de  Mix Jagger  | 5,0 / 5,0 |  Temps de lecture: 9 min
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Techniques d’enregistrement : le piano - Partie 3 - vignette
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Aujourd’hui, nous terminons notre apprentissage des techniques d’enregistrement dédiées au piano en mettant l’accent à la fois sur une configuration stéréo pseudo-coïncidente « made in France », sur les configurations stéréo combinées, et en passant en revue les meilleurs modèles de micros pour chaque application et chaque tranche de budget. C’est parti !

Introduction

Après avoir abordé ensemble les techniques de captation stéréo A/B, X/Y et Blumlein, c’est au tour de la configuration ORTF d’entrer en jeu. Nous verrons aussi comment combiner différentes techniques de captation afin d’obtenir un enregistrement encore plus précis et musical, et nous finirons par quelques recommandations pour tes choix de micros. Mais avant d’aller plus loin, nous te conseillons vivement de lire ou relire les épisodes précédents Techniques d’enregistrement : le piano – Partie 1 et Techniques d’enregistrement : le piano – Partie 2.

Configuration pseudo-coïncidente ORTF

Techniques d’enregistrement : le piano - Partie 3 - Configuration pseudo-coïncidente ORTF

Une autre famille de techniques représente un compromis presque parfait entre les méthodes espacées et coïncidentes : les configurations pseudo-coïncidentes (parfois aussi appelées quasi-coïncidentes). Celles-ci utilisent des microphones directionnels très faiblement espacés afin de capturer les informations de niveau et de différence temporelle (et donc de phase) du champ stéréo. D’une part, on pourrait dire qu’elles combinent la précision des techniques coïncidentes  (X/Y et Blumlein) avec le rendu musical plus immersif des techniques espacées (A/B). Et d’autre part, on pourrait aussi dire qu’elles permettent de travailler avec un choix de micros plus restreint et abordable, mais surtout d’éviter au maximum les risques liés aux problèmes d’annulation de phase.

L’une des grandes contributions françaises à l’univers de la musique enregistrée est sans aucun doute la configuration ORTF, qui a hérité son nom des initiales de l’Office de Radiodiffusion-Télévision Française. Cette configuration, assez similaire dans sa forme à une méthode X/Y, diffère par le fait qu’elle utilise pour sa part deux micros cardioïdes dont les corps sont superposés (et non les capsules, comme c’est le cas pour une prise X/Y) pour que les diaphragmes soient précisément espacés de 17 cm et forment un angle de 110°. L’idée derrière cette technique est de reproduire des champs stéréo similaires à ceux perçus par l’oreille humaine. Et pour cause, l’espacement des micros s’inspire (à peu près) de la distance entre les oreilles, et l’angle qui les sépare simule l’atténuation produite par la boîte crânienne. La configuration ORTF permet d’obtenir une image stéréo plus large que la configuration XY tout en préservant une quantité plutôt raisonnable d’informations mono. Il faut toutefois noter que les micros directionnels (cardioïdes, hypercardioïdes, etc.) souffrent généralement d’un déficit dans la représentation des basses fréquences à partir d’une certaine distance (le fameux effet de proximité), ce qui peut aussi parfois se traduire par un manque de richesse et d’énergie dans le rendu sonore. Lors de l’enregistrement d’un piano à queue, par exemple, le fait de placer une paire ORTF dans l’axe des marteaux avec le lid (couvercle) complètement ouvert, à plus ou moins 45 centimètres de distance, produira généralement un son très direct et donnera un bon équilibre entre les fréquences basses et aiguës de l’instrument.

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Configurations combinées

Techniques d’enregistrement : le piano - Partie 3 - Configurations combinées

Certain·es ingénieur·res du son font aussi parfois le choix de combiner les techniques évoquées afin de pallier aux inconvénients de certaines approches, pour au final ne profiter que des avantages de chacune.  Par exemple, on peut utiliser un micro omnidirectionnel en parallèle d’une paire stéréo coïncidente pour une meilleure réponse dans les graves. Une autre tactique courante consiste à mixer le signal d’une paire stéréo secondaire largement espacée et plus éloignée avec celui d’une paire principale coïncidente plus proche de la source. En réalité, les micros omnidirectionnels offrent généralement une ambiance sonore plus immersive car ils captent la quasi totalité de l’air qui se déplace dans la pièce, de plus, ils ont tendance à restituer une réponse très homogène dans les fréquences graves. La paire coïncidente, quant à elle, aura pour atout principal de combler le vide au centre de l’image stéréo des micros omnidirectionnels et d’améliorer la clarté et l’intelligibilité de l’ensemble. 

Une fois les principes de base assimilés, ces techniques combinées ne présentent pas de problème fondamental plus important que les techniques simples, mis à part les aspects pratiques liés au coût financier, à l’installation technique (câblage, nombre de préamplis nécessaires, etc.), au positionnement et à la vérification de phase des micros supplémentaires pendant l’enregistrement. Pour les sessions d’enregistrement de musique classique par exemple, l’approche la plus commune consiste généralement à choisir sa technique de microphone stéréo préférée, puis à rechercher le meilleur emplacement pour ce dispositif dans la pièce, en essayant de trouver une position qui équilibre les différents registres de l’instrument tout en offrant un niveau d’ambiance (les réflexions naturelles de la pièce) approprié. Pour ensuite y adjoindre un troisième micro ou une seconde paire stéréo dans le but ultime de créer une image cohérente et toujours plus représentative du timbre de l’instrument et du jeu de l’artiste.

Quelques conseils pour réussir un placement combiné 

Techniques d’enregistrement : le piano - Partie 3 - Quelques conseils pour réussir un placement combiné 

Contrairement à la croyance populaire, plus on accumule de micros, plus le positionnement de l’ensemble doit être précis. Car la principale difficulté réside dans le fait que les différentes fréquences émises par les cordes du piano et la table d’harmonie en bois sont affectées de manière inconditionnelle par le meuble dans son ensemble et notamment par le couvercle de l’instrument. Par conséquent, le son capté par les micros variera de façon extrêmement complexe lorsqu’on les changera de place. Et si placer tous ces micros peut parfois ressembler à un jeu de hasard, il n’en est rien en réalité.

Comme tu le sais déjà, le piano ne diffuse pas le son uniquement en deux dimensions, il faudra donc tenir compte de la hauteur à laquelle tu placeras tes différents micros, mais aussi des distances que tu choisiras. Comme pour le plan horizontal, les modifications sonores dues aux déplacements d’un micro sur le plan vertical sont complexes, mais certains principes peuvent te guider. Premièrement, rappelle-toi que les hautes fréquences émises par les cordes se propagent généralement en ligne droite, ainsi placer tes micros suffisamment haut pour qu’ils « voient » les cordes (par-dessus le bord du piano) te permettra d’obtenir un son plus brillant, clair et précis. Cependant, tout est question de justesse et d’équilibre (comme à chaque fois) : si tu places le micro trop haut et trop à l’avant du piano, le couvercle ouvert commencera à atténuer les hautes fréquences à son tour. Pour résumé, tu obtiendras généralement une reproduction optimale sur l’ensemble de la tessiture en plaçant tes micros juste en dessous de la ligne du couvercle ouvert. Tu pourrais choisir de les abaisser davantage, mais il faudra également tenir compte du fait que les réflexions de la table d’harmonie sur le sol seront plus prononcées dans l’enregistrement si tes micros sont placés plus bas, ce qui donnera un effet de timbre plus strident et moins agréable. À toi d’expérimenter et de trouver la combinaison idéale en fonction de l’instrument et de la pièce où tu effectueras ta session.

Le choix des micros 

Techniques d’enregistrement : le piano - Partie 3 - Le choix des micros

Terminons en examinant ensemble quelques exemples de micros plébiscités par les meilleur·es ingénieur·es du son du monde, afin de t’aider à faire ton choix. Les microphones à condensateur à large diaphragme sont une option assez courante? On peut, par exemple, citer le Neumann M149, le Neumann U87, ou bien encore le AKG C414 pour la prise de son rapprochée à l’intérieur du piano. Ces micros ont deux points communs importants. Premièrement, ils possèdent plusieurs options de directivité (dont une directivité omnidirectionelle). Deuxièmement, ils offrent une excellente représentation des basses fréquences et une restitution hors axe plutôt neutre pour des modèles à large diaphragme.

Les micros à condensateur à petite membrane sont également courants. On peut notamment citer les modèles de la série 4000, issue du catalogue de la marque DPA (Danish Pro Audio). Les modèles 4011A ou 4006A sont de bons candidats pour créer une paire X/Y à l’intérieur du piano, ou bien encore une paire A/B dédiée aux enregistrements d’ambiance. Enfin, impossible de terminer notre article sans citer le célèbre Neumann KM184, devenu un véritable classique au fil des années, tant pour les prises de proximité que pour les prises d’ambiance.

Conclusion

Nous espérons que cet article t’a plu. L’enregistrement du piano est une discipline à part entière qui nécessite une pratique et un perfectionnement sans fin. Chaque oeuvre, chaque artiste, et chaque espace t’amèneront à remettre tes acquis en question pour trouver la combinaison idéale. Mais ne t’inquiète pas, en respectant quelques principes de base, tu t’en sortiras toujours à merveille (et si tu as un doute en pleine session, tu pourras toujours consulter gearnews.fr en deux clics).

Pour conclure, n’hésite pas à lire ou à relire notre série d’articles sur les techniques d’enregistrement, Techniques d’enregistrement : la batterie / niveau débutant et intermédiaire, Techniques d’enregistrement : la batterie / niveau intermédiaire et avancé, Techniques d’enregistrement : les percussions traditionnelles, Techniques d’enregistrement : le piano – Partie 1 et Techniques d’enregistrement : le piano – Partie 2. Mais surtout, prends le temps de partager ton expérience personnelle et tes techniques concernant la captation du piano avec la communauté dans les commentaires. C’est en échangeant ensemble que nous continuerons tous à progresser. L’équipe de gearnews.fr te souhaite une merveilleuse année 2026, pleine de bonne musique. La suite au prochain épisode !

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