de  Mix Jagger  | 5,0 / 5,0 |  Temps de lecture: 10 min
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Techniques d’enregistrement : les cuivres - vignette
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Aujourd’hui, nous explorons ensemble les meilleures techniques d’enregistrement dédiées à la captation des cuivres. Ces instruments à vent fascinent à la fois par leurs sonorités complexes, mais aussi par les compétences techniques et artistiques nécessaires pour les jouer et les enregistrer correctement. Alors c’est parti !

Introduction

Dans l’histoire de la musique enregistrée, les sections de cuivres ont toujours eu une place prépondérante. Et pour cause, lors des premières sessions de studio de l’histoire, les cuivres occupaient une place centrale dans la musique populaire. Qu’il s’agisse de performances classiques, ou des artistes pionnier·es du jazz et des formations Big Band, les cuivres ont toujours suscité l’intérêt des chef·fes d’orchestres, des arrangeur·ses et des ingénieur·es du son. Aujourd’hui encore, on les retrouve dans une très grande portion des musiques actuelles, que ce soit dans les bandes originales de films, les groupes de hiphop, de r’n’b, de jazz et de soul mais aussi très souvent dans des productions pop. Ces instruments nécessitent une rigueur sans pareil, tant dans la manière de les jouer que dans les techniques utilisées pour les enregistrer.

Dans n’importe quel style musical, l’interprétation est la clef d’un morceau de qualité. Et en ce qui concerne les cuivres, c’est encore plus vrai que pour n’importe quel autre type d’instrument. Le moindre faux mouvement d’embouchure (le placement des lèvres), la moindre hésitation respiratoire, et c’est toute la prise qui tombe à l’eau. Et comme tu t’en doutes, cette exigence est autant musicale que physique pour les musicien·nes qui jouent en direct, sans filet. À tel point que lors d’un enregistrement, tu n’auras pas le droit à l’erreur, car il se pourrait bien que la prise idéale ne se produise qu’une seule fois et soit absolument impossible à réitérer. Mais alors, comment s’assurer de préparer sa session de la meilleure des manières ?

Préparer la session d’enregistrement

Avant même d’aborder les moindres conseils techniques, il est important de rappeler qu’avec ce type de captation, tu devras mettre les artistes en confiance pour qu’ils abordent l’exercice du jour avec le plus de décontraction possible. Rappelle-toi toujours que la plupart connaissent mieux leur instrument, et le son qu’il produit, que quiconque. Alors n’hésite pas à te procurer leurs enregistrements précédents (si possible) et à discuter avec eux·elles pour apprendre à connaître leurs préférences, demande-leur quels sont leurs albums de référence, où alors leurs artistes favori·tes, et prends le temps d’écouter et d’essayer de comprendre le rendu sonore qu’ils ou elles recherchent. 

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De plus, tu t’apercevras assez rapidement que certain·es auront l’habitude d’utiliser tel ou tel micro, tel ou tel préampli, alors que d’autres auront une préférence particulière concernant leur position dans la pièce (dos à un mur par exemple, pour obtenir un son plus vivant et brillant grâce aux réflexions de la surface dans leur dos, ou alors en plein milieu de la pièce, pour obtenir un son à la fois mat et aéré, etc). Dans tous les cas, aborde toujours cet exercice avec une attitude à la fois attentive et assurée, en étant à l’écoute, mais en sachant te montrer rassurant grâce à ta confiance en ton savoir-faire technique, et artistique.

Trompette, cornet à pistons et bugle

Techniques d’enregistrement : les cuivres - Trompettes, cornet à pistons et bugle

Pour réaliser l’enregistrement d’une trompette, d’un cornet à pistons ou d’un bugle, la plupart des ingénieur·es du son professionnel·les optent en général pour un micro omnidirectionnel. C’est un choix judicieux, car, pour restituer de manière réaliste les sonorités complexes de cette famille d’instrument à vent, il est souvent primordial de capter l’air qui se déplace dans la pièce, et donc de capter non seulement l’instrument en lui-même, mais aussi l’espace qui l’entoure. 

En termes de distance et de placement, pour un résultat optimal, nous te conseillons de positionner ton micro à environ 1 mètre de distance et à 1 mètre 50 de hauteur, dans l’axe direct du pavillon. Sans hésitation, c’est cette méthode qui semble faire l’unanimité auprès de la communauté musicale, car elle retranscrit une sensation de présence inégalable. En alternative, pour obtenir un son un peu plus sourd et riche en basses fréquences, tu pourras aussi conserver la même distance (1 mètre environ), mais placer cette fois le micro à 15 centimètres au-dessus du pavillon, en l’orientant directement vers l’embouchure de l’instrument.

Néanmoins, quelques fois, en fonction de l’esthétique du morceau, si tu souhaites obtenir un son plus feutré et moins rapide (c’est-à-dire avec des transitoires atténués et une réponse en fréquences moins étendue dans les aigus), tu pourras aussi faire un choix plus cavalier et positionner ton micro légèrement en dehors de cet axe (quelques degrés de décalage devraient suffire). Pour un rendu sonore encore plus percutant, tu pourras choisir de rapprocher ton micro encore plus près du pavillon, toujours dans l’axe. Dans ce cas précis, assure-toi que la membrane et le circuit internes du modèle utilisé soient en mesure d’encaisser une pression acoustique importante, sans quoi tu risquerais d’abîmer ton matériel.

Cependant, avec une prise d’ultra-proximité, il n’est pas rare que chaque bruit de bouche, chaque fuite d’air, chaque coup de langue et chaque inspiration excessive soit retranscrit de manière désagréable sur la piste audio. Dans ce cas, dévier la membrane du micro de quelques degrés hors axe permettra de masquer la plupart de ces bruits parasites indésirables, sans trop altérer la couleur sonore tant recherchée. Si, par malheur, le son produit par l’instrumentiste est trop strident et agressif, et qu’il ou elle n’arrive pas à corriger ce défaut, tu peux essayer de placer un morceau de tissu léger (un foulard en soie, par exemple, ou dans le pire des cas, une chaussette) dans le pavillon pour atténuer les résonances problématiques. Si ce n’est pas possible, essaie d’orienter le micro un peu plus vers le sol (en faisant pivoter la pince de maintien ou en abaissant la hauteur du trépied), ou de le désaxer de quelques centimètres sur le côté de ton choix.

Dans le cadre d’une section composée de trois, quatre, cinq instrumentistes ou plus, notre conseil est de les disposer en arc de cercle autour d’une paire de microphones à ruban, en configuration stéréo coïncidente Blumlein. Pour rappel, il s’agit de superposer deux micros bidirectionnels identiques avec un angle d’attaque de 90° (assure-toi bien que les grilles des micros ne se touchent pas, pour éviter l’apparition de bruits mécaniques parasites qui pourraient subvenir en cas de frottements intempestifs entre elles, ce qui risquerait de ruiner l’enregistrement). Si une prise stéréo n’est pas nécessaire, tu peux aussi opter pour une solution plus simple et positionner un micro omnidirectionnel au centre du cercle de musicien·nes. Dans ce cas, prends le temps d’équilibrer la section de cuivres en rapprochant les instruments les plus faibles du micro, et en éloignant les plus puissants (quelques dizaines de centimètres feront parfaitement l’affaire dans les deux cas). N’oublie pas d’effectuer plusieurs écoutes de test pour t’assurer que tu obtiens le rendu sonore souhaité.

Trombone, tuba et cor

Techniques d’enregistrement : les cuivres - Trombone, tuba et cor

Pour réaliser l’enregistrement d’un trombone, d’un tuba ou d’un cor, les techniques de captation sont légèrement différentes par rapport à celles employées sur les instruments précédents. La raison est très simple, le trombone, le tuba et le cor sont capables de délivrer une pression acoustique absolument phénoménale, et sont de très loin les instruments les plus puissants de toute la catégorie des cuivres, voire de tout l’orchestre. De plus, ils offrent une extension très importante dans les basses fréquences, ce qui est absolument incomparable avec les autres cuivres. De fait, il faut rester vigilant·e lors de ta session d’enregistrement afin de ne pas dégrader ton matériel (en effet, en cas de mauvais placement, une membrane de micro mal adaptée à la situation, ou simplement mal positionnée pourrait ne pas survivre plus de quelques secondes). Mais ne t’inquiète pas, avec quelques précautions et un peu de bon sens, tu pourras facilement capturer le son de ces magnifiques instruments.

En ce qui concerne le trombone, le son souhaité déterminera l’emplacement du micro. Pour obtenir un son doux et typique du jazz américain des années 50 et 60, placez un micro omnidirectionnel à environ 50 centimètres de distance et à environ 1,5 mètre de hauteur, en l’inclinant de 15 à 30 degrés par rapport à l’axe du pavillon. Au contraire, si tu préfères obtenir un rendu sonore plus moderne et percutant qui percera facilement dans un mixage très dense, typique des musiques de film ou des productions pop calibrées pour les radios, rapproche ton micro à environ 25 centimètres de distance, toujours à 1,50 mètre de hauteur, et oriente-le directement dans l’axe du pavillon. En alternative, les micros à ruban restent un excellent choix pour les trombones, sous réserve d’adopter un positionnement un peu plus rapproché, généralement situé entre 15 et 30 cm du pavillon.

Pour le tuba, garde une distance de 50 centimètres avec l’instrument, mais positionne ton micro plus haut, afin qu’il surplombe le pavillon (qui pointe vers le ciel) d’environ 50 centimètres également, en l’inclinant légèrement vers le bas avec un angle d’à peu près 15 degrés par rapport au tuyau principal. Encore une fois, si le rendu sonore s’avère trop agressif, désaxe progressivement le micro (jusqu’à 45 degrés maximum) jusqu’à obtenir le résultat voulu.

On termine par le cor. Place ton micro sur le côté arrière-droit de l’instrumentiste, à une distance située entre 50 centimètres et 1 mètre de l’instrument. Veille bien à choisir une hauteur qui correspond au bord supérieur du pavillon, et incline le micro directement dans l’axe. En complément, tu peux aussi ajouter un micro additionnel pour enrichir ta prise, et, dans ce cas précis, deux options s’offrent à toi. D’une part, tu peux décider de placer ce micro supplémentaire en face de la personne (à 1 mètre de distance environ), d’autre part, tu peux opter pour un placement aérien et positionner ce micro au-dessus de sa tête (toujours à 1 mètre de distance environ), en orientant la membrane vers le sol. 

Conclusion

Techniques d’enregistrement : les cuivres - Conclusion

Nous espérons que cet article t’a plu, et qu’il t’a permis d’en apprendre un peu plus sur les techniques d’enregistrement dédiées aux cuivres. Comme toujours, c’est un exercice passionnant qui nécessite beaucoup de pratique et d’expérience pour atteindre le résultat escompté. Néanmoins, avec ces quelques conseils, tu devrais pouvoir t’en sortir avec brio dans n’importe quelle situation.

En attendant, n’hésite pas à lire ou à relire notre série d’articles concernant les techniques d’enregistrement en studio :

Si le cœur t’en dit, prends le temps de partager ton point de vue, tes expériences et tes méthodes favorites avec la communauté dans les commentaires, c’est en échangeant ensemble que nous continuerons toutes et tous à progresser dans cette quête infinie de l’enregistrement idéal. 

La suite au prochain épisode !

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