de  Naud  | 5,0 / 5,0 |  Temps de lecture: 11 min
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Dajak est un artiste français à l’univers sonore unique, loin des codes de la scène française: des guitares éthérées, une voix « in your face » avec de très beaux textes vulnérables et une image stéréo super large. On n’est clairement pas dans les standards de la variété française! À travers son album « Solar Stereo », sorti le 16 janvier dernier, il conjugue une approche très technique de la production avec une authenticité emotionnelle brute. Nous avons discuté avec lui de son processus créatif, de ses influences, et de comment il a déconstruit son perfectionnisme pour créer un son plus humain!

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Des inspis US et UK, insolites sur un projet francophone

Dajak n’a jamais caché son admiration pour la scène musicale anglo-saxonne. « Mes écoutes, elles sont surtout américaines ou anglo-saxonnes de manière générale », confie-t-il. « Et j’ai aussi peu de références francophones au final, que ce soit dans le son purement, dans la production, mais aussi même dans les textes. »

Cette volonté de sortir des sentiers battus français a guidé ses choix artistiques. Pour Solar Stereo, il s’est inspiré des grands noms de la folk expérimentale et de l’alternative : « On est allé chercher du côté de chez Bon Iver, et chercher chez Dijon aussi, un peu cette nouvelle scène aussi folk expérimental alternative ». Mais ses références ne s’arrêtent pas là : « Il y a aussi Frank Ocean, bien évidemment. Il y a aussi Pink Floyd, il y a des trucs bien moins… bien moins actuels, quoi! »

Positionné au carrefour du moderne et du nostalgique, Dajak a justement enregistré Solar Stéréo dans cette optique: offrir la chaleur et la précision du son américain classique, la saupoudrer de l’héritage français avec une voix centrale qui guide la narration et enfin terminer l’assaisonnement avec du sound design ambient moderne, nourri par des pédales d’effets et synthés modulaires expérimentaux. Un mélange pointu et super original!

Une DA moderne et sensible assortie à un casque vintage: Dajak résumé en une image!

Côté matos, l’amour de l’analogique au service de l’émotion

Pour réaliser Solar Stéréo, Dajak a assemblé une véritable palette d’instruments et de pédales, qui vont piocher dans de nombreux genres musicaux. Loin d’être aléatoire, chaque choix a été motivé par une recherche de chaleur sonore couplée à un désir de modernité et de profondeur dans les espaces sonores.

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Concernant les guitares, il nous explique : « À la toute base quand même, l’élément central, ça reste la guitare électrique ou acoustique: j’ai beaucoup utilisé ma double-manche Gibson SG, une Squier Baritone Telecaster et mon acoustique 12 cordes…» Les pédales d’ambiances ont aussi joué un rôle crucial dans le son de l’album : « Il y a le son de réverb qui revient souvent. Alors quand c’était des longues réverbes un petit peu ambiance, c’était souvent ou la Strymon Big Sky ou la Chase Bliss Mood MK1 qu’on n’a pas mal utilisée. Y compris sur les voix! On s’est aussi amusés avec une vraie spring réverb. »

La BigSky de Strymon et la Chase Bliss Mood MK1, deux pédales d’ambiance magnifiques utilisées sur l’album Solar Stereo

Pour les amplificateurs, Dajak a eu recours à une simulation d’ampli (la UAFX Dream 65) mais surtout à un vrai Fender Pro Reverb enregistré via Léo Faubert, le co-réalisateur de l’album. C’est ce qui donne ce son chaud et clair aux nombreux layers de guitare de l’album. Sur le volet synthétiseurs, il a privilégié sans surprise l’analogique : « Avec Martin Bertringer, on s’est bien amusé sur ses synthés modulaires mais aussi sur des synthés analos: surtout le Prophet6, Prophet Rev2, un peu de (Moog) Matriarch. Évidemment, on a utilisé un Moog Subsequent37 pour les basses et un Voyager.»

Pour la voix, le choix a été aussi soigné : « On a enregistré tous mes leads voix avec un C414 d’AKG datant de 1971, celui avec la capsule en cuivre. » Dajak confie d’ailleurs que ce micro lui a fait faire un grand pas en avant pour donner encore plus de poids à ses textes: « C’était la première fois que j’enregistrais sur un micro comme ça et j’avoue que pour placer la voix devant, il était parfait! »

Le WA-14 de Warm Audio s’écarte du son des C414 modernes et émule celui des anciens, similaires au micro utilisé par Dajak!

Quand les réverbs deviennent des musiciens

L’une des spécificités les plus frappantes de Solar Stereo réside dans son utilisation sophistiquée de la reverb et de l’espace stéréo. Dajak a dépassé l’aspect technique pour en faire un outil narratif : « Jusqu’à présent, j’avais toujours eu un son très large, donc ultra réverbéré avec des ambiances et réverbes très, très longues. Je parle de réverbes entre six et dix secondes quoi. »

Mais le véritable tournant a été de comprendre le pouvoir du contraste : « C’est avec mon producteur que j’ai compris que si je voulais que ces grands espaces soient aussi grands, il fallait qu’ils soient mis en contraste avec des beaucoup plus petits espaces. » Comme au cinéma, des plans serrés et des plans larges créent du relief émotionnel. C’est ce qui donne à cet album un aspect aussi cinématographie et intimiste… malgré ses grands espaces!

Pour réaliser cela, l’artiste a évidemment joué avec des pédales et des réverbs logicielles mais a aussi travaillé ses espaces dès la prise: il a utilisé un micro AEA omnidirectionnel qui enregistrait plusieurs guitares en même temps pour restituer le son d’une vraie pièce. Ce travail a été inspiré par les prods de Dijon!

Pour restituer l’ambiance intimiste des chansons, beaucoup de morceaux ont aussi été enregistrés dans un mobil home transformé en studio au milieu de la nature. Les grands espaces se rencontrent!

Cette approche novatrice s’incarne dans le titre même de l’album. « Le stéréo dans Solar Stereo fait évidemment référence au côté wide et très large de mon son. » Mais plus profondément, Dajak révèle une dimension philosophique : « C’était important pour moi qu’on le retrouve dans le nom de l’album parce que ça parle d’un rapport à la création, à la production, à la composition qui était devenue compliquée pour moi par le passé et qui était presque devenue une prison. »

Renoncer au perfectionnisme pour devenir plus authentique

Être artiste solo: les montagnes russes émotionnelles

Heureusement, avec ce nouvel opus… il n’y a plus de prison qui tienne! Le parcours créatif de Dajak révèle une transformation majeure sur son dernier album. Son premier long format, « Les Larmes du Soleil » (2023), avait été réalisé en solo : « Je l’avais fait tout seul, donc complètement produit, composé, arrangé. Et, j’avais pas forcément méga, méga bien vécu ce process avec du recul. »

Pour Solar Stéréo, il a délibérément changé d’approche. Il s’est entouré de musiciens — Vincent Charpin à la batterie, Augustin Hauville à la basse, et Martin Bertringer aux systèmes modulaires et Kuz au clavier. Cette décision s’est avérée libératrice : « Il fallait qu’il y ait une équipe autour de cet album, pour que je lâche prise sur le côté créatif. »

Le résultat pour l’artiste? Moins de solitude, plus de fun et un son plus riche grâce à l’expertise de chacun·e. Alors, fais comme Dajak… travaille en équipe!

Une ode au travail à plusieurs

Grâce à la bienveillance et à l’apport des autres musicien·nes, Dajak a compris que son perfectionnisme passé pouvait être un fardeau. « On « commit » plus des choses. Il y a moins de place au perfectionnisme et au fait de revenir un milliard de fois sur une prise », explique-t-il. L’album a été enregistré en live, ce qui a forcé une certaine spontanéité bénéfique : « On essayait de capturer des instants de vie, de capturer des moments où on sentait qu’on était vraiment ensemble avec les musiciens. »

Un artiste vulnérable qui te pousse à l’être tout autant

Et si on profitait de cette magnifique interview et de tout ce qu’a livré Dajak pour en retenir quelque chose pour ta carrière d’artiste? Ce qui m’a « positivement choqué » durant cette discussion avec l’artiste, ça a été sa transparence, son humilité et la vulnérabilité dans ses propos: il n’a pas inventé une « success story » ou balayé les moments difficiles, il a tout assumé et est resté dans son propre rôle du début à la fin.

Je pense que, dans un milieu où on veut briller et tout le temps avoir l’air « parfait », il faut t’inspirer du courage de Dajak et le transposer à ton projet:

  • Dans un premier temps, ça ne pourra que te faire du bien de ne pas « garder enfoui » ce qui peut te tarauder l’esprit ou nuire à ta santé mentale. En parler, cela permet d’être mieux compris et aussi d’inspirer les autres à faire pareil.
  • Cela donnera aussi de l’épaisseur et du crédit à ton propos quand tu parles de ton projet: aucune aventure ne peut s’affranchir de quelques échecs et de moments de doute. Parle simplement sans enrubanner ton discours et ton story telling n’en apparaîtra que plus fort et authentique!

Un parti pris live fort: réduire les arrangements pour grossir le son

Après ce petit point psycho, revenons donc au son et plus précisément… à la scène! Transposer la richesse de l’album studio qu’est Solar Stereo au format live a exigé une remise en question et a poussé Dajak et son équipe à trancher dans le nombre de pistes: « T’es obligé d’épurer. T’as soit un musicien avec toi sur scène, mais t’es obligé de déconstruire à fond les tracks », confirme Dajak. Son approche : rejeter la bande sonore (backing tracks) et les séquenceurs pour un jeu 100 % live à quatre musiciens.

Cette contrainte s’est révélée être une force. « On arrive un petit peu à mettre tout en avant. Mais oui, c’est sûr que la voix revient encore plus au premier plan pendant les concerts. J’utilise plus de nuances et n’hésite pas à chanter avec plus de puissance sur scène! »

Encore une fois, Dajak se positionne comme un artiste malin: en studio, il sculpte et fignole sa signature sonore en mélangeant matériel vintage et de pointe et en live, il ne se complique pas la vie à recréer son son studio… au contraire, il épure les parties pour ne garder que l’essence même de ses morceaux, joués avec une énergie différente sur scène.

Découvre l’univers touchant de Dajak à l’Olympia le 21 mars!

Ce qui frappe dans le discours de Dajak, c’est la cohérence d’ensemble. Du choix des pédales à la direction du sound design, en passant par la philosophie du live, tout forme un ensemble harmonieux. Et cela s’étend à la scénographie, avec cette fameuse « Machine », comme l’appellent Dajak et sa team, sur mesure créée en collaboration avec Hackintoys : « C’est une sorte de totem, de station pour pouvoir tripper, expérimenter un petit peu, et apporter un côté un petit peu live à la scénographie. »

Le totem « Machine » de Dajak, fait par Hackintoys, est parfaitement fonctionnel et ajoute une dimension interactive à la scénographie de l’artiste

Cette rigueur, doublée d’une volonté d’authenticité, fait de Solar Stereo un album qui mérite toute l’attention des passionné·es de musique et de production. Dajak incarne une nouvelle génération d’artistes français qui regarde au-delà des frontières pour créer quelque chose d’intemporel.

Dajak se produira à l’Olympia de Paris le 21 mars et ça quand on est en indé, c’est vraiment impressionnant! Des places sont encore disponibles pour ceux qui souhaitent découvrir cet univers sonore sensible, guitaristique et travaillé. Et n’oublie de soutenir l’artiste en le suivant sur Insta ou en allant voir un peu de son merch sur son site. Merci à toi!

On te tient très vite au jus pour la suite de cette interview, il n’est pas impossible qu’on aille geeker le matériel de l’artiste avec lui en studio très prochainement. Nerd de matos un jour, nerd de matos toujours.

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dajak solar stereo

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