la fonction Pitch Shift, et choisis un réglage situé entre – 3 et – 9 cents (en partant du principe que l’unité utilisée est le demi-ton). Ensuite, déplace la piste dupliquée d’une ou deux millisecondes en arrière. Enfin, écoute les deux pistes ensemble. Et voilà, tu entends désormais ton propre effet de flanger, construit de toutes pièces, comme sur les magnétophones à bande vintage ! Si tu désires obtenir un effet encore plus prononcé : augmente l’écart de tonalité (jusqu’à 25 cents), et joue avec le temps de décalage en ajoutant ou en supprimant une ou deux millisecondes supplémentaires. Facile !
Ajouter du corps et épaissir une prise grâce au chorus

Épaissir le son d’une piste est souvent essentiel pour mettre en avant les éléments les plus importants du morceau, qu’il s’agisse d’une voix lead, d’un solo de guitare ou de n’importe quel autre instrument soliste placé au centre du mixage. Pour y parvenir, c’est très simple, utilise deux effets de chorus en simultané, avec des réglages légèrement différents, et positionne-les à l’extrême gauche et à l’extrême droite du champ stéréo (Hard Pan).
Assure-toi de vérifier le rendu en mono pour éviter les artefacts de phase indésirables, et n’hésite pas à jouer avec l’intensité de chaque effet jusqu’à obtenir une sonorité qui te convienne. Nous te conseillons aussi d’automatiser le départ vers ces effets en fonction des différentes sections du titre. Par exemple, on retrouve souvent ce type de traitement sur les voix chantées dans les styles pop et hip-hop, mais uniquement pendant les refrains. On croise aussi régulièrement cette technique sur les solos de guitare dans le metal, ou bien même sur les intros de guitare acoustique dans certaines ballades. Comme toujours, laisse libre cours à ton imagination et prends le temps d’expérimenter en fonction du style musical du jour.
Conclusion

Nous espérons que cet article t’a plu, et qu’il t’a permis de mieux appréhender les techniques liées aux modulations, en t’apportant quelques clés de compréhension supplémentaires pour améliorer tes mixages. Dans les semaines qui viennent, nous nous intéresserons de très près à la dernière catégorie d’effets temporels : les différents types de réverbérations et leurs usages au sein d’une session, en partageant avec toi toujours plus de méthodes pratiques, éprouvées au fil de nos expériences en studio.
D’ici là, n’hésite pas à relire notre série d’articles consacrés aux techniques de mix :
Techniques de mix : les balances
Techniques de mix : panoramique
Techniques de mix : égalisation / niveau débutant et intermédiaire
Techniques de mix : égalisation / niveau intermédiaire et avancé – Partie 1
Techniques de mix : égalisation / niveau intermédiaire et avancé – Partie 2
Techniques de mix : dynamique – Partie 1
Techniques de mix : dynamique – Partie 2
Techniques de mix : dynamique – Partie 3
Techniques de mix : effets temporels – Partie 1
Techniques de mix : effets temporels – Partie 2
Et comme toujours, prends le temps de partager ton expérience, ton point de vue et tes questionnements avec la communauté dans les commentaires. C’est en échangeant ensemble que nous pourrons tous·tes continuer notre progression. La suite au prochain épisode !
