4 enregistrements célèbres qui ont brisé les règles : l’innovation derrière les chansons intemporelles
La méthode cachée derrière la folie créative des classiques.
Dans cet article, on va se pencher sur certains enregistrements qui ont brisé les règles, utilisant des approches et des techniques non conventionnelles pour créer certaines des chansons les plus emblématiques de tous les temps.
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Dans le paysage actuel de la production musicale, dominé par les DAW et une multitude de plugins, il est difficile d’imaginer faire de la musique autrement. Pourtant, lorsqu’on remonte le temps, on découvre souvent que les contraintes d’un support d’enregistrement spécifique et d’un nombre limité de pistes poussaient les musiciens, producteurs et ingénieurs à faire preuve d’inventivité et à penser différemment.
Les Beatles – Strawberry Fields Forever
Assembler deux prises d’un même morceau, avec des tempos et des tonalités différents, ça paraît improbable. Pourtant, John Lennon était persuadé que c’était possible pendant les sessions de Sgt. Pepper. Et heureusement, il avait à ses côtés deux magiciens du studio, George Martin et Geoff Emerick, capables de transformer cette idée folle en réalité sur Strawberry Fields Forever.
Avec l’aide de Ken Townsend et du département technique d’EMI, Geoff Emerick a modifié le magnétophone Studer J37 en y ajoutant un oscillateur externe à fréquence variable, permettant d’ajuster la vitesse du moteur du cabestan. Cette astuce offrait à George Martin et Emerick la possibilité d’utiliser l’Artificial Double Tracking (ADT), notamment lorsque John Lennon préférait éviter d’enregistrer lui-même ses doublages vocaux.
Ce dispositif a également servi à faire correspondre la prise plus lente, “Take 7” en si bémol majeur, avec la prise plus rapide, “Take 26” en do majeur, avant de les assembler de façon parfaitement fluide, environ 60 secondes après le début du morceau. Cela a contribué au son onirique et surréaliste si caractéristique de Strawberry Fields Forever, qui reste aujourd’hui encore l’un des enregistrements les plus singuliers de l’histoire.
10cc – I’m Not In Love
Lorsque 10cc enregistrait son troisième album studio, The Original Soundtrack, le groupe a accepté d’écrire une chanson d’amour. Mais lorsqu’ils ont créé la démo bossa nova simpliste de ce qui allait devenir I’m Not In Love, elle semblait quelque peu terne, et le groupe avait envie de repousser les limites et de surpasser ses précédents exploits artistiques.
Pour donner à la chanson une toute nouvelle direction, Laurence « Lol » Creme a suggéré d’utiliser des voix accapella et des boucles de bande. Pendant trois semaines, Creme, Graham Gouldman et Kevin Godley ont donc créé des nappes vocales tenues en utilisant toute la gamme chromatique jusqu’à ce qu’il y ait un nombre (assez incroyable) de 624 voix à choisir et à superposer.
Le groupe a ensuite additionné ces boucles de bande de façon à ce que chacun des trois chanteurs ait trois faders à contrôler sur la console de mixage, et a créé une performance qui est devenue le paysage sonore onirique de I’m Not In Love. Le fait qu’ils aient utilisé la table de mixage comme un instrument de musique et créé un arrangement unique rend cette chanson remarquable, encore aujourd’hui.
David Bowie – Heroes
Le morceau-titre du douzième album studio de David Bowie, Heroes, est unique à bien des égards. De sa structure minimaliste à deux accords, influencée par le krautrock, au choix des instruments, en passant par la façon dont il s’est construit presque organiquement en studio, comme une jam.
Bowie y jouait du Chamberlin M1, un instrument à bandes proche du Mellotron, ainsi que de l’ARP Solina String Ensemble, qui apportait des textures supplémentaires au mix.
Cependant, les contributions instrumentales les plus reconnaissables viennent sans doute de Brian Eno, avec son synthétiseur EMS VCS3, et de Robert Fripp, qui a adopté une approche très atmosphérique à la guitare. Ensemble, les nappes tourbillonnantes de synthés et les larsens de guitare ont façonné le paysage sonore qui est devenu l’écrin parfait pour les paroles touchantes de David Bowie.
Le seul problème, c’est que le producteur Tony Visconti ne disposait plus que d’une seule piste pour enregistrer la voix. Pour accompagner la montée dramatique du morceau, presque construite comme un récit, Visconti a installé trois micros et ajouté des gates sur les micros d’ambiance placés à environ 5 et 15 mètres. Le U47, tout proche, captait en permanence la voix, tandis que le U67 (à 5 mètres) ne s’ouvrait qu’à partir d’un certain volume, et le micro le plus éloigné ne s’activait que lorsque Bowie se lâchait complètement à la fin du morceau.
Prince – When Doves Cry
En studio, Prince était un artiste prolifique qui se nourrissait de sa fluidité créative et de sa capacité à enregistrer lui-même tous les instruments d’une chanson, à la fois rapidement et efficacement. En outre, il avait la volonté de réussir, et sa compréhension de l’industrie musicale l’a amené à se tourner vers le cinéma pour toucher un public plus large.
Plutôt que de sortir un album traditionnel, Prince a transformé le concept de son sixième album studio, Purple Rain, en un long métrage, en jouant le rôle du personnage principal, et sa dernière collection de chansons en est devenue la bande originale. Alors que l’album était achevé au préalable, le réalisateur Albert Magnoli a constaté qu’il avait besoin d’une dernière chanson pour l’intrigue du personnage principal, et Prince est donc retourné au studio pour se mettre au travail sur ce qui allait devenir When Doves Cry (Quand les colombes pleurent).
En une session d’une journée, il a terminé l’enregistrement dans la même esthétique dense que le reste de l’album. Malgré ça, il n’était pas satisfait de l’arrangement qu’il trouvait trop complexe. Ce mécontentement a immédiatement conduit à de l’expérimentation, car Prince a complètement dépouillé la chanson pendant le mixage, en supprimant même la piste de basse. Avec ce nouvel arrangement simple au possible, les coups de LinnDrum ont trouvé plus de place pour respirer, et When Doves Cry est devenu un morceau intemporel dans la discographie de Prince.
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