de  Mix Jagger  | 5,0 / 5,0 |  Temps de lecture: 13 min
Publicité
Techniques de mix : dynamique - Partie 2 - vignette
Publicité

Introduction

Aujourd’hui nous poursuivons notre immersion dans l’univers des traitements dynamiques en nous intéressant de plus près aux compresseurs de types FET et VCA d’une part, mais aussi aux autres outils indispensables pour réaliser un mixage aux petits oignons : limiteur, dé-esseur et expandeur/gate. Avant de commencer, et pour t’assurer une lecture limpide, n’hésite pas à lire ou à relire l’épisode précédent Techniques de mix : dynamique – Partie 1. C’est parti !

Les compresseurs FET

Techniques de mix : dynamique - Partie 2 / Les compresseurs FET
Universal Audio / Urei 176 : l’ancêtre du 1176

Après avoir traité le sujet des modèles Vari-Mu et Opto, intéressons-nous maintenant aux compresseurs FET (abréviation de « Field Effect Transistor », ou transistor à effet de champ, dans la langue de Molière). Ici aussi, un modèle fait office de figure tutélaire dans le domaine : le mythique Universal Audio / Urei 1176.

Ce compresseur est apparu sur le marché en 1967 et a été conçu comme le successeur du modèle à lampes 176, par celui qui est considéré comme l’un des pères fondateurs de l’ingénierie audio : Milton Tasker « Bill » Putnam. Pour bien comprendre le principe de fonctionnement des compresseurs FET, il faut s’arrêter un instant sur la conception de ce type de transistor. En effet, un transistor à effet de champ est un type particulier de semi-conducteur qui possède trois broches : la source (l’entrée), la grille et le drain (ou plus simplement : la sortie). 

Techniques de mix : dynamique - Partie 2 / Les compresseurs FET
Calibration du prototype 1176

La particularité ici, c’est que le signal d’entrée ne se contente pas de traverser le transistor, mais conditionne également la tension de polarisation de sa grille. Autrement dit, sur ce type de compresseur, le signal d’entrée est l’unique responsable du déclenchement du circuit de détection (« Side Chain »). Intéressant n’est-ce pas ? Ainsi, en appliquant plus ou moins de gain en entrée, on fait varier la tension de polarisation de la grille, qui a son tour modifie la conductivité entre la source et le drain, et donc modifie la tension de sortie (exprimée en décibels).

Publicité

Concrètement, cela signifie que plus le signal audio en entrée augmentera, plus la réduction de niveau sera importante. Facile ! Et naturellement, comme les compresseurs FET sont totalement dépendants du niveau du signal d’entrée pour effectuer leur tâche, tu remarqueras que la plupart d’entre-eux ne disposent même pas de réglage de seuil. Ce dernier étant automatiquement déterminé par le transistor lui-même.

Techniques de mix : dynamique - Partie 2 / Les compresseurs FET
Photo de famille : plusieurs versions du 1176

Enfin, il est important de préciser que pour obtenir un comportement électrique optimal, les compresseurs FET doivent réduire le niveau du signal en aval de la compression, et le ré-amplifier après celle-ci. Dans la plupart des cas, cette opération est réalisée par des transformateurs qui introduisent une distorsion harmonique plus ou moins appuyée, et souvent très appréciée des utilisateurs·rices.

Pour terminer, ces compresseurs sont sûrement les plus rapides de tous : ils offrent des variables temporelles qui peuvent atteindre une poignée de microsecondes seulement, ce qui en fait des outils de premier choix pour traiter toutes les sources dotées de transitoires ultra rapides (les instruments percussifs ou les voix par exemple).

Les compresseurs VCA

Techniques de mix : dynamique - Partie 2 / Les compresseurs VCA
Buss Compressor intégré à la console SSL Origin

Pour comprendre le fonctionnement des compresseurs VCA, prenons l’exemple du plus célèbre d’entre-eux, le fameux Bus Compressor de Solid State Logic . Présenté au grand public en 1977 lors du lancement de la série de consoles SSL 4000B, ce compresseur emploie un amplificateur contrôlé en tension (« Voltage Controlled Amplifier » ou VCA pour les intimes) afin d’effectuer la réduction de niveau désirée.

Ce type d’amplificateur, associé à un étage de détection et à un générateur de tension de commande, va permettre de réguler la tension électrique reçue en entrée (exprimée en décibels), et donc d’appliquer une réduction de niveau dépendante du seuil, du ratio, et des variables temporelles choisies en sortie.

Techniques de mix : dynamique - Partie 2 / Les compresseurs VCA
SSL 4000 et son Bus Compressor intégré

La particularité de ce type de machine est de proposer des performances audio à la fois beaucoup plus rapides que les circuits Opto et Vari-Mu (car la vitesse de balayage d’un VCA est extrêmement élevée), mais aussi beaucoup plus transparentes (car le taux de saturation harmonique produit est parfaitement négligeable, contrairement aux circuits FET).

C’est d’ailleurs bien souvent le premier choix des ingénieurs·es du son pour maîtriser la dynamique des groupes de pistes, qu’il s’agisse des stems ou du master stéréo. La plupart des utilisateurs·rices surnomment l’effet qu’il produit de « glue », car ce type de compresseur apporte une certaine cohérence sonore, et permet à plusieurs pistes traitées en simultané de « respirer » ensemble d’une manière assez naturelle, et en tous cas, toujours très musicale et très précise.

Techniques de mix : dynamique - Partie 2 / Les compresseurs VCA
SSL The BUS+ : version modernisée du Bus Compressor

Avec le temps, tu remarqueras peut-être qu’on distingue deux types d’architectures dans les circuits de compression VCA, baptisées « feedforward » et « feedback ». Ne t’inquiète pas, cela caractérise simplement l’ordre selon lequel le trajet du signal est organisé dans le circuit : dans le cas d’un circuit « feedforward » (rétroaction), l’étage de détection et le générateur de tension de commande sont situés en amont du VCA, et dans le cas d’un circuit « feedback » (réaction), l’étage de détection et le générateur de tension de commande sont situés en aval du VCA.

En pratique, chaque architecture possède son lot d’avantages et d’inconvénients, mais l’impact final sur le rendu sonore reste assez marginal. Pour l’anecdote, il existe même des compresseurs qui offrent la possibilité de varier continuellement de l’un à l’autre, pour le plus grand plaisir des plus geeks d’entre-nous.

Le cas particulier des limiteurs

Techniques de mix : dynamique - Partie 2 / Le cas particulier des limiteurs
Interface graphique du limiteur FabFilter Pro-L2

Tu liras souvent qu’un limiteur n’est en réalité qu’un compresseur avec un ratio d’au moins 10:1. Et même si techniquement, cette affirmation est juste (tu retrouveras d’ailleurs pléthore de compresseurs capables de traiter la dynamique du signal avec des ratios très élevés), il faut tout de même apporter une nuance. Les limiteurs modernes (en particulier les limiteurs numériques) ont beaucoup évolués au cours des dernières années et proposent désormais des temps de réaction ultra-rapides, voire quasi-instantanés, accompagnés de fonctions spécialement conçues pour augmenter le volume perçu par les auditeurs·rices. Toutes ces évolutions en font des outils à part entière, qu’il convient de dissocier des compresseurs classiques.

Ainsi, la plupart des limiteurs modernes sont capables de prévisualiser le signal pour adapter leur comportement (la fameuse fonction « Look Ahead »), mais aussi de sélectionner les plages dynamiques à traiter ou pas, comme les transitoires par exemple. De plus, ces processeurs disposent souvent de variables temporelles automatiques (« Auto Release » etc) pour s’adapter de manière intelligente à des signaux complexes tels que les groupes de pistes, ou bien même des morceaux entiers.

Bien évidemment, rien ne t’empêche d’utiliser ce type de traitement à n’importe quelle étape du mix. Mais en règle générale, c’est plutôt un outil que les ingénieurs·es du son réservent pour la phase de pré-mastering, car il s’avère extrêmement destructif pour la dynamique d’un morceau et il n’y pas de retour en arrière possible après lui (le fameux effet « Brickwall », qui écrase toutes les nuances dynamiques et transforme littéralement la forme d’onde de la piste en un bloc uniforme, semblable à une brique).

Les dé-esseurs

Techniques de mix : dynamique - Partie 2 / Les dé-esseurs
Dé-esseur hardware SPL 2230

L’un des principaux défis à résoudre lors de l’enregistrement des voix est la prédominance des consonnes sifflantes, mais aussi des portions très rapides des consonnes plosives. En résumé, la plupart des mots qui contiennent les lettres S, X, P, T etc.

Plusieurs raisons sont susceptibles de créer ce type de difficultés : une voix particulièrement stridente, une mauvaise technique de prise de son, une pièce mal traitée sur le plan acoustique, un micro inadapté à la source (généralement un micro à condensateur trop sensible) mais aussi et trop souvent une utilisation excessive de la compression. Dans le pire des cas, on ne s’en rend pas compte tout de suite, car ces consonnes ne semblent pas poser de problème majeur lors de la session d’enregistrement. Mais une fois arrivé·e à la phase de mixage, lorsqu’un compresseur est appliqué à la voix pour uniformiser le niveau, il arrive malheureusement souvent que tous les sifflements émis par la parole de l’artiste (ou tout simplement par sa manière de respirer) deviennent tellement imposants qu’il rendent la performance très désagréable à écouter.

C’est à ce moment précis qu’intervient le dé-esseur, un type de compresseur dédié à la suppression des consonnes sifflantes, qui privilégiera une zone de travail généralement situé entre 2 kHz et 6 kHz. Comme nous l’avons vu lors de notre explication de la détection parallèle, au cours de notre article précédent, un dé-esseur peut facilement être configuré à partir d’un compresseur classique équipé d’un circuit de « Side Chain » externe, utilisé en combinaison avec un égaliseur.

En pratique, cette méthode est rarement employée car elle nécessite d’immobiliser deux machines pour atteindre un résultat beaucoup plus facilement accessible avec un seul processeur dédié. Dans ce cas précis, un dé-esseur ne possède généralement que deux réglages : le seuil  de compression (Threshold) et la fréquence choisie. Le paramètre de seuil est parfaitement similaire à celui d’un compresseur/limiteur : il définit le niveau à partir duquel le processus de dé-essing commence. Le paramètre de sélection de fréquence, quand à lui, permet d’ajuster précisément la zone qui pose problème (là où les sifflements ressortent au maximum). Aujourd’hui, il existe même des plugins basés sur l’apprentissage automatique (« machine learning »), pensés pour supprimer plusieurs dizaines de résonances désagréables en quelques clics, comme le plugin Soothe 2 développé par Oeksound, entre autres.

Les expandeurs/gates

Techniques de mix : dynamique - Partie 2 / Les expandeurs/gates
Le plugin expander/gate fournit avec Protools

Les expandeurs/gates proposent un fonctionnement comparable à celui d’un compresseur (avec un seuil et un un ratio réglables, des variables temporelles ajustables, etc), mais ils sont généralement utilisés pour atteindre un objectif complètement opposé. En effet, là où le rôle d’un compresseur est de réduire la dynamique du signal traité en atténuant les niveaux les plus forts, le rôle d’un expandeur/gate est plutôt d’accentuer la dynamique en atténuant ou en supprimant complètement les niveaux les plus faibles de la piste. 

De plus, on utilise généralement un expandeur/gate pour masquer ou nettoyer certains problèmes de captation sur une prise microphonique, tels que des bourdonnements parasites d’un ampli de guitare lorsque l’artiste ne joue pas, ou bien encore la repisse (diaphonie) d’autres instruments dans un micro, comme par exemple le son des charlestons captés par le micro de grosse caisse.

De fait, c’est un outil particulièrement intéressant en situation live, ou bien encore en studio lorsque plusieurs musiciens·ennes jouent ensemble dans la même pièce. Enfin, même si le but premier des expandeurs/gates reste l’édition des prises, rien ne t’empêche de les employer à des fins plus créatives. Comme d’habitude, si ça sonne bien, c’est que c’est bien !

Recommandations d’achat

Si toi aussi tu souhaite t’équiper, voici quelques recommandations d’achat de périphériques hardwares et softwares qui ont fait leurs preuves dans d’innombrables studios professionnels au fil des années. Commençons par les versions modernes de compresseurs FET de type 1176, avec l’excellent WES Audio ng76 FET Compressor, ou bien encore le module IGS Audio Alter 500, très apprécié des home-studistes qui manquent d’espace mais qui veulent obtenir des performances sans concession. En termes de plugins, tu pourras aussi faire le choix d’utiliser le célèbre Universal Audio 1176 Classic FET Compressor, ou alors son concurrent direct, le CLA-76 Compressor / Limiter, développé en collaboration par Waves et l’ingénieur du son Chris Lord Alge.

Il en va de même pour les itérations actuelles du Bus Compressor de Solid State Logic, avec le nouveau SSL BUS+ (une version nettement améliorée de cette machine de légende), mais aussi une myriade de plugins tels que l’excellent SSL Native Bus Compressor 2, le Waves SSL G-Master Buss Compressor (qui en plus de ses qualités audio, a l’avantage d’être très abordable), ou bien encore le SSL 4000 G Bus Compressor développé par Universal Audio.

En ce qui concerne les limiteurs, notre conseil se portera exclusivement sur des version logicielles, bien plus pratiques et performantes que leurs homologues analogiques. On commence avec un classique moderne, le FabFilter Pro-L 2, très réputé pour sa transparence et sa capacité à offrir un maximum de volume perçu, puis on enchaîne avec le nouveau Waves L4 Ultramaximizer (descendant direct du plus célèbre limiteur logiciel de l’histoire). Pour terminer, en ce qui concerne les dé-esseurs et les expandeurs/gate, notre conseil sera d’utiliser exclusivement les plugins fournis avec ta STAN, car selon nous, ils remplissent parfaitement ces tâches utilitaires et tu n’auras pas nécessairement besoin d’aller dépenser ton budget ailleurs. 

Conclusion

Nous espérons que cet article t’a plu et qu’il t’a permis d’y voir encore un peu plus clair dans l’univers des traitements dynamiques. Dans quelques temps, nous entrerons de plein pied dans la pratique en partageant avec toi nos méthodes favorites pour atteindre un niveau de maîtrise dynamique sans précédent. En attendant, n’hésite pas à lire ou à relire nos articles concernant les techniques de mix : 

Techniques de mix : les balances
Techniques de mix : panoramique
Techniques de mix : égalisation / niveau débutant et intermédiaire
Techniques de mix : égalisation / niveau intermédiaire et avancé – Partie 1
Techniques de mix : égalisation / niveau intermédiaire et avancé – Partie 2
Techniques de mix : dynamique – Partie 1

Et surtout, prends le temps de partager ton point de vue et ton expérience sur l’emploi des différents traitements dynamiques avec la communauté dans les commentaires. C’est en échangeant ensemble que nous parviendrons tous·tes à progresser, pour s’approcher encore un peu plus près du mixage idéal. La suite au prochain épisode !

Comment trouvez-vous cet article ?

Évaluation: Votre: | ø:
Publicité

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *