de  Mix Jagger  |  Temps de lecture: 10 min
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Techniques d’enregistrement : les bois - Partie 1 / vignette
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La semaine dernière, nous abordions ensemble les techniques d’enregistrement liées aux cuivres, et aujourd’hui nous continuons notre exploration de la famille des vents en nous concentrant sur la captation microphonique des bois, en commençant par la flûte traversière, le piccolo et le saxophone. C’est parti !

Introduction

La noblesse et l’élégance des instruments issus de la famille des bois est sans pareil. Ils ont ponctué toute l’histoire de la musique, depuis les premières flûtes préhistoriques, jusqu’aux orchestres symphoniques, en passant par les formations de jazz.

Comme toujours dans la famille des vents, ces instruments nécessitent un savoir-faire très développé, tant pour les musiciens·nes qui les jouent, que pour les ingénieurs·es du son qui les enregistrent, car comme tu le sais déjà : tout est ici question de performance et d’interprétation, et quand la bonne prise passe, il ne faut pas la rater. Voici donc nos meilleurs conseils, glanés au fil des années, pour t’aider à réaliser des enregistrements de flûte traversière, de piccolo et de saxophone d’une qualité irréprochable.

La flûte traversière

Techniques d’enregistrement : les bois - Partie 1 / La flûte traversière
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Contrairement à la croyance populaire, dans la famille des bois, la flûte est probablement l’un des instruments les plus faciles à enregistrer avec précision. Sa sonorité très pure, à la fois douce et aérée, est facilement captée par la plupart des micros modernes. De plus, bien que certaines techniques de jeu puissent produire des attaques marquées (notamment pour jouer des accents au sein d’un orchestre), c’est un instrument qui ne présentera pas (ou très peu) de transitoires agressifs. Ici, tout se joue dans la tenue de la note, sa justesse et sa définition.

Pour bien aborder la session, il faut se rappeler que les notes aiguës seront plus proches de l’embouchure, tandis que les notes graves seront plus proches de la patte de l’instrument. Il faudra aussi être vigilant·e à ne pas placer le micro trop près de la flûte, afin d’éviter d’enregistrer les cliquetis des clés activées par le·la musicien·ne. En ce qui concerne la hauteur du micro, si tu l’installe à hauteur de tête, tu obtiendras un rendu plus aéré, mais si tu le place plus bas, tu obtiendras un rendu plus mat.

Choisir le placement à l’oreille: un must!

Au final, l’idéal est de choisir ton placement à l’oreille, en fonction de la position du·de la musicien·ne et de l’espace dont tu dispose. Mais dans l’écrasante majorité des cas, tu t’apercevras que la position idéale se situe généralement entre un et deux mètres de distance, en face du·de la musicien·ne, légèrement au dessus de l’instrument pour obtenir un son de soliste caractéristique du style musical classique.

En revanche, pour obtenir un rendu qui correspond mieux à la musique jazz, tu pourras utiliser la même méthode mais rapprocher ton micro à une distance située entre cinquante centimètres et un mètre. De cette manière, tu obtiendras un son plus ample et très chaleureux. Néanmoins une chose est sûre, ne positionne pas ton micro pile en face de la patte (contrairement à ce que nous avons pu voir avec les cuivres) car le son de la flûte ne se joue pas à cet endroit mais bel et bien sur l’ensemble du corps de l’instrument.

Le piccolo

Techniques d’enregistrement : les bois - Partie 1 / Le piccolo

La plus petite et définitivement la plus aiguë de toutes les flûtes nécessite une attention très particulière, car si son enregistrement n’est pas optimal, tu risque d’obtenir un son criard, strident et désagréable à l’oreille.

Par conséquent, un microphone qui offre une réponse en fréquences plus sombre sera le compagnon idéal pour capter toute l’authenticité du timbre de cet instrument, comme un micro à ruban par exemple. Néanmoins, certains micros à condensateur à large membrane feront aussi parfaitement l’affaire, à conditions de respecter quelques règles de placement.

La compression: une alliée de choix pour « calmer » le piccolo

En effet, le piccolo possède un niveau de sortie extrêmement élevé dans les hautes fréquences, il est donc préférable de positionner ton micro à environ trois mètres de distance, orienté vers le centre de l’instrument. De plus, si ton matériel te le permet, n’hésite pas à légèrement compresser le signal dès la prise afin d’atténuer les variations dynamiques qui sont souvent très conséquentes avec un piccolo.

Comme nous l’avons vu dans nos articles sur les traitements dynamiques, un compresseur plutôt lent (de type Vari-Mu ou Opto) sera un outil de choix ici. Choisis un temps d’attaque et de relâchement relativement lents, avec un ratio de 2:1 ou de 4:1, et ne vise pas plus de six décibels de réduction au grand maximum. De cette façon, tu obtiendras un rendu très satisfaisant est prêt à être mixé.

Le saxophone

Techniques d’enregistrement : les bois - Partie 1 / Le saxophone

Souvent considéré à tort comme appartenant à la famille des cuivres, le saxophone est bel et bien un instrument qui fait partie de la grande et belle lignée des bois. Comme sur une flûte, le son d’un saxophone provient simultanément de l’ensemble des trous présents sur le tuyau principal de l’instrument, et dans des proportions totalement différentes, pour chaque note jouée.

Contrairement aux cuivres, le pavillon du saxophone produit un son nasillard, à la fois très concentré et très agressif sur la plupart des notes. Et en réalité, seule la note la plus grave de la tessiture provient exclusivement du pavillon, alors que les notes des registres médium et aigu proviennent de la partie supérieure de l’instrument, et notamment des trous latéraux qui émettent cette sonorité boisée et velouté que nous apprécions tant.

Faire confiance à la pièce et à l’instrumentiste

En ce qui concerne le placement, tu découvriras vite que lors de leur échauffement, les saxophonistes trouvent presque toujours l’endroit dans la pièce (généralement à quelques dizaines de centimètres d’un mur) où le son de l’instrument leur semble le meilleur. Fais confiance à leur instinct, ce sera souvent le meilleur endroit pour laisser le·la musicienne s’exprimer et pour placer ton micro en conséquence.

Un placement de microphone minutieux

À ce titre, un micro à condensateur à large membrane ou un micro à ruban placé légèrement en biais devant le saxophone (entre quinze et trente degrés en dehors de l’axe du pavillon), à une distance située entre trente et quarante-cinq centimètres, à mi-hauteur des clefs, te permettra de capturer une sonorité très authentique.

Tu peux aussi t’amuser à faire varier la hauteur et l’inclinaison du micro pour obtenir une palette de couleurs différentes. En complément, si tu le souhaite, tu peux aussi essayer d’ajouter un micro supplémentaire sur le côté de ton choix (à une distance similaire à celle du micro principal) pour obtenir plus de profondeur dans les graves. Cependant, n’hésite pas à ajuster cette distance pour éviter de capter des bruits de clefs trop intrusifs. Pense aussi à inverser la phase sur ton préampli ou ta carte son, et choisis le réglage qui offre le rendu sonore le plus riche et agréable à l’oreille.

Recommandations d’achat

Du côté des condensateurs…

En ce qui concerne les micros à condensateurs à large membrane, débutons avec le modèle WA-47jr de la marque Warm Audio (placé sous la barre des 300 euros) : comme son nom l’indique, il s’agit d’une interprétation d’un célèbre micro allemand, conçu pour capter chaque son avec une grande transparence. Il dispose d’un double diaphragme recouvert d’or, d’une réponse en fréquences qui s’étend de 20 Hz à 20 kHz, d’un pad d’atténuation commutable de -10dB, d’un filtre passe-haut fixé à 70 Hz, mais surtout, il offre 3 directivités commutables (cardioïde, omnidirectionnelle, figure en huit). Le rapport qualité/prix de ce modèle est tout simplement imbattable et il te permettra de tester de nombreuses configurations pour enregistrer les bois.

Impossible de poursuivre sans citer l’excellent C414 XLII signé AKG, ce micro a fait ses preuves dans notre studio sur d’innombrables prises et s’est toujours avéré être parfaitement à l’aise sur l’ensemble de la famille des vents, notamment sur les saxophones : avec sa capsule CK12 et ses neuf directivités au choix, son filtre passe-haut commutable à trois positions (40 / 80 / 160 Hz), son pad d’atténuation commutable à trois positions également (-6 / -12 / -18 dB), et une réponse en fréquences qui s’étend de 20 Hz à 20 kHz, c’est un coup de coeur qui reste positionné sous le seuil psychologique de 1000 euros.

…ou des rubans

En ce qui concerne les micros à ruban, en premier lieu nous te conseillons de jeter un oeil (et une oreille) au modèle VR1 Voodoo de SE Electronics, il s’agit d’un micro bidirectionnel abordable (moins de 500 euros) qui possède une réponse en fréquences qui s’étend de 20 Hz à 18 kHZ, parfaitement adaptée aux bois.

Ensuite, dans la gamme supérieure (moins de 1000 euros), notre favori du moment est le modèle R-12 du célèbre fabricant Royer Labs. Bidirectionnel par nature et avec une réponse en fréquences qui s’étend de 30 Hz à 15 kHz, ce micro est idéal pour enregistrer toute la famille des vents, de plus il dispose d’un pad d’atténuation commutable de -15dB et d’un filtre passe-haut à 1 pôle (6dB/oct) intégré fixé à 100 Hz.

Enfin, si ton budget le permet, le N13 NUVO de la marque AEA sera un choix sans compromis : ce micro à ruban a été spécialement pensé pour capter des instruments en éliminant tout effet de proximité indésirable. Il offre une réponse en fréquences irréprochable qui s’étend de 20 Hz à 20 kHz et sera un outil idéal pour enregistrer une flûte traversière, un piccolo ou un saxophone, aussi bien dans un cadre classique que dans un cadre moderne.

Conclusion

Nous espérons que cet article t’a plu et qu’il t’a permis d’en apprendre un peu plus sur les méthodes de captation dédiées à la flûte traversière, au piccolo et au saxophone. Bien entendu, c’est une somme d’exercices où la pratique sera primordiale, alors n’hésite pas à acquérir le plus d’expérience possible en saisissant chaque opportunité qui se présentera à toi pour t’exercer et affiner tes placements. Lors d’un prochain article, nous nous intéresserons de plus près aux méthodes de captation des autres instruments issus de la famille des bois : la clarinette, le basson et contre toute attente, la cornemuse.

En attendant, n’hésite pas à lire ou à relire notre série d’articles concernant les techniques d’enregistrement :

Pour aller plus loin, prends le temps de partager ton point de vue, tes expériences et tes techniques favorites concernant l’enregistrement des vents avec la communauté dans les commentaires, c’est en échangeant ensemble que nous continuerons notre progression dans cet univers magique qu’est celui de la prise de son. 

La suite au prochain épisode !

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