de  Mix Jagger  |  Temps de lecture: 12 min
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Techniques de mix : effets temporels - Partie 2 / vignette
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Aujourd’hui, nous poursuivons notre découverte des techniques de mixage liées à l’utilisation des effets temporels, en nous intéressant de plus près au délai. Mais alors, quelles techniques employer pour en tirer un maximum de profit au sein d’une session ? Voyons ça ensemble, c’est parti !

Introduction

Comme tu le sais, les fonctions assignées aux effets temporels dans un mixage professionnel sont multiples et variées : recréer un environnement acoustique réaliste, inventer un espace sonore imaginaire, ou bien encore jouer sur l’ampleur et/ou la profondeur perçue d’un titre, entre autres. Pour résumer, ces traitements viennent compléter les phases précédentes de balance, de placement panoramique, de compression et d’égalisation, toutes indispensables pour obtenir un résultat de haute qualité. Et dans le but d’améliorer la spatialisation d’une piste et/ou de stimuler l’attention de l’auditoire, le délai est, sans aucun doute possible, l’effet qui te rendra les plus fiers services.

Si tu as besoin de t’équiper, voici un rapide rappel de nos recommandations d’achat concernant les meilleurs plug-ins de délai disponibles actuellement : le modèle Echoboy de Soundtoys, avec ses quatre modes de retard distincts, Single Echo, Dual Echo, Ping-Pong et Rythm Echo ; le modèle Timeless 3 de FabFiler, une simulation de délai analogique à bande accompagnée de nombreux effets bien pratiques ; et le modèle H-Delay de Waves, un classique avec ses deux modes de retard différents, accompagnés d’une section de modulation qui trouvera rapidement son utilité pour employer des techniques plus avancées, dont nous parlerons en fin d’article.

Quelques principes pour bien démarrer

Techniques de mix : effets temporels - Partie 2 / Quelques principes pour bien démarrer
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Avant de commencer, n’oublie pas de bien déterminer ton objectif. Pour t’aider, quelques principes de base très efficaces te permettront de mieux projeter le résultat que tu souhaites atteindre grâce au délai.

Premièrement, commence toujours par imaginer le son sur lequel tu es en train de travailler dans un espace acoustique, puis commence à réfléchir aux différentes manières de recréer cet espace autour de lui. Cet exercice permet généralement de gagner du temps, car il s’avère bien plus rapide que d’expérimenter différents effets préréglés jusqu’à trouver par hasard un son qui te plaît (même si cette dernière méthode peut aussi fonctionner quand on manque d’inspiration). N’oublie pas que l’espace acoustique créé artificiellement n’a pas besoin d’être naturel. En réalité, tant qu’il s’accorde avec le style musical et l’esthétique de l’artiste, tout est possible.

Ensuite, rappelle-toi toujours que des délais brefs donnent une impression d’ampleur à l’oreille, alors que des délais plus longs ont tendance à reléguer le son au second plan dans le mixage. Le point de bascule se situe généralement autour de cent millisecondes. N’hésite pas à expérimenter avec des réglages extrêmement rapides (inférieurs à trente ou cinquante millisecondes) si tu souhaites positionner ta piste au premier plan, et à l’inverse n’hésite pas à expérimenter avec des réglages très longs (supérieur à deux-cent-cinquante ou cinq-cents millisecondes) si tu souhaites positionner ta piste en arrière-plan.

Synchronisation au tempo ou délai libre

Si le délai est synchronisé avec le tempo du morceau, il ajoutera une touche de profondeur sans être trop perceptible par l’oreille des auditeurs·ices. C’est la raison pour laquelle la plupart des ingénieurs·es du son règlent le rythme des répétitions sur le tempo du morceau. Cela permet au délai de respirer avec la musique et d’ajouter une légère sensation de réverbération au son traité. Mais surtout, cette synchronisation donne l’impression que le délai disparaît naturellement sous forme de répétitions discrètes et fluides, tout en apportant une touche de sophistication au mix sans jamais être trop intrusif.

À contrario, si le délai n’est pas synchronisé avec le tempo du morceau, il ressortira beaucoup plus dans le mixage. Mais dans certains cas, c’est exactement ce que tu chercheras à accomplir. Et paradoxalement, la meilleure façon d’y parvenir est de commencer par synchroniser le délai au tempo de la session, puis de poursuivre en désactivant cette synchronisation et en modifiant très progressivement l’espace entre chaque répétition, jusqu’à obtenir l’effet désiré. Tu t’apercevras que plusieurs options seront possibles, et en général, elles apparaîtront toutes comme des petites évidences très satisfaisantes au moment où tu les entendras.

Méthodes de calcul pour régler un délai

Techniques de mix : effets temporels - Partie 2 / Méthodes de calcul pour régler un délai

Rappelons d’abord comment déterminer le tempo d’un morceau à l’oreille, et à titre d’exemple, nous utiliserons la signature rythmique la plus commune au monde : 4/4. Pour y parvenir, c’est très simple, il suffit de compter le nombre de noires entendues pendant quinze secondes (soit un quart de minute), puis de multiplier le résultat par quatre. Par exemple : 30 noires x 4 = 120 bpm. Facile ! Maintenant, si le morceau a un tempo de 120 bpm, la durée d’une noire est de 1/2 seconde (60 secondes ÷ 120 bpm = 0,5 seconde). Par conséquent, un délai d’une noire dure 0,5 seconde, soit 500 millisecondes (0,5 × 1000 ms par seconde). Ensuite, pour obtenir un délai d’une croche, il suffit de diviser le résultat précédent par deux (500 ms ÷ 2 = 250 ms). Divise-le encore par deux pour obtenir un délai d’une double croche (250 ms ÷ 2 = 125 ms), etc.

Il est également possible (et parfois même préférable) d’utiliser d’autres divisions rythmiques, telles que les triolets ou les croches pointées pour créer un effet sonore plus intéressant, et qui pourrait s’avérer encore plus cohérent avec ton mix. Ces durées de notes impaires peuvent être déterminées à l’aide des formules suivantes : durée du délai à la noire × 0,667 = valeur ternaire. Par exemple : 500 ms (délai à la noire pour un tempo de 120 bpm) × 0,667 = 333,5 ms (triolet de noires). Mais encore : durée du délai à la noire × 1,5 = valeur pointée. Par exemple : 500 ms (délai à la noire pour un tempo de 120 bpm) × 1,5 = 750 ms (noire pointée). Comme pour les notes continues (noire, croche, etc.), tu pourras multiplier ou diviser les valeurs ci-dessus par deux jusqu’à obtenir la durée souhaitée. Bien entendu, la plupart des sessions sont enregistrées au tempo du morceau, tu n’auras donc même pas besoin d’effectuer ces calculs, mais malheureusement ce n’est pas toujours le cas, alors ça vaut la peine de savoir comment te débrouiller seul·e, en apprenant à faire confiance à tes oreilles.

Le dosage des répétitions

Sur la plupart des plug-ins, le nombre de répétitions est réglé par le paramètre Feedback (parfois aussi appelé Regen). Il sert à réinjecter une portion du signal sortant dans l’entrée. Son intensité est généralement exprimée en pourcentage : 0 % correspondant à une unique répétition, et 100 % à une boucle infinie de répétitions qui finissent par auto-osciller.

Dans quasiment chaque projet musical, une règle tacite prédomine : la meilleure façon de choisir le nombre de répétitions est d’en avoir suffisamment pour combler un vide dans l’arrangement ou pour occuper l’espace jusqu’à l’événement sonore suivant, mais pas plus. Comme nous l’avons vu dans notre article précédent, l’objectif ici est de stimuler l’attention du public et de combler les temps morts musicaux qui peuvent survenir au sein d’un morceau. Prenons l’exemple d’une voix lead : les répétitions seront placées dès la fin d’une phrase (souvent sur la dernière rime ou le dernier mot) et s’arrêteront au début de la phrase suivante. À chaque fois, n’hésite pas à créer des automations dans ton logiciel hôte pour t’assurer que le délai est bien sous contrôle et qu’il n’apparaît dans le mixage qu’aux moments où tu le décides.

Techniques de délai classiques

Techniques de mix : effets temporels - Partie 2 / Techniques de délai classiques

La grande majorité des ingénieurs·es du son utilisent des configurations de délai standard : un délai court associé à un délai long ; un délai court associé à un délai moyen et à un délai long, etc. Le tout avec différentes signatures rythmiques : des noires, des croches, des doubles croches, des croches pointés, des triolets, etc. Dans la plupart des cas, ces délais sont configurés dans le template bien avant la préparation de la session, mais leur durée précise est déterminée au mixage, toujours en fonction du morceau du jour.

Ces différents délais sont généralement placés aux extrêmes du plan panoramique (mais comme toujours, toutes les options restent possibles). Par exemple : un délai court réglé à la croche au centre du mixage pour donner de l’impact à la voix lead, un délai moyen réglé à la croche pointée à gauche pour positionner les guitares au second plan, et un délai long réglé sur un triolet de noires à droite pour y envoyer différents types de sons de manière dynamique, une touche de guitare, une touche de clavier, etc. Bien sûr, ce ne sont que des exemples, et le choix des notes, des durées, et du placement panoramique dépendra entièrement de l’ambiance sonore du morceau. Il faut généralement faire des essais pour trouver la combinaison idéale. N’hésite pas à expérimenter au maximum avant d’arriver au studio, pour trouver les recettes qui te conviennent le mieux, et pense à sauvegarder tes réglages dans ton template favori. N’oublie pas que le temps est précieux en session, les artistes n’auront probablement pas la patience d’attendre que tu cherches le bon réglage en permanence. Dans l’idéal, tu dois pouvoir leur proposer en quelques secondes et passer à une autre tâche.

Techniques de délai avancées

Voici quelques techniques que nous avons glanées au fil des années, n’hésite pas à t’en inspirer et à les adapter à ton propre style.

Pour simuler une prise doublée, applique un délai stéréo synchronisé au tempo du morceau, réglé à la double croche, puis combine-le avec un effet de chorus pour moduler sa hauteur. Les légères variations de tonalité engendrées vont te permettre de créer une sensation d’épaisseur inimitable sur le son. Plus la modulation sera aléatoire, plus le résultat sera réaliste, alors n’hésite pas à tout automatiser en fonction des temps forts et faibles du morceau, même le chorus en lui-même. C’est un effet qu’on retrouve dans quasiment toutes les chansons pop actuelles, notamment sur les voix lead lors des refrains, et qui fonctionne merveilleusement bien.

Pour créer un effet claquant (Slap-Back), qui te permettra de donner de la personnalité à une prise tout en n’occupant pas trop d’espace dans le mix, configure un délai mono de 250 ms environ, avec quelques répétitions (deux ou trois au grand maximum) et place-le exactement au même endroit sur le plan panoramique que la piste traitée. Ensuite, filtre ce délai à l’aide d’un coupe-bas non résonant avec une pente plutôt douce (6dB/oct ou 12dB/oct, par exemple). C’est un effet qu’on retrouve dans quasiment toutes les chansons folk et rock actuelles, notamment sur les guitares dans les ballades, mais aussi très souvent sur les voix lead dans les morceaux rap et trap.

Pour donner un maximum d’ampleur à une prise, place la piste originale à l’extrême gauche ou à l’extrême droite (sans mauvais jeu de mots), et place un délai à l’opposé (donc aussi à l’extrême gauche ou à l’extrême droite). Il est impératif que tu règles ce délai avec une durée entre les répétitions qui soit inférieure à 100 ms afin que l’oreille ne dissocie pas trop les deux sons et que l’auditeur·ice ait la sensation qu’ils ne fassent qu’un. On appelle cette technique le Hard Panned Delay, et on la retrouve dans la quasi-totalité des productions professionnelles, à un moment ou à un autre du morceau, notamment sur les guitares saturées, les chœurs vocaux, ou les doublages de voix lead dans les refrains.

Conclusion

Techniques de mix : effets temporels - Partie 2 / Conclusion

Nous espérons que cet article t’a plu, et qu’il t’a permis de mieux comprendre les techniques liées au délai, pour te permettre d’avancer encore un peu plus loin dans ton apprentissage du mixage. Dans les semaines qui viennent, nous approfondirons encore un peu les deux autres familles d’effets temporels (réverbération et modulation) en partageant avec toi beaucoup d’autres méthodes pratiques, éprouvées au fil de nos sessions en studio.

En attendant, n’hésite pas à relire notre série d’articles consacrés aux techniques de mix :

Techniques de mix : les balances
Techniques de mix : panoramique
Techniques de mix : égalisation / niveau débutant et intermédiaire
Techniques de mix : égalisation / niveau intermédiaire et avancé – Partie 1
Techniques de mix : égalisation / niveau intermédiaire et avancé – Partie 2
Techniques de mix : dynamique – Partie 1
Techniques de mix : dynamique – Partie 2
Techniques de mix : dynamique – Partie 3

Techniques de mix : effets temporels – Partie 1

Mais surtout, prends le temps de partager ton expérience, ton point de vue et tes questionnements avec la communauté dans les commentaires. C’est en échangeant ensemble que chacun·e d’entre nous pourra continuer de progresser. La suite au prochain épisode !

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