Mosaiq 26 d’UVI : l’outil qui te sort de la page blanche sans te sortir de ta zone de confort
Le dernier synthé software d'UVI en test!
Sur le banc d’essai aujourd’hui, Mosaiq 26, dernière mise à jour de l’instrument virtuel signé UVI. Au programme : quatre nouvelles banques de sons et un nouveau mode de jeu Keys, dédié au jeu expressif au clavier. J’ai testé tout ça dans Ableton Live 12 et spoiler, ça m’a gardée occupée quelques heures!
Sommaire
Mosaiq 26, kézako ?
Si tu ne connais pas encore Mosaiq, voilà l’essentiel. C’est un instrument virtuel pensé pour la création rythmique et les motifs musicaux, basé sur des échantillons répartis sur huit pistes paramétrables (une par touche blanche, sur une octave) depuis un onglet Sound. Chaque piste dispose de cinq voix pour charger des sons, avec des contrôles de niveau, de tonalité, de hauteur et de panoramique.

Un séquenceur MIDI, un processeur multieffets avec cinq emplacements (trois librement assignables et deux fixes dédiés au délai et à la réverbe) ainsi que des outils de modulation et d’animation sonore complètent le tableau. Côté prise en main, si tu as déjà utilisé Arcade d’Output ou la série Playbox de Native Instruments, tu seras en terrain connu : on choisit une collection, on sélectionne un preset, on maintient une touche enfoncée pour déclencher une boucle, et on navigue entre les notes pour alterner les motifs. C’est fait pour aller vite, générer des idées, poser les fondations d’un morceau. En tout cas, c’est comme ça que je l’utilise !
Une mosaïque qui gagne quatre nouveaux carreaux
Quatre nouvelles collections au menu, suffisamment distinctes pour ne pas se marcher dessus, même si, je vais être honnête, elles restent dans un esprit assez similaire à ce qui était déjà proposé. Où sont les sonorités plus exotiques, plus surprenantes ? C’est le risque avec ce genre d’instrument : à force d’ajouter des collections, tout finit un peu par se ressembler. Cela dit, voilà ce qu’on trouve :
- Ethereal, une collection de textures atmosphériques avec des arpèges, des nappes, des cordes, des voix, des guitares et des séquences rythmiques
- French Club, orientée club, avec une large palette d’instruments : guitares, claviers (clavinet, piano électrique, Rhodes), cuivres, basses, séquences et voix
- Y2K, qui recrée les esthétiques du début des années 2000 (coucou les slims trop slims, la Tecktonik et les Tamagochis) avec des arpèges, des leads, des nappes Supersaw, des basses et des voix
- Broken Beats, la plus chaotique des quatre, avec des sonorités distordues et des motifs rythmiques saturés




Comme dans les autres collections de Mosaiq, chacune intègre ses propres sons de batterie, d’instruments et des accords. Mais la vraie nouveauté de cette version, je t’en parlais plus tôt, c’est le mode Keys. Dans les versions précédentes, Mosaiq fonctionnait sur une logique de boucles déclenchées par les touches, chaque note correspondant à une séquence. Le mode Keys introduit une seconde logique : jouer librement des idées mélodiques ou harmoniques depuis un contrôleur MIDI, comme avec n’importe quelle banque de sons. En revanche, attention : le module Motion est désactivé lorsque le mode Keys est activé. C’est dommage ! Si tu ne sais pas encore ce qu’est le module Motion, j’y viens.
Un lecteur de boucles, mais pas que !
Ce qui distingue Mosaiq 26 d’un simple lecteur de boucles, c’est le niveau de contrôle disponible. En plus de l’onglet Sound abordé plus haut, un onglet Edit met à disposition :
- un filtre résonant avec trois modes (coupe-bas, passe-bande, coupe-haut)
- une enveloppe ADSR
- un LFO
- un séquenceur à pas pouvant aller jusqu’à 64 pas
- un égaliseur à trois bandes
- une fonction d’humanisation de la vélocité et du panoramique

On arrive doucement mais sûrement au troisième module, el famoso Motion, qui mérite qu’on s’y attarde. Il propose trois modes de fonctionnement distincts, chacun avec sa propre logique pour générer des motifs. L’arpégiateur, le plus classique des trois, travaille sur 32 pas (ou moins), avec un éditeur de vélocité par pas et six modes de jeu : dans l’ordre des notes jouées, montant, descendant, montant-descendant, accord répété, ou aléatoire musical.
Le Phraser, lui, fonctionne différemment. D’abord il ne compte que 16 pas maximum, et permet d’assigner un décalage de hauteur en demi-tons à chaque pas, et de cibler une voix précise parmi les cinq disponibles (individuellement ou toutes simultanément). C’est l’outil le plus fin des trois pour sculpter une ligne mélodique à partir d’un son, c’est aussi, à mon sens, le plus tricky à configurer. Le séquenceur de notes, enfin, offre jusqu’à 16 pas avec activation note par note, randomisation manuelle ou automatique à chaque boucle via l’option Auto-Random. Les trois modes partagent un réglage de swing global et peuvent être synchronisés au tempo de la STAN ou fonctionner en tempo libre.
Et si ton preset idéal était à un clic seulement ?
L’ensemble permet de façonner avec une précision chirurgicale le son, soit en partant des presets fournis, soit en important des sources audio externes (sympa si on veut profiter de l’écosystème sans être limité·e par le genre musical des collections fournies). D’ailleurs, parlant de sources sonores, arrêtons-nous quelques instants sur une fonction que j’ai particulièrement appréciée : Mutate. Il peut arriver que le son produit par l’instrument soit proche de ce qu’on recherche, sans pour autant être exactement ça. C’est là que la fonction Mutate prend tout son sens !
Elle remplace les sources sonores d’un preset par d’autres selon un principe de proximité (contrairement à une randomisation standard qui se préoccupe de tout sauf de la cohérence des sons proposés). Le résultat reste généralement cohérent avec l’esthétique de départ, donc c’est plutôt agréable (et utile !). Une fonction plus radicale, Generate, génère quant à elle un preset entièrement nouveau depuis zéro. J’ai davantage utilisé Mutate, car c’était souvent dans une situation où je voulais juste tweaker un peu le son, pas tout changer. À noter que les deux fonctions sont disponibles à l’échelle globale ou individuelle, ce qui laisse la possibilité de verrouiller certains éléments pendant qu’on en fait évoluer d’autres.

Un instrument accessible, pour crafter des idées, mais aussi pour la scène ?
La gestion des accords mérite une attention particulière, notamment pour les musicien·nes qui ne jouent pas forcément de clavier. Les 240 banques d’accords sont sélectionnables, verrouillables et randomisables (tout comme la gamme choisie d’ailleurs), mais le mode Learn permet aussi d’enregistrer ses propres accords jusqu’à cinq voix, puis d’en mélanger les voix.
En jeu en direct, cinq touches noires nommées Key Modifiers (de C#2 à A#2) déclenchent des effets en temps réel (filtre coupe-bas, filtre coupe-haut, déphasage, pitch bend bas et pitch bend haut), avec une réponse à la vélocité qui ajuste la portée et la vitesse de chaque effet (j’ai toujours eu du mal à coordonner mes mains quand j’utilise une molette de modulation, ça règle le problème, c’est merveilleux). Ces Key Modifiers donnent à Mosaiq 26 une dimension live concrète et suffisamment réactive pour être utilisée sur scène, ou en tout cas, pour du jeu en direct. Et en un clic, il est possible de faire glisser les accords ou la progression directement dans la fenêtre d’arrangement de la STAN.
Varispeed, Redux, délai, réverbe : les effets qui font la différence
Côté effets, trois emplacements libres permettent d’insérer au choix un overdrive multimode (tube, diode, numérique), un effet granulaire, un flanger, un chorus, un phaser, un émulateur lo-fi Redux ou un outil de modification tonale basé sur convolution. Le délai fixe (en envoi) propose quatre modes (Digital, Tape, Diffusion, Velvet) et la réverbe en offre six (Parametric, Hall, Cathedral, Plate, Spring, Surreal).
On peut changer de chaîne d’effets à la volée, choisir parmi les 100 variantes proposées, verrouiller son choix avant de changer de preset, et deux LFO supplémentaires permettent de moduler les paramètres d’effets indépendamment. Une autre fonction que j’ai adorée, c’est le Varispeed (quantifié ou non), qui permet de modifier le tempo d’un preset indépendamment de la synchronisation à la STAN, utile pour décaler subtilement le groove d’un motif sans le ruiner. C’est d’ailleurs là que je regrette l’absence d’une collection hip-hop ou boom-bap dans Mosaiq : Varispeed + drums boom-bap, c’est typiquement le genre de combo qui me donne envie de ne plus fermer ma STAN.

Mosaiq 26 : pour qui, pour quoi, à quel prix ?
Mosaiq 26 est un outil solide, qui fait ce qu’il promet : générer des idées rapidement, avec un niveau de contrôle qui va bien au-delà du simple lecteur de boucles. Le mode Keys est une vraie bonne idée, les fonctions Mutate et Generate sont utiles au quotidien, et la chaîne d’effets est suffisamment riche pour éviter de sortir du plug-in à chaque fois qu’on veut tweaker un son. Les Key Modifiers donnent une dimension live réelle, et l’export MIDI des accords par glisser-déposer est le genre de petite chose qui fait gagner beaucoup de temps.
Cela dit, quelques points font tiquer. Le mode Motion désactivé en mode Keys, c’est dommage, on aimerait pouvoir combiner les deux approches. Les nouvelles collections sont bien faites, mais restent dans un esprit sonore proche de ce qui existait déjà : pas de vraie surprise, pas de prise de risque. Et le CPU peut vite souffrir quand on commence à empiler les instances, surtout sous UVI Workstation.
Côté tarif, la mise à niveau à 39 € est honnête pour ce que ça apporte. Le prix de lancement à 99 € au lieu de 199 € est également une bonne entrée si tu ne connais pas encore l’instrument. Mosaiq 26 ne réinvente pas la roue, mais il la fait tourner un peu plus vite et un peu plus loin, et puis c’est français, et ça fait plaisir. Si tu cherches un outil d’inspiration rapide et polyvalent, c’est une mise à niveau qui vaut le détour. À toi de jouer !
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