Les templates sont-ils vraiment tes amis ?
Un template peut-être un bon outil... Mais c'est aussi un piège en puissance.
Ah, les templates. Ça se crée, ça se partage, ça se vend. Mais est-ce vraiment une bonne chose ? Est-ce que, au final, on ne perdrait pas ailleurs ce que l’on gagne en temps ?
Sommaire
C’est quoi, un template ?
Un template pour chaque utilisation
Premièrement, qu’est-ce qu’on appelle un template ici ? Un template, c’est un modèle que l’on va pouvoir réutiliser à chaque session. Si tu produis, tu vois sans doute le template comme un projet où tu trouves déjà tes synthés, quelques plug-ins, éventuellement quelques groupes etc. Et bien, sache que même si c’est effectivement principalement de ce template-là dont on va parler aujourd’hui, il en existe aussi beaucoup d’autres qui correspondent à différentes situations.
Par exemple un Template avec seulement du routing, dans le cas où l’on possède du hardware, pour récupérer le son d’un synthétiseur ou d’un ampli de guitare dans sa session par exemple.
Ou alors un Template d’enregistrement, avec une piste audio déjà prête, déjà routée, une piste pour mettre les enregistrements provisoires, une autre pour ceux qu’on garde… On pourrait imaginer un Template pour faire du podcast ou de la radio avec certains plug-ins de compression déjà chargés (très caractéristiques de ce type de contenu)…
Pour ma part, faisant très régulièrement du mixage et du mastering, mon template ne consiste qu’en un amas d’outils d’analyses sur ma piste master : Tonal Balance, un oscilloscope max4live, un loudness meter, MAnalyzer et enfin ADPTR ABmetric. Tous ces outils sont disponibles dans ma session en appuyant sur un simple raccourci clavier, ce qui me facilite pas mal la tâche.
Bon on a aussi des templates pour le live, pour faire du sound design, tu l’as compris, on peut en imaginer plein, pour plein de situations.

Mon template, vraiment très basique.
Le pouvoir du template
Les templates de production permettent pas mal de choses : premièrement ils servent à gagner du temps sur des choses que l’on fait systématiquement. Si on utilise systématiquement les mêmes plug-ins sur son master, pourquoi ne pas les avoir à disposition dès le début ?
Dans un monde où tout va très vite, où il faut être présent·e et sortir souvent des tracks, on est toujours à la recherche de la moindre miette de temps à glaner, moi le premier. Un template peut également permettre à une personne débutante d’avoir accès à un projet qui sonnerait déjà pas trop mal, avec déjà les bonnes drums, des outils pour contenir ses erreurs (par exemple des compresseurs multibandes), une chaîne master cohérente…
Le problème de ce genre de template est que, bien qu’il donne accès sur le court terme à une qualité légèrement supérieure, ne pas faire les choses soi-même peut être un frein à la progression et à la compréhension globale de la musique, où toutes les connaissances sont connectées.
Enfin un template peut permettre de tendre vers un résultat : parce qu’on aura déjà un master clippé, des distorsions et des bitcrushers sur ses groupes, on tendra naturellement vers l’esthétique recherchée.
Tout cet album a un son très particulier, pour atteindre cette esthétique sur tout un projet, un template serait le bienvenue.
Le lien entre les monde : de l’idée à la réalisation
Choisir une direction
Et là on touche à un point important : en musique, et tout particulièrement en production, tout ce qui va se trouver entre ton cerveau et la waveform finale va altérer, voire conditionner le résultat.
Si on tire un trait au doigt dans le sable, on sera en maîtrise totale du résultat, si on décide de le faire avec un bâton, le dessin va prendre naturellement la forme du bout du bâton. C’est exactement ce qui se passe en musique, sauf que l’outil est dix fois plus complexe qu’un vulgaire bout de bois. Alors, imagine à quel point il peut changer la forme de ton dessin.
D’ailleurs, tu n’utilises pas un outil, mais plusieurs, chaque outil a ses particularités qui lui sont propres, c’est ce qui fait qu’on va choisir un synthétiseur, un EQ, ou une distorsion. Et aussi souverain·e que tu penseras être de ton esprit ou de tes inspirations, tu seras forcément influencé·e par ce que tu vas utiliser.
Lorsque tu en prends conscience, ça devient même un critère de sélection : on va choisir un outil comme on choisirait d’aller à la mer ou à la montagne. On ne sait pas trop où on va atterrir, mais on sait si on a plutôt envie de se baigner, ou de faire du ski.
En réalité, lorsqu’on choisit un synthétiseur, on choisit déjà une sorte de chemin mental que l’on va emprunter. On sait qu’on a envie de faire une grosse basse analogique bien chaude, alors on va choisir un Moog plutôt qu’un DX-7. On sait qu’on a envie d’avoir un rendu naturel, alors on va préférer des samples de vraie batterie plutôt que des kicks de TR-909.

Visiblement, c’est pas avec la batterie de Mike Portnoy qu’on va obtenir des sonorités de TR-909.
Quand l’idée vient du matériel
On choisit, consciemment, de se laisser aller au travers de certains outils en sachant pertinemment qu’ils vont naturellement nous amener dans une voie que l’on accepte de prendre.
Finalement, c’est ça aussi la liberté artistique : choisir quel matériel va nous influencer. On pourrait faire l’analogie avec la peinture, où, peu importe à quel point l’artiste est génial·e, son choix de la peinture à l’huile, ou de l’aquarelle, son choix de toile, vont forcément déterminer à quoi ressemblera son tableau.
En son, il arrive même parfois que l’outil devienne la source de l’idée : on ouvre un plug-in sans trop d’inspiration, et finalement, on accepte de se laisser emmener sur un chemin que l’on ne s’imaginait pas prendre, et on en ressort des choses auxquelles on ne s’attendait pas.
C’est typiquement ce qui arrive avec les plug-ins granulaires comme Portal ou Fragments, ils sont tellement imprévisibles même pour les plus chevronné·es d’entre vous, qu’on n’arrive jamais à vraiment prédire ce qui va en sortir. C’est aussi ce qui les rend si fun à utiliser.
C’est fun Portal. Mais compliqué à prévoir !
La voie ferrée : produire sur des rails
Se laisser guider
Revenons à nos templates : au même titre que les plug-ins, les templates sont des outils qui vont la plupart du temps nous faire tendre vers un résultat. Or, comme ils accumulent des outils déjà contraignants, ils le deviennent eux-mêmes encore plus, au point de parfois devenir dirigistes.
Comme le dit un adage célèbre, si vous faites toujours la même chose, vous obtiendrez toujours le même résultat.
C’est le risque que tu prends lorsque tu utilises le même template de manière systématique : le risque de refaire le même morceau à chaque session, ou pire encore, de refaire celui d’un·e autre qui possèderait ce même template. C’est d’autant plus vrai lorsque ce n’est pas toi qui l’as conçu : tu n’es ni le premier ni le dernier à emprunter ce chemin, tu pourras y trouver bien des sonorités, mais plutôt celles des autres que les tiennes.
Faire de la musique, s’épanouir dans la création, c’est aussi se trouver soi-même : devenir un seul et unique mélange d’influences et de nouveautés, en explorant des voies sur lesquelles personne ne s’était aventuré·e. Allons même plus loin : est-ce qu’un Template doit se limiter à une session préparée ? Est-ce que finalement, notre manière de créerne serait pas elle aussi un template ?

Si on prend toujours la même route, peut-on vraiment s’étonner d’arriver toujours au même endroit ?
Le piège du parcours prédéfini
Prenons un exemple : si en ouvrant un projet tu choisis toujours le même BPM, que tu commences toujours par les drums, que derrière tu écris, disons, une ligne mélodique toujours dans la même clé, avec le même synthé, est-ce que dans le fond, on ne pourrait pas aussi appeler ça un template ?
Refaire indéfiniment ce parcours, c’est aussi ce qui va nous permettre d’obtenir des résultats similaires et donc de développer une identité, et oui c’est surtout ça une identité : des patterns, des répétitions et des similarités. Mais c’est aussi s’enfermer éternellement dans cette routine qui va parfois nous faire tourner en rond, et si on s’ennuie, pourquoi ne pas tenter autre chose, tout simplement ? Changer le point de départ, changer de synthétiseur, d’instrument, de BPM… Même si l’on se connaît déjà bien artistiquement, changer un peu ce processus peut permettre d’explorer d’autres facettes de soi, que l’on ne s’attendait pas forcément à découvrir.
Pour te donner un retour d’expérience là-dessus : j’ai moi-même expérimenté cette exploration, étant à la base guitariste, j’ai longtemps délaissé cet instrument pour m’adonner à la synthèse et à la composition à la souris (souristique ?)… Mais maintenant, lorsque j’ai l’impression de tourner en rond, j’aime bien prendre un peu ma guitare et m’en servir comme point de départ. Et très souvent j’obtiens des choses surprenantes.
Globalement je m’aperçois que j’ai des résultats très différents selon mon point de départ, clavier MIDI, guitare, sample… Quand je sens que je commence à m’ennuyer, je change. Résultat : j’explore sans cesse de nouveaux chemins, et, cerise sur le gâteau, je m’amuse.
Le template peut aussi servir de prétexte à l’exploration, si demain tu essaies de mettre de nouveaux outils dans ton Template, que tu n’as pas l’habitude d’utiliser, pour justement t’imposer de fortes contraintes et t’amener dans une direction que tu n’aurais pas naturellement prise, il peut devenir un multiplicateur de créativité.
Noisia passe des heures à créer des sons avant de composer. Une idée de workflow ?
Produire consciemment : le choix avant tout
Comme souvent la réponse à la question de départ va être assez libre et nuancée : car s’il peut freiner la découverte, l’exploration et la progression, le template peut être également un moyen de diriger consciemment et devenir un puissant allié. Il peut notamment aider à créer de la cohérence au sein d’un projet comme un EP ou un album, voire carrément au cours de toute une carrière.
Attention néanmoins, à ne pas se laisser enfermer dans sa propre routine et de finir par se répéter inlassablement. Il est important de détecter ces moments d’ennui et d’infertilité et de comprendre leur cause afin d’en sortir.
Pour ma part, je n’utilise plus aucun template “artistique”. J’aime que chaque session soit différente, après toutes ces années, ça me permet de garder la flamme et de ne jamais tourner en rond. Surtout qu’au final ça fait tellement longtemps que je produis que j’ai tendance à retrouver mes sonorités peu importe d’où je pars.
Bien choisir ses outils, c’est choisir l’influence qu’ils ont sur nous, et l’influence que l’on a sur eux. Et est-ce que la liberté artistique, ce ne serait pas ça tout simplement : avoir le choix ?
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