Techniques de mix : dynamique – Partie 3
Comment bien débuter ton mixage ?

Comme promis, nous terminons aujourd’hui notre série d’article dédiée aux bases du traitement dynamique, en nous intéressant de près aux techniques employées par les ingénieur·es du son professionnels·les pour faire sonner leurs mixages de la plus belle des manières. C’est parti !
Sommaire
Introduction
S’il existe une différence majeure entre le son d’une démo, ou d’un enregistrement amateur, et celui d’un mixage professionnel finalisé, c’est bien l’utilisation de la compression. Souvent décrié, l’usage de la compression et des divers traitements dynamiques qui en découlent (limiteur, expandeur/gate, dé-esseur) reste pourtant indispensable dans la plupart des projets musicaux qui aspirent à être diffusés au grand public, et ce, même lorsque l’auditoire ne s’en rend pas compte. En effet, tout est question de contraste. Imagine un instant que ton morceau soit playlisté en radio ou sur un service de streaming, et que le niveau de la voix lead soit inférieur aux morceaux qui lui précède ou lui succède. Cela représenterait un sacrilège pour les audiophiles, et un risque de déception accru pour les auditeur·ices.
Donc, pour résumer, on peut dire qu’il y a deux raisons majeures qui nécessitent d’ajouter de la compression à une piste ou à un mixage : premièrement, contrôler la dynamique pour obtenir un niveau compétitif, et, deuxièmement, créer un effet musical artistique. Au cours de cet article, nous te guiderons pour accomplir ces deux tâches d’une manière simple et efficace. D’ailleurs, nous utiliserons exclusivement des exemples qui feront appel aux machines et plugins que nous avons présentés dans les articles précédents, alors avant de commencer, n’hésite pas à lire ou à relire les épisodes Techniques de mix : dynamique – Partie 1 et Techniques de mix : dynamique – Partie 2.
Contrôler la dynamique : la compression en série

Comme tu le sais, le contrôle de la dynamique sert avant tout à maintenir un niveau sonore uniforme. Autrement dit, l’usage de la compression servira à harmoniser la plage dynamique d’un enregistrement en diminuant le niveau des passages trop forts, tout en augmentant celui des passages trop faibles. Lors de la captation d’une voix lead par exemple, une première évidence apparaît très rapidement : la quasi-totalité des artistes ne peuvent pas chanter chaque mot ou chaque phrase au même niveau (et après tout, c’est bien naturel), à tel point que certains mots paraîtront inaudibles alors que d’autres paraîtront assourdissants. Sans parler des différentes sections d’un même morceau, où un·e chanteur·euse pourra être amené·e à parler ou à chuchoter pendant un couplet, et à l’inverse, à hurler pendant un refrain. L’usage de la compression permettra donc d’entendre chaque mot avec une intensité constante, et aidera l’auditoire à maintenir son attention tout au long de la chanson, pour en profiter pleinement.
De même, sur une section rythmique, il arrive souvent qu’un·e batteur·euse ne frappe pas chaque temps de grosse caisse ou de caisse claire avec la même intensité. Dans ce cas, la compression permettra d’uniformiser le son de chaque frappe pour maintenir une pulsation rythmique constante, indispensable à l’appréciation du morceau. Mais aussi parfois, c’est l’instrument en lui-même qui créera ce type d’irrégularités dynamiques. La plupart des basses acoustiques ou électriques, par exemple, ont par nature des notes plus fortes et d’autres plus faibles. Ici, la compression servira à uniformiser ces différences pour maintenir un groove constant et mémorable.
Mais alors, comment faire ? Comme tu le sais déjà, la plupart des pistes audio sont constituées de portions très rapides et extrêmement dynamiques (les transitoires), mais aussi de portions beaucoup plus lentes et assez peu dynamiques (le fameux « sustain » en anglais, qu’on appellera ici le niveau moyen). Ainsi, pour maîtriser ces deux aspects, la méthode idéale n’est pas d’utiliser un compresseur isolé dans son coin, mais bel et bien deux compresseurs différents placés en série.
Pour y parvenir, notre conseil est donc de commencer par envoyer ton signal vers un compresseur très rapide (de type FET ou VCA), en visant 1 à 3 dB de réduction, avec un temps d’attaque très court et un temps de relâchement plutôt moyen, afin de dominer les transitoires intempestifs (les consonnes plosives ou sifflantes sur une voix, par exemple, ou bien encore les notes attaquées trop brutalement au médiator sur une guitare, etc.). Une fois ce premier traitement mis en place et réglé selon tes besoins, envoie directement le signal traité en sortie de compresseur vers un second compresseur plus lent (de type Vari-Mu ou Opto), en visant 3 à 5 dB de réduction cette fois, avec un temps d’attaque plutôt long et un temps de relâchement le plus court possible, afin d’harmoniser les différences de niveau tout au long du morceau. Avec cette première approche, on utilise généralement des ratios assez légers, situés entre 2:1 et 4:1, afin de limiter les crêtes du signal (« Peak ») et de stabiliser le niveau moyen effectif (« Root Mean Square », ou RMS) sans pour autant opérer un traitement trop destructif.
Si ces réglages peuvent te paraître trop conservateurs, garde à l’esprit que notre objectif ici est d’obtenir un niveau sonore cohérent et maîtrisé d’un bout à l’autre de la performance, et qu’il ne s’agit en aucun cas de supprimer la dynamique. Comme toujours, tout dépendra du morceau que tu auras à mixer, car en fonction du style musical pratiqué, tu pourras aussi parfois te permettre d’effectuer des réglages beaucoup plus radicaux avec des ratios élevés et un niveau de réduction largement supérieur à 10 dB (on pense par exemple à des guitares ultra-saturées dans un morceau de Metal, ou alors à une grosse caisse synthétique dans un morceau de techno industrielle). Sans aucun doute, la combinaison la plus célèbre de toutes, qui a fait ses preuves au fil des années, combine en série deux magnifiques plugins signés Universal Audio : un modèle 1176 (FET) suivi d’un modèle LA-2A (Opto).
Créer un effet musical : la compression parallèle

Comme tu le sais, la compression est un traitement très puissant qui peut radicalement changer le son d’un morceau. Pour le meilleur comme pour le pire. En effet, si tu ne t’en sers pas, ton mixage risque de manquer d’impact et de ne pas être assez compétitif par rapport aux autres, mais d’un autre côté, si tu l’utilises à outrance, tu risques de perdre toutes les nuances musicales tant appréciées par l’oreille humaine. Heureusement, il existe une méthode pour profiter du meilleur des deux mondes : la compression parallèle.
Dans le cadre d’une utilisation créative de la compression, c’est la technique la plus utilisée par les ingénieur·es du son du monde entier. Elle consiste tout simplement à dupliquer le son d’une piste via un départ auxiliaire sur ta console (ou dans ta STAN) et à lui appliquer le compresseur de ton choix, tout en laissant la piste originale vierge de tout traitement. Prenons l’exemple d’un sous-groupe de batterie : via un départ auxiliaire ou un bus, envoie le signal de la batterie (et éventuellement celui de la basse), vers un compresseur stéréo (tu peux choisir un modèle plutôt rapide de type FET ou VCA, mais note que les modèles plus lents, comme les compresseurs Vari-Mu ou Opto fonctionnent aussi très bien dans ce cas précis, car ils permettent d’apporter une couleur harmonique très appréciable). Fais-toi plaisir et règle le compresseur assez fort, en visant au moins 10 dB de réduction, voire plus si le rendu sonore te plaît (parfois, jusqu’à 20 ou 30 dB de réduction feront parfaitement l’affaire).
En ce qui concerne les variables temporelles, tout dépendra de ton objectif : tu peux faire le choix d’utiliser un temps d’attaque très court et un temps de relâchement plutôt long si tu cherches à créer un effet de densité imparable pour renforcer l’assise de la section rythmique, mais tu peux aussi faire le choix d’utiliser un temps d’attaque plutôt long et un temps de relâchement très court si tu cherches à mettre les transitoires en valeur et à renforcer le groove du morceau. Garde à l’esprit que l’objectif est de faire en sorte que le compresseur « respire » en rythme avec le reste des instruments, puis laisse tes oreilles te guider et n’aie pas peur de sortir des sentiers battus. Si ça sonne bien, c’est que c’est bien !
Ensuite, renvoie la sortie du compresseur vers une piste stéréo libre de ta console ou de ta STAN, puis augmente progressivement le niveau de la piste compressée pour venir la mélanger avec la piste originale non traitée. De cette manière, tu obtiendras tous les avantages d’une compression très appuyée (transitoires maîtrisés, volume perçu constant, coloration harmonique, etc.) tout en conservant l’amplitude dynamique et la respiration naturelle de la piste d’origine. Mission accomplie !
Conclusion

Nous espérons que cette série d’articles t’a plu. Après avoir abordé les différents types de traitements dynamiques, tels que les compresseurs (Vari-Mu, Opto, Fet, VCA et numérique), les limiteurs, les expandeurs/gate et les dé-esseurs, puis les techniques les plus appréciées par les pros (compression classique, compression en série, compression parallèle), tu devrais être en mesure de démarrer tes mixages en toute confiance. Si tu as des doutes ou des questions, n’hésite pas un seul instant à nous en faire part dans les commentaires, nous serons ravis d’y répondre pour t’accompagner encore un peu plus loin dans ta progression.
En attendant, prends le temps de lire ou de relire les articles précédents à propos des techniques de mixage :
Techniques de mix : les balances
Techniques de mix : panoramique
Techniques de mix : égalisation / niveau débutant et intermédiaire
Techniques de mix : égalisation / niveau intermédiaire et avancé – Partie 1
Techniques de mix : égalisation / niveau intermédiaire et avancé – Partie 2
Techniques de mix : dynamique – Partie 1
Techniques de mix : dynamique – Partie 2
Pour terminer, partage ton point de vue, ton expérience et tes techniques favorites concernant les traitements dynamiques avec la communauté dans les commentaires. C’est en échangeant ensemble que nous continuerons tous·tes à progresser, pour nous approcher encore un peu plus près du mixage idéal. La suite au prochain épisode !
