de  Mix Jagger  | 5,0 / 5,0 |  Temps de lecture: 11 min
Publicité
Techniques de mix : effets temporels - Partie 1 / vignette
Publicité

Une des caractéristiques principales qui distingue un mixage amateur d‘un mixage de qualité professionnelle est, sans aucun doute possible, l’utilisation créative des effets temporels. Voici donc nos meilleurs conseils pour réussir à tous les maîtriser, et les mettre au service de tes productions. C’est parti !

Introduction

Une fois les étapes de balance, de placement panoramique, d’égalisation et de traitement dynamique effectuées, c’est le moment pour les ingénieurs·es du son d’entrer en phase de création et d’ajouter une dimension supplémentaire au morceau du jour. Précisons qu’ici, le terme dimension n’est pas vain, car le rôle des effets temporels dont nous allons parler durant les prochains épisodes de notre série Techniques de Mix, est bel et bien de créer une sensation de 3D pour les oreilles des auditrices et des auditeurs.

Cette fameuse 3D, souvent citée par les musiciens·ennes, définit l’espace sonore ambiant dans lequel se joue la musique. Bien sûr, cette aspect dimensionnel peut très bien être capturé dès l’étape de l’enregistrement,  notamment dans le cadre d’une prestation live de groupe en studio ou sur scène. Mais dans la plupart des cas, et particulièrement pour les genres musicaux modernes et enregistrés en home-studio, elle est fabriquée de toute pièce (ou du moins grandement améliorée) lors de la phase de mixage, par l’ajout d’effets temporels tels que le délai, la réverbération, et la modulation

Définir l’objectif à atteindre

Techniques de mix : effets temporels - Partie 1 / Définir l'objectif à atteindre
Publicité

Avant même de dégainer tes plug-ins favoris, il est primordial de définir avec précision l’objectif à atteindre, en fonction de l’esthétique de l’artiste et du morceau traité. Tout d’abord, tu noteras que les effets temporels peuvent être employés pour diverses raisons : recréer un environnement acoustique réaliste, inventer un espace sonore imaginaire, ou tout simplement pour jouer sur l’ampleur et/ou la profondeur perçue d’un titre, etc. Rappelons également que les effets n’ont qu’un intérêt purement cosmétique, et que même s’ils peuvent sauver un morceau trop pauvre ou en manque cruel de dynamique, ils ne transformeront pas le plomb en or. 

La preuve en est qu’une excellente chanson, ou une composition de génie, se suffisent à elles-mêmes dans la plupart des cas. Et si tu les mixait avec très peu, voire pas d’effet du tout, le résultat serait quand même bon. En revanche, et c’est bien là ce dont il faudra se rappeler aujourd’hui : si tu prenais cette même chanson, ou cette même composition, et que tu lui ajoutais les traitements temporels adéquats, parfaitement adaptés, donc choisis avec goût et bien réglés, le résultat passerait sans aucun doute de bon à absolument fantastique.

Améliorer la spatialisation

Techniques de mix : effets temporels - Partie 1 / Améliorer la spatialisation

Comme nous l’avons suggéré plus tôt, les effets temporels sont un excellent complément aux étapes précédentes de balance et de placement panoramique, pour parvenir à obtenir une sensation de spatialisation optimale. Pour nous simplifier la tâche, on pourrait résumer en considérant les choses ainsi : la balance sert à positionner chaque piste en avant ou en arrière du plan sonore, le placement panoramique sert à positionner chaque piste sur les côtés ou au centre du plan sonore, alors que les effets temporels servent plutôt à positionner l’auditeur·ice lui·elle-même dans ce plan sonore. Intéressant n’est-ce pas ?

Prenons un exemple concret : si tu souhaite que l’auditeur·ice ait l’impression que la voix lead du morceau soit placée au premier plan, juste devant lui·elle, voire qu’elle lui susurre à l’oreille, tu n’appliqueras que peu d’effets temporels sur cette piste. Au contraire, si tu souhaite que l’auditeur·ice ait l’impression que la voix lead du morceau soit placée en arrière plan, très loin de lui·elle, tu appliqueras une dose conséquente d’effets temporels sur cette piste, afin de simuler le trajet du son dans l’espace, et donc les nombreuses réflexions créées le long de son parcours. Mais comme toujours, ce sera à toi de décider en fonction du résultat que tu souhaite obtenir. Bien souvent, une légère touche d’effet suffira amplement, d’autres fois, il ne faudra pas hésiter à en abuser. Au final, et comme d’habitude, tout dépendra du style musical défendu par l’artiste.

Stimuler l’attention

Techniques de mix : effets temporels - Partie 1 / Stimuler l'attention

De nos jours, la culture populaire tend vers le divertissement permanent, ce qui engendre malheureusement un déficit d’attention et de patience chez le public. Or, de plus en plus de musiques produites aujourd’hui s’avèrent finalement assez pauvres en termes de composition, d’écriture et d’arrangement : des harmonies simplistes, des paroles qui manquent de sens, un nombre d’instrument très réduit, etc. Soyons clairs, ce n’est pas une critique que nous formulons ici, mais un simple constat du marché musical actuel. C’est d’ailleurs une tendance qu’on retrouve dans toutes les disciplines artistiques. 

Mais heureusement pour les maisons de disque et les labels en panne d’inspiration, les ingénieurs·es du son savent comment s’y prendre pour stimuler l’attention des auditeurs·ices et combler les temps morts musicaux. C’est ici que l’utilisation des effets temporels prend encore une fois tout son sens : on pense par exemple aux départs de réverb bien appuyés en fin de couplet, aux lignes de délai volontairement placées lors d’un silence, etc. Et pour aller plus loin, il sera judicieux d’utiliser un effet légèrement différent à chaque fois, de sorte que le public ne se lasse jamais un seul instant au cours du morceau : une division rythmique différente pour chaque nouvelle ligne de délai, un type de réverb différent pour chaque rime (hall, church, plate, etc). Tout est possible, et c’est bien cela qui fait l’interêt créatif de cet exercice. Certains·es ingénieurs·es du son en ont même fait une marque de fabrique à part entière.

Recommandations d’achat

Lors de nos prochains articles, nous nous intéresserons de très près aux différentes méthodes utilisées pour paramétrer avec précision les trois catégories d’effets temporels, en fonction de tes besoins : le délai, la réverbération et la modulation. Mais avant d’aborder la pratique spécifique à chaque catégorie, tu devras t’équiper pour être paré à toute éventualité. Voici donc nos recommandations d’achat, avec une sélection triée sur le volet des meilleurs plug-ins du marché.

Plug-ins de délai

En ce qui concerne les plug-ins de délai, de nombreuses options s’offrent à toi. On commence par le modèle Echoboy de Soundtoys, considéré comme l’étalon mètre des délais virtuels. Il offre quatre modes de retard distincts, Single Echo, Dual Echo, Ping-Pong et Rythm Echo, accompagnés d’une section d’égalisation complète, d’un module de saturation polyvalent, et de nombreuses fonctionnalités supplémentaires qui lui permettent de répondre présent face à n’importe quelle situation.

On poursuit avec le modèle Timeless 3 de FabFiler, une autre valeur sûre. Conçu comme une simulation de délai analogique à bande, il offre plusieurs modes de retard indépendants et embarque également cinq effets distincts (Drive, Lo-Fi, Diffuse, Dynamics, Pitch), six filtres différents (coupe-bas, coupe-haut, coupe-bande, passe-bande, en cloche, en plateau), un module de compression et un algorithme de modulation, entre autres.

On enchaîne avec le modèle H-Delay de Waves, un classique cité par tous·tes les ingénieurs·es les plus célèbres, encensé pour sa simplicité d’utilisation et son caractère sonore inimitable. Il offre deux modes de retard distincts, Dual et Ping-Pong, accompagnés d’une section de filtrage complète, d’un algorithme de modulation, d’un mode Lo-Fi optionnel mais aussi de commutateurs d’inversion de phase indépendants pour les canaux gauche et droit.

Plug-ins de réverbération

Passons maintenant aux plug-ins de réverbérations. On commence avec la simulation Lexicon 224 Digital Reverb Native, signée Universal Audio, copie conforme des algorithmes présents dans la machine originale du même nom, sortie en 1978. Cette réverb est patchée dans quasiment chaque grand studio professionnel du monde, et pour une raison très simple : elle sonne magnifiquement bien et offre des réglages extrêmement fouillés et précis. Sa particularité : des transformateurs vintage accompagnés de convertisseurs d’entrée et de sortie avec une résolution de 12-bit. Une machine inimitable, et très familière à l’oreille du public et des artistes.

On continue avec la version logicielle de la pédale Big Sky du constructeur Strymon, apprécié pour sa qualité sonore et ses réflexions riches et profondes. Elle offre pas moins de 12 algorithmes différents, Hall, Plate, Spring, Swell, Bloom, Cloud, Chorale, Shimmer, Magnéto, Nonlinear, Reflections et Room. De plus, tu pourras profiter d’une section de filtrage complète, de plusieurs effets de modulation, et de la fameuse fonction Hold pour créer des textures infinies.

On termine par le plug-in Blackhole édité par Eventide, inspiré de la pédale du même nom, et réputé pour créer des espaces sonores imaginaires d’une profondeur sans pareil. C’est probablement la réverb créative numéro un dans le coeur des professionnels·les. Elle intègre les algorithmes issus des périphériques hardwares H8000 et DSP4000, et dispose du fameux paramètre « Gravity », capable de produire des suites de réflexions immersives très appréciées pour donner de la profondeur dans un mixage, ou pour créer des effets complètement inattendus.

Plug-ins de modulation

Viennent ensuite nos recommandations concernant les effets de modulations. On commence avec un classique parmi les classique, le plug-in Chorus Dimension-D édité par Arturia. D’une grande simplicité, ce modèle est un des rares qui peut se targuer d’être présent sur l’écrasante majorité des mixages professionnels des vingt-cinq dernières années. Il s’agit d’un chorus stéréo de type bucket-brigade, inspiré du mythique modèle Roland Dimension D et de ses quatre modes « plug and play ».

On enchaîne avec le modèle Instant Phaser Mk II, toujours chez Eventide, qui reprend les caractéristiques sonores exactes du périphérique hardware Clock Works Instant Phaser créé dans les années 70 (en 1971 pour être exact). Avec trois modes de phasing distincts, Shallow, Deep et Wide, accompagnés de quatre sources de modulation différentes (Manual, Oscillator, Envelope et Remote), tu auras toutes les solutions clefs en main pour peaufiner ton mix et créer des sonorités qui sortent des sentiers battus. 

Terminons notre sélection avec un plug-in souvent sous-estimé, à tort, à cause de son interface austère et il faut l’avouer, un peu datée. Mais en termes de sonorités et de rapidité d’exécution, difficile de surpasser le MetaFlanger développé par Waves. Cette émulation des effets de flanging analogiques, crées sur magnétophone à bande à partir des années 60, offre une modulation de phase Thru-Zero du plus bel effet, ainsi que de nombreuses fonctionnalités créatives supplémentaires (Freeze, Spread, etc.).

Conclusion

Techniques de mix : effets temporels - Partie 1 / Conclusion

Nous espérons que cet article t’a plu, et qu’il t’a permis d’aborder les effets temporels en toute simplicité, pour te permettre d’avancer encore un peu plus loin dans ton apprentissage du mixage. Dans les semaines qui viennent, nous approfondirons encore un peu plus chaque famille d’effet (délai, réverbération et modulation) en entrant de plein pied dans l’exécution pratique pure et dure. 

En attendant, n’hésite pas à relire notre série d’articles consacrés aux techniques de mix :

Techniques de mix : les balances
Techniques de mix : panoramique
Techniques de mix : égalisation / niveau débutant et intermédiaire
Techniques de mix : égalisation / niveau intermédiaire et avancé – Partie 1
Techniques de mix : égalisation / niveau intermédiaire et avancé – Partie 2
Techniques de mix : dynamique – Partie 1
Techniques de mix : dynamique – Partie 2
Techniques de mix : dynamique – Partie 3

Et comme toujours, prends le temps de partager ton expérience, ton point de vue et tes questionnements avec la communauté dans les commentaires. C’est en échangeant ensemble que nous continuerons toutes et tous à progresser. La suite au prochain épisode !

Comment trouvez-vous cet article ?

Évaluation: Votre: | ø:
Publicité

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *