Le pouvoir de l’arrangement dans la production musicale
Techniques d'arrangement pour tes sons
On va aborder l’importance de l’arrangement dans le processus d’écriture et de production musicale, ainsi que des éléments qui renforcent l’impact des chansons quand ils sont bien maîtrisés.
Dans cet article
Même si ce n’est pas l’aspect le plus fun de la production musicale, l’arrangement a le pouvoir de transformer un brouillon en morceau. Façonner la structure temporelle du morceau et choisir quels instruments jouent dans chaque section, c’est finalement ça qui crée l’expérience de l’auditeur avant même que les outils de mixage comme la compression, l’égalisation et la saturation n’entrent en jeu.
Combien de fois t’est-il arrivé de créer une boucle de huit ou seize mesures avec un son incroyable, mais qui, une fois arrangée, semblait quand même un peu plate ? Il y a peut-être trop d’éléments qui se disputent l’attention, ou pas assez pour porter l’énergie du morceau. Peut-être n’y a-t-il pas assez de contraste entre chaque section, la mélodie principale n’est pas mise en avant, ou il manque de suspense avant un moment clé du morceau.
Créer de l’énergie
Pour créer de l’énergie et du mouvement dans les différentes sections, il ne suffit pas d’augmenter le volume de tous les éléments de ton arrangement. Au contraire, ce changement peut se produire quand on ajoute, supprime ou modifie des parties individuelles, créant ainsi un contraste entre densité et clarté. Alors qu’un couplet peut contenir un pattern de batterie, une ligne de basse et quelques accords simples, le refrain doit changer l’énergie dès qu’il arrive.
Ça se fait grâce à des percussions supplémentaires, des riffs de guitare, des couches de synthé et des chœurs qui augmentent l’ampleur et la profondeur du mix sans pour autant augmenter de manière significative le niveau du bus master. Sinon, en créant un pré-refrain ou un pont minimaliste avec une partie mélodique ou un riff bien ciblé, on peut faire exploser le refrain de manière encore plus spectaculaire quand il arrive.
Parfois, monter subtilement le son avec des automations ne donne tout simplement pas le punch dont on a besoin. Dans ce cas, le simple fait de couper certains canaux quand le morceau entre dans des passages plus épurés peut créer cette soudaine montée en puissance dont tu as besoin. Ça peut aussi t’aider à renforcer l’idée de ne faire jouer à tout moment que les éléments essentiels à chaque section particulière de l’arrangement.
Utiliser moins d’éléments peut donner plus d’ampleur au morceau
L’une des erreurs les plus courantes qu’on peut commettre dans les arrangements, c’est de laisser tous les éléments jouer pendant toute la chanson. Même les morceaux les plus simples et basés sur des boucles de Daft Punk comportent des changements transformateurs qui guident l’auditeur tout au long de l’expérience ; la clé, c’est de savoir quels éléments sont tes points centraux et lesquels ne sont que des éléments de soutien.
Imagine, par exemple, une track de rock où toutes les guitares, le chant, les claviers et la batterie joueraient sans arrêt pendant toute la durée du morceau. Même si on s’est assuré que chaque instrument sonne bien pris individuellement, le fait de les mélanger tous peut rendre l’écoute lassante et même réduire la clarté des parties mélodiques, qui sont pourtant clés.
Pour résoudre ce problème, il faut créer de l’espace dans ton son pour que chaque élément puisse vraiment s’exprimer. Même des modifications simples, comme supprimer le dernier temps fort de la grosse caisse avant un refrain ou faire taire la basse pendant une transition, peuvent renforcer l’impact global. Ta voix principale est toujours au premier plan, donc baisser les guitares sous les phrases clés ou retirer les percussions à haute fréquence dans le couplet permet de la garder bien en avant.
Le contraste donne du sens aux sections
L’une des principales raisons pour lesquelles le refrain d’un morceau dégage autant de puissance tient à la structure du couplet qui y mène. « Smells Like Teen Spirit » de Nirvana en est l’un des meilleurs exemples, car chaque élément du couplet, en particulier la mélodie vocale et la dynamique de l’interprétation, s’intensifie pour créer une anticipation parfaite du refrain.
À l’inverse, si chaque section (qu’il s’agisse du couplet, du pré-refrain ou du refrain) est composée des mêmes instruments, du même registre et de la même densité, l’auditeur a du mal à identifier les moments clés de la chanson. Pour créer un contraste entre les sections, on peut utiliser différentes caractéristiques structurelles comme outils pour créer ce qu’on appelle la dynamique d’arrangement.
Alors que la densité te permet de passer de quelques éléments à beaucoup, ou l’inverse, l’utilisation du registre peut créer une intimité avec des intervalles de hauteur restreints ou s’élargir avec des mouvements plus amples vers les aigus. Et surtout, des aspects comme le rythme, la dynamique, le timbre et la largeur stéréo peuvent aussi servir de base pour créer un contraste marqué au sein de l’arrangement de ta chanson.
Capter l’attention de l’auditeur
En matière d’arrangement, un bon producteur cherche toujours à attirer l’attention de l’auditeur sur différents moments tout au long du morceau. Les paroles et le message qu’elles véhiculent ont bien sûr un rôle à jouer ici, car certaines phrases vocales importantes doivent parfois occuper le devant de la scène pour que l’auditeur en garde un souvenir entêtant.
Le raisonnement derrière tout ça n’est pas si abstrait que ça. Si on imagine un groupe de musiciens en train de jammer ensemble, pour qu’un soliste puisse occuper le devant de la scène, les autres musiciens simplifient naturellement leurs parties pour lui laisser de l’espace. Quand il y a un glissement ou un fill de basse spectaculaire, par exemple, on peut appliquer ce concept en réduisant la complexité des instruments qui l’entourent.
Dans les productions électroniques denses qui ne sont pas portées par le chant, c’est particulièrement important, car il faut une sorte de hiérarchie qui permette à l’auditeur de discerner les éléments principaux au sein d’un vaste paysage sonore en mouvement. Tout comme au mixage, on utilise l’espace 3D apparent entre le premier plan et l’arrière-plan, et ça s’avère aussi utile dans l’arrangement.
Un substitut au traitement ?
Quand vient le moment de mixer un morceau, la clarté devient l’une des principales priorités. Mais si on n’a pas soigneusement passé au crible notre arrangement, on risque en fait de se créer des obstacles plus tard dans la production. Dans une partie du morceau qui sonne un peu saturée, par exemple, le simple fait de retirer un pad de synthé peut résoudre complètement le problème, sans même avoir besoin de toucher à l’égaliseur.
De la même manière, une partie vocale qui semble un peu noyée peut soudainement ressortir au premier plan du mix sans que la guitare ne joue en même temps. Par ailleurs, la relation fondamentale entre la grosse caisse et la basse peut parfois être considérablement améliorée en modifiant le motif de la ligne de basse. Dans chaque cas, les problèmes qui se posent sont souvent bien plus faciles à résoudre grâce à des techniques d’arrangement.
Une façon de mettre ça en pratique dans chaque morceau que tu composes, c’est de passer 20 minutes à te concentrer exclusivement sur les instruments nécessaires dans chaque section. Du coup, tu te rendras peut-être compte que ton morceau n’avait pas vraiment besoin de plus de mixage, mais plutôt de devenir une histoire plus claire, plus facile à suivre pour l’auditeur.
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